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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208183

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208183

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMARMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août 2022 et 26 juin 2023, M. B A, représenté par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 pris par le préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'instruction effective de sa demande ;

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile inapplicable en l'espèce ;

- est entachée d'une erreur de droit faute pour le préfet d'avoir analysé les compétences, l'expérience et ses éventuels diplômes ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de son emploi en France et de sa durée de présence habituelle sur le territoire national.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 7 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il y a lieu de substituer aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le pouvoir discrétionnaire de régulation dont il dispose de régulariser ou non la situation d'un ressortissant algérien, dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 juin 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 10 juillet 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bourdin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 3 décembre 1982 à Mekla ( Algérie), entré en France selon ses déclarations le 13 octobre 2016 muni d'un visa de court séjour, a sollicité le 28 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'admission exceptionnelle au titre du travail. Par arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2022 en tant qu'il refuse de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'oblige à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l''article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

3. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour vise les dispositions de l'accord franco-algérien, celles du code de l'entrée et du séjour sur laquelle elle est fondée ainsi que les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait référence aux conditions d'entrée sur le territoire de l'intéressé ainsi qu'à sa situation personnelle et professionnelle. Par suite, et alors que la motivation des décisions attaquées s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par le préfet, qui n'est par ailleurs pas tenu de rappeler l'ensemble des considérations de faits sur lesquelles il n'entend pas fonder sa décision, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire, serait entachée d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui a pris une décision suite à la demande de titre de séjour formulée par le requérant en examinant les pièces jointes à l'appui de celle-ci, n'aurait pas instruit sa demande. A supposer que M. A ait entendu faire valoir ce moyen, il ne ressort pas plus des termes de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. En l'espèce, ainsi que le préfet Seine-et-Marne le fait valoir en défense, il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir, dont dispose le préfet de Seine-et-Marne, de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ou de la situation professionnelle présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. M. A soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de Seine-et Marne n'aurait pas analysé ses qualifications, son expérience et ses éventuels diplômes. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant justifie d'une qualification ou de diplômes particuliers ou d'une expérience particulière dans un secteur d'activité. En effet, l'intéressé ne produit à l'appui de sa demande de régularisation par le travail qu'un contrat de travail à durée indéterminée en date du 1er juillet 2019 en qualité de commis de cuisine pour lequel il produit les bulletins de salaire établis entre les mois de juillet à décembre 2019 ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée en date du 1er juillet 2021 en qualité d'agent d'entretien et de propreté ainsi que la demande d'autorisation de travail et les bulletins de salaires des mois d'avril à août 2021. Ainsi, en considérant que M. A ne justifiait pas dans ces conditions d'une ancienneté de travail suffisamment établie, ni d'une ancienneté significative dans l'exercice d'une activité professionnelle n'a pas commis d'erreur de droit.

7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de l'expérience professionnelle du requérant. Enfin, le seul fait d'invoquer une durée de présence en France depuis près de cinq ans n'est pas de nature à constituer à lui seul un motif d'admission exceptionnelle au séjour, étant au surplus relevé que le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir une présence continue en France au cours de l'année 2020. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas annulée, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire par voie de conséquence de l'annulation de la première décision.

9. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient que la décision attaquée en se basant uniquement sur sa situation familiale n'a pas pris en compte l'impact de la décision attaquée sur sa vie privée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille en France, ce dernier n'établissant, ni même n'alléguant être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger, où il a résidé, selon ses déclarations jusqu'à l'âge de 33 ans. En outre, il n'apporte aucun élément sur sa situation personnelle autre que ceux relatifs à son activité professionnelle. La seule circonstance d'avoir occupé un emploi en contrat à durée indéterminée entre le 1er juillet 2019 et le 31 décembre 2019 puis à nouveau à compter du 1er avril 2021 alors que l'intéressé déclare résider en France depuis cinq ans et demi à la date de la décision attaquée est insuffisant pour établir que le requérant, y a établi le centre de ses intérêts personnels et moraux. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN La greffière,

Signé

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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