jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2208352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre, JU |
| Avocat requérant | SELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 août 2022, Mme C A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention ou, à défaut, de de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer en l'attente une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme à définir euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 6 mai 2022 par laquelle sa demande d'asile a été rejetée est illégale, eu égard aux vices dont elle est entachée, tant sur la forme que sur le fond ;
- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne réside en France qu'en l'attente du rétablissement de sa situation dans son pays d'origine et qu'elle ne souhaite pas rester définitivement sur le territoire, eu égard à ses attaches dans son pays d'origine, et particulièrement à la circonstance selon laquelle son enfant à charge y réside encore, de sorte que cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales ;
- elle dispose de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'elle justifie d'une résidence personnelle et qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public, au sens de l'article du II de L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié des articles L. 612-1 à L. 612-5 du même code, de sorte que la préfète du Val-de-Marne a entaché sa décision d'une erreur de fait en retenant qu'elle présentait un risque de soustraction ;
- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention précitée et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est soumise à un risque d'emprisonnement arbitraire ainsi qu'à des menaces en cas de retour dans son pays d'origine.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 13 octobre 2023, des pièces au dossier.
Par un courrier du 19 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées, d'autre part, de l'incompétence de la juridiction administrative de droit commun pour connaître de la légalité d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et, au demeurant, de l'irrecevabilité du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision du 6 mai 2022 portant rejet de la demande d'asile de Mme A B, laquelle est devenue définitive et, enfin, de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision portant refus de délai de départ volontaire en tant qu'elle sont dirigées contre une décision inexistante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bousnane, conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 octobre 2023 à 10 heures 30 :
- le rapport de Mme Bousnane,
- les observations de Me Langagne, avocate commis d'office représentant Mme A B, présente, qui, en premier lieu, abandonne ses conclusions et moyens dirigés contre la décision par laquelle l'OFPRA a rejeté la demande d'asile présentée par Mme A B ainsi que ses conclusions et moyens dirigés contre une décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et, en second lieu, produit à l'audience des pièces nouvelles, communiquées en mains propres à la représentante de la préfète du Val-de-Marne, constituées de deux convocations des 7 juin et1 novembre 2021 du bureau du service central de la lutte contre les faux, fraudes et contrefaçons malgache, du procès-verbal d'une plainte contre X déposée le 9 octobre 2023 par la mère de la requérante, d'une copie de son visa d'entrée, d'une preuve d'achat de billets d'avion pour un aller-retour entre Madagascar et la France les 26 et 29 juin 2017, d'une attestation sur l'honneur de l'avocat de l'ancien ministre employeur de la requérante et de sa mère du 10 octobre 2023 et d'une attestation de demande de réexamen de la demande d'asile de la requérante du 13 octobre 2023 ;
- les observations de Mme A B, qui renonce expressément à sa demande d'interprète et fait valoir, premièrement, qu'elle exerçait une activité de journaliste, puis d'attachée de presse pour l'ancien gouvernement malgache de sorte qu'elle encourt des risques de persécutions émanant de la nouvelle majorité, alors notamment que l'ancien ministre pour lequel elle travaillait et avec lequel elle entretenait une relation est désormais incarcéré, deuxièmement, qu'elle n'entendait pas rester en France à l'expiration de son visa mais qu'en raison de son impossibilité à retourner dans son pays d'origine, eu égard à ses craintes de persécutions, elle est hébergée par une amie et travaille de manière non déclarée alors que son enfant, âgé de 15 ans, est entretenu par sa mère dans son pays d'origine et qu'ils ont tous deux subis des violences ;
- les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui reprend ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures 22.
Une note en délibéré, présentée par Mme A B, a été enregistrée le 8 décembre 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A B, ressortissante malgache née le 25 mars 1984 à Tulear (Madagascar), est entrée en France munie d'un visa de court séjour valable du 27 août 2018 au 25 septembre 2018. Elle a présenté une demande d'asile le 22 février 2022 qui a été rejetée par une décision du 6 mai 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) contre laquelle l'intéressée n'a pas introduit de recours. Par un arrêté du 9 août 2022, la préfète du Val-de-Marne l'a notamment obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision contestée mentionne notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète du Val-de-Marne a fait application et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles cette-dernière s'est fondée pour la prendre. En tout état de cause, la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont elle avait connaissance mais seulement des faits qu'elle jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. En l'espèce, Mme A B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales rappelées au point précédent en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée. Toutefois, elle fait également valoir qu'elle ne réside en France qu'en l'attente du rétablissement de sa situation dans son pays d'origine et qu'elle ne souhaite pas rester définitivement sur le territoire, eu égard à ses attaches à Madagascar, et particulièrement à la circonstance selon laquelle son enfant à charge y réside encore, en compagnie de sa mère. Dans ces conditions, et alors fait elle-même valoir l'existence d'attaches intenses dans son pays d'origine, l'intéressée ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, de ses conditions d'existence et de son insertion dans la société française, suffisamment stables et intenses. Par suite, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Mme A B soutient qu'elle est soumise à un risque d'emprisonnement arbitraire ainsi qu'à des menaces en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, qu'à la date de la décision litigieuse, elle était exposée à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté, alors au demeurant que l'OFPRA a considéré que ses déclarations ne permettaient pas de tenir les faits allégués pour établis ni de regarder comme fondées les craintes de persécution exprimées. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requérante à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce qu'il soit mis, sur ce fondement, une somme à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante en l'espèce. Les conclusions présentées par la requérante sur ce fondement doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La magistrate désignée,
L. BousnaneLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026