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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208412

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208412

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO
Avocat requérantCABINET THIERRY-LEUFROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2022, M. A B représenté par Me Thierry-Leufroy demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2022 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours gracieux tendant au retrait ou à l'abrogation de la décision du 19 avril 2022 par laquelle cette commission a refusé que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de le reloger dans un logement locatif social dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 2 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le délai anormalement long de la demande de logement social a été reconnu par la commission de médiation ; il bénéficie de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et détenteur d'une carte mobilité inclusion permanente ; il souffre de douleurs lombaires et de pathologie de la rétine ;

- l'intéressé occupe depuis le 21 décembre 2018 un logement particulièrement insalubre ; il est source d'humidité, et il est extrêmement mal isolé ; l'insalubrité du logement empêche l'engagement d'une procédure de regroupement familial, alors même que sa conjointe est enceinte ; ce logement est non décent et impropre à l'habitation ;

- son bailleur lui a fait part de son souhait de vendre le logement très prochainement.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delmas, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, tendant à enjoindre à la commission de médiation de réexaminer la demande de logement présentée par M. B, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative.

M. B, ainsi que le préfet de Seine-et-Marne, n'étaient ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 24 janvier 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 19 avril 2022, cette commission de médiation a rejeté son recours amiable. M. B a formé le 9 mai 2022 un recours gracieux. Par une décision du 27 juin 2022, la commission de médiation a rejeté ce recours gracieux. Par la requête susvisée, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 19 avril 2022 et de la décision du 27 juin 2022.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 19 avril 2022, que, pour rejeter la demande de logement présentée par M. B, la commission de médiation de Seine-et-Marne a estimé que les éléments fournis par l'intéressé à l'appui de son recours ne permettent pas de caractériser la situation d'urgence et que la demande de logement locatif social de ce dernier a été radiée le 25 janvier 2022. En outre, par une décision du 27 juin 2022 la commission de médiation de Seine-et-Marne a rejeté le recours gracieux présenté par M. B à l'encontre de la décision précitée aux motifs qu'en dépit de l'écoulement d'un délai anormalement long d'attente, il n'existe pas d'urgence à le reloger du fait que la non adaptabilité du logement occupé aux besoins de l'intéressé n'est pas démontrée, et que l'insalubrité et la non décence du logement occupé ne sont pas avérées par un rapport émanant par un opérateur spécifiquement mandaté par l'autorité habilitée.

5. En premier lieu, il ressort de l'attestation de renouvellement régional d'une demande de logement locatif social établie le 4 mai 2022 que la demande initiale de logement social déposée le 11 janvier 2016 a fait l'objet d'un dernier renouvellement le 28 décembre 2021. Cette pièce, qui a été communiquée au défendeur, n'a pas été contredite par le préfet de Seine-et-Marne. Ainsi, la demande de logement social ne peut être regardée comme étant radiée le 25 janvier 2022. Par suite, au regard des pièces versées au dossier, la demande de logement social de M. B ne pouvait être regardée comme étant radiée à la date des deux décisions en litige intervenues les 19 avril 2022 et 27 juin 2022.

6. En second lieu, il ressort du rapport de visite établi le 17 mars 2023 que les inspecteurs mandatés par le maire de Champs-sur-Marne ont relevé lors de leur visite réalisée le 17 février 2023 au domicile de M. B situé au 99 avenue Jean Jaurès

à Champs-sur-Marne plusieurs infractions au code de la santé publique, au code de la construction et de l'habitation et au règlement sanitaire départemental. Ce rapport conclut au manque d'entretien des parties communes, à la présence de rongeurs, à la non-conformité du dispositif d'évacuation des eaux pluviales ou des eaux usées, au défaut d'étanchéité des murs de la chambre et à la présence d'humidité dans ce local, à une ambiance humide généralisée dans la chambre qui a été condamnée, comme dans la pièce de vie. En outre, il ressort des conclusions du technicien sanitaire et de la sécurité sanitaire ayant conduit l'audit du logement de M. B le 23 mars 2023 que le constat des non-conformité de ce logement aux dispositions du titre II du règlement sanitaire départemental de Seine-et-Marne implique que le maire de Champs-sur-Marne mette en demeure son propriétaire de réaliser, avec un délai d'exécution à définir, des travaux de remise aux normes d'habitabilité de ce logement (ventilation, humidité et moisissures, revêtements dégradés, détecteurs de fumée, réparation du tuyau de descente des eaux pluviales). Sur la base de ces conclusions, la directrice générale de l'agence régionale de santé d'Ile de France a estimé, dans sa lettre du 27 avril 2023, que les désordres constatés lors de la visite du logement occupé par M. B le 23 mars 2023 ne relèvent que de la non application de disposition du règlement sanitaire départemental et ne justifient pas de la mise en œuvre de la procédure de traitement de l'insalubrité prévue par le code de la construction et de l'habitation.

7. Toutefois, si le rapport de visite du 17 mars 2023 et le rapport d'audit du 23 mars 2023 attestent du degré de dégradation du logement occupé par M. B et de l'obligation de son bailleur à engager des travaux pour le rendre habitable, ces éléments, tous postérieurs à la date des deux décisions attaquées, ne permettent pas de considérer qu'à la date d'édiction de ces décisions ledit logement présentait un caractère insalubre ou dangereux, ou encore présentait au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 susvisé. En revanche, le rapport de visite du 17 mars 2023 précise que le logement occupé par M. B se situe dans un local implanté à l'arrière d'un pavillon principal et semble être une extension du garage, ou le fruit d'une division en deux de ce garage réaménagé en local d'habitation. Ce rapport ajoute que le service d'urbanisme de la commune de Champs-sur-Marne a informé les inspecteurs qu'aucun permis de conduire modificatif n'a été délivré afin de régulariser la construction contenant le logement de l'intéressé. Par suite, M. B, doit être regardé comme étant logé dans des locaux impropres à l'habitation au sens de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, à la date d'édiction des deux décisions en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juin 2022 et de la décision du 19 avril 2022 de la commission de médiation de Seine-et-Marne.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

10. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de M. B implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. L'article L. 761-1 du code de justice administrative dispose que : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de 1 100 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 27 juin 2022 et la décision du 19 avril 2022 de la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de M. B et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 100 (mille cent) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2208412

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