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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208372

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208372

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantPIERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2022, M. B A, représenté par Me Pierrot, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète ;

- elle est illégale faute pour la préfète d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin, conseillère-rapporteure,

- et les observations de Me Wiedemann, substituant Me Pierrot, représentant M. A, absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, entré irrégulièrement sur le territoire français le 17 février 2012, a sollicité le 9 juillet 2012 la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée le 18 novembre 2013 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 22 avril 2014 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 15 décembre 2017, M. A a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, cette dernière décision ayant été annulée par un jugement du tribunal administratif de Melun du 12 mars 2019. M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 juin 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet ou, à Paris, le préfet de police./ La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour ou une décision de retrait d'un titre de séjour dans les conditions définies à l'article L. 432-13, ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 réside habituellement en France depuis plus de dix ans " . D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par ces dispositions, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle. L'existence et la transmission de cet avis sont l'un des éléments qui garantissent les droits de la défense de l'étranger en lui permettant de faire valoir auprès de l'autorité qui va prendre la décision ses réactions par rapport à l'avis de la commission du titre de séjour. Il s'agit donc de garanties substantielles.

3. M. A soutient que la préfète du Val-de-Marne aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision de refus de séjour litigieuse dès lors qu'il justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. A est entré irrégulièrement en France le 17 février 2012. L'intéressé justifie demeurer en France depuis le mois de février 2012 par les très nombreuses pièces versées au dossier, parmi lesquelles figurent une attestation d'hébergement établie en février 2012, des fiches de rendez-vous en préfecture, différents récépissés de demande d'asile et de titre de séjour, des documents médicaux, des attestations de droits à l'AME, plus d'une cinquantaine de bulletins de salaire, des avis d'impôt sur le revenus, des attestations fiscales ainsi que des relevés bancaires et factures. La préfète ne remet pas utilement en cause cette durée de présence en France dans sa décision en mentionnant d'une part que l'intéressé est entré en France irrégulièrement le 17 février 2012 et en retenant d'autre part, qu'il ne justifie avoir séjourné régulièrement en France depuis plus de dix ans, les notions de résidence habituelle et de résidence régulière étant distinctes et alors, au demeurant, que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées ne subordonnent pas la consultation de la commission du titre de séjour à une présence régulière en France, sous couvert d'un titre de séjour, mais uniquement à une présence habituelle. Ainsi, M. A doit être regardé comme justifiant de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de décision de refus de séjour contestée. Par suite, il est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision contestée et a, partant, commis un vice de procédure, le privant d'une garantie.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour et par voie de conséquence des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonctions :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. A et l'intervention d'une nouvelle décision. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement en délivrant à l'intéressé dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions de l'astreinte demandée par M. A.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 7 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État (préfète du Val-de-Marne) versera à M. A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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