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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208331

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208331

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCHAMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés 26 août 2022 et le 31 mars 2023, M. A B, représenté par Me Chamon, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 2 mai 2022 par lequel le département du Val-de-Marne l'a invité au paiement d'un indu de revenu de solidarité active avant sa possible mise en recouvrement ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a confirmé en totalité un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 240,40 euros pour la période de septembre 2018 à août 2020 ;

3°) d'annuler la décision du 24 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a refusé de lui accorder une remise de sa dette d'un montant de 18 240,40 euros ;

4°) de lui accorder la remise totale de sa dette ;

5°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas démontré que la condition de résidence en France n'était pas remplie pour les années 2018 à 2019 dès lors que les époux ont effectués des séjours hors de France inférieurs à trois mois sur ces deux années ;

- il n'a pu remplir la condition de résidence pour les années 2020 et 2021 compte tenu de la grossesse de son épouse qui l'empêchait de rentrer en France et des difficultés qu'il a rencontré pour obtenir un visa d'entrée pour son cinquième enfant, ses évènements étant constitutifs de cas de force majeure ;

- la créance est prescrite pour la période antérieure au 2 mai 2020 ;

- il ne peut pas s'acquitter de sa dette dès lors qu'il est sans emploi et père de cinq enfants en bas âge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, la direction générale des finances publiques du Val-de-Marne conclut à sa mise hors de cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le président du conseil départemental du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 octobre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 14 septembre 2023, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de relever d'office, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation du courrier du département du

Val-de-Marne du 2 mai 2022 invitant M. B au paiement d'un indu de revenu de solidarité active avant sa possible mise en recouvrement sont irrecevables, ce courrier ne constituant pas une décision faisant grief susceptible de recours, mais un simple acte préparatoire.

Par un mémoire, enregistré le 19 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Chamon, a présenté des observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office en soutenant que ce dernier était infondé et a réitéré ses précédents moyens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est allocataire du revenu de solidarité active. Par un courrier en date du 11 mars 2021, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 18 240,40 euros pour la période de septembre 2018 à août 2020. Par un courrier en date du 7 mai 2021, M. B a formé un recours administratif contre cette décision par lequel il a contesté le bien-fondé de cet indu et a sollicité une remise de dette. Par une décision du 24 novembre 2022, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté sa demande de remise de dette. Par un courrier du 2 mai 2022, le département du Val-de-Marne a mis en demeure M. B de payer l'indu. Un avis de somme à payer correspondant à cet indu a été émis le 2 août 2022 par la paierie départementale du Val-de-Marne. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté sa demande de remise de dette ainsi que de l'avis de somme à payer émis le 2 août 2022.

Sur les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 2 mai 2022 :

2. Si M. B entend contester le courrier du 2 mai 2022 par lequel le département l'a invité à payer un indu de revenu de solidarité active avant sa possible mise en recouvrement, ce courrier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours, mais un simple acte préparatoire. Par suite, les conclusions de M. B tendant à l'annulation du courrier du

2 mai 2022 sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite portant confirmation de l'indu de revenu de solidarité active :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article L. 262-3 de ce code dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête de la caisse d'allocations familiales en date du 29 juillet 2021, que M. B a déclaré résider en France dans le département du Val-de-Marne depuis le 13 mai 2003 avec son épouse et ses quatre enfants et a omis de déclarer les séjours hors de France qu'il a effectué du 2 février 2019 au 27 mars 2019, du 6 mai 2019 au 16 juin 2019, du 18 au 20 juin 2019, du 29 juin 2019 au 17 juillet 2019, du

28 juillet 2019 au 11 août 2019, du 16 août 2019 au 12 novembre 2019, du 20 novembre 2019 au 27 février 2020 et du 5 mars 2020 au 4 juin 2021 ainsi que ceux de son épouse et de ses enfants du 23 juin 2018 au 20 septembre 2018 et du 20 novembre 2018 au 4 juin 2021, ses enfants ayant été scolarisés dans une école française en Algérie du 29 septembre 2018 au 4 juin 2021. L'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales en a ainsi déduit que M. B ne remplissait pas la condition de résidence stable et effective pour bénéficier du revenu de solidarité active pour la période allant de septembre 2018 à août 2020. Si le requérant soutient qu'ils ont résidé moins de trois mois hors de France en 2018 et 2019, il résulte des dates issues des cachets des passeports des deux époux que Mme B a résidé en 2018 au moins 130 jours en Algérie ainsi que pendant toute l'année 2019 et que M. B a passé 257 jours en Algérie en 2019. Si le passeport de

M. B dont la validité court du 6 janvier 2019 au 5 janvier 2029, ne permet pas de connaître les dates exactes d'entrée et de retour sur le territoire français pour l'année 2018, il doit également être regardé comme ayant séjourné cette année-là en dehors du territoire français au vu de la quantité de ses déplacements à l'étranger, de ceux du reste de sa famille ainsi que de l'absence d'éléments contraires apportés par l'intéressé. En outre, si M. B soutient qu'il était dans l'impossibilité de remplir la condition de résidence pour le versement du revenu de solidarité active pour l'année 2020 compte tenu de la grossesse de son épouse l'empêchant de voyager en France, des difficultés administratives qu'il a rencontrées pour obtenir un visa d'entrée sur le territoire français pour son cinquième enfant né en Algérie le 6 mars 2019 et de la difficulté de rejoindre le territoire français en raison de la pandémie de Covid-19, ces circonstances ne permettent pas, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. B et de sa famille en Algérie, de regarder la condition de résidence stable et effective en France comme étant toujours satisfaite pendant la période en litige. C'est dès lors à bon droit que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a estimé que M. B ne remplissait pas la condition de résidence stable et effective pour bénéficier du revenu de solidarité active pour la période allant de septembre 2018 à août 2020 et lui a réclamé l'indu de revenu de solidarité active en litige.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées ". Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. La notion de fraude ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, M. B a omis de déclarer à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne l'ensemble de ses séjours et de ceux de sa famille en Algérie. La circonstance que son séjour à l'étranger aurait été motivé par plusieurs raisons légitimes, voire contraint par un cas de " force majeure " pour une partie de la période, ne permet pas de justifier l'absence de déclaration de ce séjour prolongé à l'étranger, alors que le requérant a continué à souscrire tout au long de cette période des déclarations trimestrielles de ressources en vue de percevoir le revenu de solidarité active. Compte tenu de la durée de ces séjours ainsi que du caractère réitéré de l'omission de déclaration, M. B doit être regardé comme ayant délibérément commis une omission déclarative.

8. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir de la prescription biennale, prévue par les dispositions de l'article L. 262-45 précité.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 24 novembre 2022 portant refus de remise de dette :

9. Selon l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu ou n'y faisant que partiellement droit, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 7, les omissions de déclaration de M. B doivent être regardées comme constitutives de fausses déclarations. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir de sa situation de précarité, à la supposer démontrée. Par suite, le requérant ne peut prétendre au bénéfice d'une remise gracieuse de sa dette.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département du Val-de-Marne et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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