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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208156

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208156

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantWOUAKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 août et 16 novembre 2022, M. D E A, représenté par Me Wouako, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté contesté :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024 à midi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin, conseillère-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 31 août 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. A. Par suite, cette demande est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les autres conclusions :

2. M. D E A, ressortissant ivoirien, est entré en France le 4 octobre 2017 muni d'un visa de court séjour. L'intéressé a déposé, le 27 octobre 2017, une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 mai 2019, notifiée le 2 juillet 2019. M. A a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C B, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du Président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au Journal officiel de la République française (texte n°62) et librement accessible sur le site du journal officiel. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 15 juin 2022 ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A fait valoir que l'arrêté en litige serait insuffisamment motivé dès lors qu'il ne se prononce pas sur la gravité de sa pathologie, ni sur la possibilité de prise en charge de sa pathologie dans son pays d'origine. Toutefois, le préfet de Seine-et-Marne rappelle le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a relevé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'aucun des éléments du dossier ne permettait de s'écarter de cet avis. En outre, l'arrêté en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et rappelle en outre les conditions d'entrée en France du requérant, les éléments de sa situation personnelle et que l'arrêté en litige ne contrevient pas aux stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté en litige comportant les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ()".

6. L'administration ayant produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, venant au soutien de son refus, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier son état de santé et, le cas échéant, la possibilité qu'elle a de bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour prendre la décision en litige le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII qui a considéré que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. M. A fait valoir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à la gravité de sa pathologie alors qu'il souffre d'un handicap l'empêchant de plier la jambe gauche, de s'assoir plus d'une heure ou d'être en situation debout plus de trente minutes. M. A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient plus en vigueur à la date de la décision contestée et ont été remplacées, depuis le 1er mai 2021, par celles de l'article L. 425-9 du même code. En tout état de cause, il ressort des pièces médicales produites par M. A que l'intéressé a subi une intervention en janvier 2021 suite à une malformation veineuse de la cuisse gauche et qu'il subsiste des douleurs suite à cette intervention. Or, aucun des certificats médicaux produits, qui se bornent à faire état de prescriptions sans appréciation sur la gravité de l'état de santé, ni sur les conséquences d'un arrêt des traitements, ne comportent une indication permettant de remettre en cause les conclusions du collège des médecins de l'OFII quant aux conséquences d'un éventuel arrêt des soins. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'une éventuelle erreur manifeste d'appréciation du préfet quant à la disponibilité des soins effective dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ayant remplacé celles du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé.

8. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. M. A invoque l'erreur d'appréciation du préfet au regard des stipulations précitées dès lors qu'il est le père d'un enfant résidant sur le territoire français et qu'il a établi le centre de ses intérêts personnels et moraux en France. Toutefois, si le requérant justifie être le père d'un enfant né en France le 18 décembre 2018 dont la mère est également de nationalité ivoirienne, il ne justifie pas que cette dernière séjournait régulièrement en France à la date de la décision attaquée, en produisant une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an délivrée postérieurement à la date de l'arrêté contesté, le 9 août 2022, pour une durée d'un an. En outre, le seul fait de produire deux avis de virement des 1er et 15 septembre 2022 également postérieurs à la date de la décision attaquée, ne suffit pas à établir la réalité de la contribution de M. A à l'entretien et l'éducation de cet enfant, ni l'intensité des liens entretenus avec celui-ci depuis sa naissance en 2018. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le requérant est père de trois enfants résidant en Côte d'Ivoire et qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 39 ans. Enfin, l'intéressé qui déclare une adresse de domiciliation en centre communal d'action sociale et justifie uniquement du suivi d'un stage entre les mois d'octobre 2021 et juin 2022 pour une formation de technicien supérieur en méthode et exploitation ainsi que d'une promesse d'embauche postérieure à la décision attaquée, n'établit pas, contrairement à ses allégations, que le centre de ses intérêts sociaux et professionnels se situe en France. De même, l'intensité des liens personnels et familiaux en France n'est pas établie. Par suite, le préfet du Seine-et-Marne n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de son fils né en France, ni méconnu le droit du requérant à mener une vie privée et familiale en prenant la décision en litige.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, et par suite celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusion de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

C.LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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