vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2208242 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CAP CODE |
Vu
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale,
- l'arrêté ministériel du 3 octobre 2001 relatif à l'action sociale des caisses d'allocations familiales ;
- la circulaire du directeur général de la caisse nationale d'allocations familiales du u travail du 26 mars 2014,
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 24 août 2022 sous le numéro 2208241, l'association Beth Menahem a demandé l'annulation de la décision contestée de la Caisse d'Allocations Familiales du Val-de-Marne.
La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 14 septembre 2022, présenté son rapport en présence de Mme Zdini, greffière d'audience, et entendu :
- les observations de Me Salen, représentant l'association " Beth Menahem Petite Enfance ", qui rappelle qu'elle a été créée en juin 2019 pour gérer des crèches, que le conventionnement pour la prestation de service unique est nécessaire car cette allocation lui permet de couvrir une partie des coûts, et soutient que le positionnement de la caisse d'allocations familiales est douteux car elle tend à confondre son fonctionnement avec celui d'associations antérieures avec lesquelles elle ne peut avoir aucun lien, qu'elle a sollicité des participations familiales supplémentaires en recourant seulement au mécénat selon le modèle préconisé par la caisse d'allocations familiales, que sa personnalité morale et juridique est distincte des associations antérieures, que la caisse opère une confusion entre le conventionnement et le calcul des droits à prestation de service unique, qu'il lui était possible, tant qu'elle n'était pas conventionnée, de ne pas respecter les règles de versement de la prestation de service unique mais qu'elle a fait le choix de s'y conformer depuis sa création, que tous les documents nécessaires ont été produits et ce alors que, depuis 2019, elle n'a fait l'objet d'aucun financement public, qui soutient que, sur la condition d'urgence, elle est avérée par sa situation financière qui résulte du comportement de la caisse et l'absence de conventionnement, que ce comportement a méconnu les droits et libertés de l'association en lui demandant de produire des documents internes, qu'il l'empêche de percevoir des sommes qui lui sont dues et porte atteinte au respect de la protection des données personnelles, que ces demandes étaient excessives, disproportionnées et inadéquates, que l'administration ne peut exercer aucune contrainte sur le fonctionnement d'une association, qui maintient aussi que la caisse a un comportement discriminatoire à son égard car elle lui reproche son caractère confessionnel et que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, que ses demandes de production de pièces concernaient des éléments non prévus par la circulaire de 2014, que le pouvoir discrétionnaire n'est pas un pouvoir arbitraire, que le juge doit contrôler si le refus qui lui a été opposé repose sur un motif erroné, qu'un refus de subvention ne peut reposer sur des motifs illégaux, que tous les documents nécessaires ont été communiqués et qu'il n'y a aucune démonstration que les termes de la circulaire de 2014 n'a pas été respectée, que la caisse ne conteste pas qu'elle a ce type de comportement parce que l'association accueille des enfants de confession juive, comme d'autres associations dans le même cas, que de tels comportements sont contestables et qu'il s'apparente à du harcèlement et à une discrimination,
- les observations de Me Guegan, représentant la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, qui rappelle que la prestation de service unique a été créée en 2002 puis réformée en 2014 avec pour corollaire une montée en puissance des modalités de contrôle, que différents contrôles effectués sur les entités antérieures avaient déjà insisté sur la problématique des contributions réclamées aux familles, qu'un accompagnement avait été proposé à celles-ci mais qu'il s'était interrompu en raison de leur fermeture, que la condition d'urgence n'est pas démontrée par les pièces du dossier et notamment par les pièces de l'expert-comptable, que la prestation de service unique est versée dans le cadre du pouvoir d'appréciation de la caisse, mais qu'il est toutefois nécessaire que les documents listés soient communiqués, que la circulaire de 2014 a trait en tout état de cause aux subventions mais pas à la prestation de service unique, que la caisse a en tout état de cause le droit de demander des informations complémentaires, qu'il n'y a donc aucune atteinte à la liberté de l'association dès lors que les pièces sollicitées étaient utiles à l'instruction et qui soutient que la caisse ne fait aucun reproche au caractère confessionnel de l'association.
Considérant ce qui suit :
1 L'association " Beth Menahem Petite Enfance ", créée en juin 2019, a pour objet principal la gestion de deux crèches de 25 et 40 berceaux à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), agréées par des arrêtés du président du conseil départemental du Val-de-Marne des
17 juillet et 19 novembre 2019. Elle a demandé que ces établissements fassent l'objet d'un conventionnement par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne dans la perspective de pouvoir bénéficier de la prestation de service unique, qui est une aide au fonctionnement pouvant couvrir jusqu'aux deux tiers du prix de revient horaire d'un établissement d'accueil de jeunes enfants. Elle a considéré qu'une décision implicite de rejet avait été opposée à sa demande, décision dont elle a sollicité la suspension de l'exécution devant le juge des référés du présent tribunal, le 21 octobre 2020. Sa requête a été rejetée par une ordonnance du 23 novembre 2020. Le pourvoi en cassation formé contre cette ordonnance n'a pas été admis par le Conseil d'Etat par une décision du 25 février 2021 (requête 447347). L'instruction de la demande a toutefois repris en mai 2021. Une demande de productions de pièces justificatives jugées nécessaires à l'instruction de la demande de conventionnement a été notifiée le 15 mars 2022 au conseil de l'association par celui de la caisse d'allocations familiales, concernant notamment les comptes annuels certifiés des années 2019 à 2021, les relevés de comptes de mars, avril, septembre et octobre 2020 et le nombre annuel d'heures d'ouverture des crèches en 2021 et la liste des enfants inscrits sur l'année 2021 - 2022. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande et, par une décision du 27 juin 2022, le directeur de la Caisse d'Allocations Familiales du Val-de-Marne a rejeté la demande de conventionnement formulée par l'association " Beth Menahem Petite Enfance ", qui a demandé, par une requête enregistrée le 14 septembre 2022 au présent tribunal d'en prononcer l'annulation. Elle sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, l'annulation de son exécution.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative
2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3 Aux termes de l'article L. 263-1 du code de la sécurité sociale : " Les caisses d'allocations familiales exercent une action sanitaire et sociale en faveur de leurs ressortissants et des familles de ceux-ci dans le cadre du programme mentionné au 2° de l'article L. 223-1 " à savoir " 2°) () gérer un fonds d'action sanitaire et sociale dans le cadre d'un programme fixé par arrêté ministériel après avis de son conseil d'administration. ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 3 octobre 2001 relatif à l'action sociale des caisses d'allocations familiales : " Les caisses mènent une action sociale territorialisée et partenariale qui s'inscrit dans une démarche de recensement des besoins sociaux et familiaux, de programmation, de suivi et d'évaluation de la réalisation des objectifs fixés et des résultats à atteindre. Elles veillent à une répartition territoriale équilibrée des équipements et des services et à la qualité de l'offre en ce domaine, à la coordination avec les autres dispositifs locaux et à l'adaptation de leurs actions à l'évolution des besoins sur leur territoire d'intervention ", et aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Dans le cadre défini ci-dessus, les caisses d'allocations familiales interviennent selon les modalités suivantes : () - par la participation aux dispositifs partenariaux créés par la loi, le règlement, par convention entre la Caisse nationale d'allocations familiales et l'Etat ou par convention entre la caisse d'allocations familiales et une ou plusieurs collectivités locales. ".
4 Afin de faciliter l'accès des familles, notamment les plus modestes, aux services de garde d'enfants, la caisse nationale des allocations familiales a, dans le cadre de sa mission d'action sanitaire et sociale, mis en place une subvention au fonctionnement des établissements et services d'accueil de jeunes enfants, dénommée " prestation de service unique ", dont les conditions d'octroi ont été définies, en dernier lieu, par une lettre-circulaire du
26 mars 2014 Cette subvention est versée par les caisses d'allocations familiales, sous réserve de leur pouvoir d'appréciation, aux personnes morales de droit public ou privé qui assurent la gestion de tels établissements ou services, ont conclu avec les caisses une " convention d'objectifs et de financement " et respectent les conditions, notamment de tarification de leurs prestations, fixées par la lettre-circulaire. Elle est calculée sur la base du coût de revient horaire des prestations effectivement offertes, dans la limite d'un plafond fixé par la caisse nationale, après déduction des participations des familles. Elle est versée par acomptes selon la périodicité prévue par la convention et fait l'objet d'un ajustement sur la base des pièces justificatives présentées au cours de l'année suivante.
5 La prestation de service unique, qui est versée, ainsi qu'il l'a été dit, sous réserve du pouvoir d'appréciation des caisses d'allocations familiales, à des personnes morales assurant l'accueil de jeunes enfants et dont l'objet est d'aider à la couverture de leurs coûts de fonctionnement, ne constitue pas, même si son montant dépend des services rendus aux enfants et des ressources dont disposent leurs parents, un droit conféré par les législations et réglementations de sécurité sociale mais une subvention. Par suite, il appartient à la caisse d'allocations familiales de décider d'attribuer ou non la subvention dans la limite de ses ressources budgétaires en tenant compte de l'intérêt et de la qualité du projet d'établissement sur le plan éducatif et social ainsi que de l'intérêt des autres projets pour lesquels la même subvention a été sollicitée.
6 En premier lieu, le moyen tiré de ce que la caisse d'allocations familiales aurait excédé ses compétences et ses droits, et ainsi porté atteinte aux droits et libertés de l'association " Beth Menahem Petite Enfance", en demandant, en particulier par la lettre du 15 mars 2022, communication de documents qui n'étaient pas nécessaires à l'instruction de sa demande de conventionnement n'est pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée, dès lors que la caisse était fondée à s'assurer, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, de la viabilité économique comme de l'intérêt du projet porté par les structures sollicitant un conventionnement, lequel ouvre le droit à une subvention dont la caisse est tenue de s'assurer de son bon usage.
7 En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la caisse d'allocations familiales aurait fondé sa décision sur des faits reprochés aux précédentes associations gestionnaires des établissements d'accueil des jeunes enfants repris par l'association requérante n'est pas non plus de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dans la mesure où la lettre du 15 mars 2022 ne demandait que la communication que de pièces postérieures à la création de l'association.
8 En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la caisse d'allocations familiales aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation et que
celle-ci aurait fait preuve à son égard d'un comportement discriminatoire n'est pas non plus, en l'état de l'instruction de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité, le refus de conventionnement étant uniquement fondé sur un défaut de communication de pièces dont la production était jugée nécessaire par le service.
9 Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par l'association " Beth Menahem Petite Enfance " n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en date du 27 juin 2022 par laquelle le directeur de la Caisse d'Allocations Familiales du Val-de-Marne a refusé son conventionnement au titre de la prestation de service unique.
10 Par suite, aucun des moyens soulevés n'étant de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 27 juin 2022, la requête présentée par l'association " Beth Menahem Petite Enfance " sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses composantes, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence.
Sur les frais relatifs au litige :
11 Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association " Beth Menahem Petite Enfance " est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association " Beth Menahem Petite Enfance " et à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.
Copie en sera communiquée au président du conseil départemental du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. A
La République mande et ordonne au ministre des Affaires sociales et de la Santé et au ministre du Budget., en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°220824
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026