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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208425

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208425

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantBONET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 août 2022 et le 28 février 2024, M. A B, représenté par Me Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 août 2022 par laquelle la commission de l'académie de Créteil a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 8 juillet 2022 portant refus d'autorisation d'instruction dans la famille de son enfant C B ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil de délivrer une autorisation d'instruire sa fille en famille pour les années 2022-2023 et 2023-2024 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le premier contrôle qui a donné lieu à des résultats insuffisants motivant la décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille C était irrégulier au regard des dispositions des articles R. 131-12, R. 131-13 et R. 131-14 du code de l'éducation ;

- le second contrôle n'a pas respecté les dispositions fixées par l'article R. 131-16-2 du code de l'éducation ; il n'a pas été prévenu de ce second contrôle, dès lors qu'il n'a jamais reçu l'avis de passage ; il aurait voulu démontrer que sa fille avait le niveau nécessaire pour continuer à être instruite en famille lors de ce second contrôle et a été privé de cette possibilité ;

- le rectorat a entaché sa décision du 8 juillet 2022 d'erreurs matérielles dès lors qu'Hanna n'a pas été évaluée le 13 janvier 2022 mais le 11 janvier 2022, qu'il n'y a pas eu de contrôle le 7 avril 2022 et que la famille a bien présenté un emploi du temps et du matériel de manipulation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'Hanna disposait d'une maitrise suffisante des attendus de la fin du premier cycle qui ne nécessitait pas un second contrôle et qui justifiait qu'une autorisation d'instruction en famille lui soit accordée.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.

Par une lettre du 29 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 25 mars 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre,

- et les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E et M. B sont les parents de la jeune C B née le 28 août 2018. C étant régulièrement instruite dans la famille au cours de l'année scolaire 2021-2022, ils ont présenté une demande d'autorisation d'instruction de plein droit dans la famille au titre des années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, reçue le 1er juin 2022 par la direction des services départementaux de l'éduction nationale du Val-de-Marne. Par une décision du 8 juillet 2022, la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne a rejeté leur demande. Ils ont formé un recours administratif préalable contre cette décision auprès de la commission académique le 26 juillet 2022. Leur recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par une décision de la commission académique en date du 22 août 2022. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

2. L'article 49 de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République a modifié le régime de l'instruction en famille à compter de la rentrée scolaire 2022, la condition d'obtention d'une autorisation préalable se substituant à la simple déclaration aux autorités compétentes imposée antérieurement aux familles. Si l'article L. 131-5 de ce code précise les conditions dans lesquelles les familles peuvent désormais solliciter l'autorisation d'assurer l'instruction en famille de leur enfant, D de l'article 49 de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République expose que : " Par dérogation, l'autorisation prévue à l'article L. 131-5 du code de l'éducation est accordée de plein droit, pour les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, aux enfants régulièrement instruits dans la famille au cours de l'année scolaire 2021-2022 et pour lesquels les résultats du contrôle organisé en application du troisième alinéa de l'article L. 131-10 du même code ont été jugés suffisants ". Il résulte de ces dispositions qu'à titre dérogatoire et transitoire, l'autorisation d'assurer l'instruction en famille est accordée de plein droit, notamment au titre des années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, à la double condition que l'enfant ait déjà été régulièrement instruit en famille l'année précédente et que les résultats du contrôle exercé sur les conditions de cette instruction en famille puissent être jugés suffisants.

3. Aux termes de l'article L. 131-10 du code de l'éducation applicable à la date de la décision attaquée : " () / L'autorité de l'État compétente en matière d'éducation doit au moins une fois par an, à partir du troisième mois suivant la délivrance de l'autorisation prévue au premier alinéa de l'article L. 131-5, faire vérifier, d'une part, que l'instruction dispensée au même domicile l'est pour les enfants d'une seule famille et, d'autre part, que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini à l'article L. 131-1-1. A cet effet, ce contrôle permet de s'assurer de l'acquisition progressive par l'enfant de chacun des domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire. Il est adapté à l'âge de l'enfant et, lorsqu'il présente un handicap ou un trouble de santé invalidant, à ses besoins particuliers. / Le contrôle est prescrit par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation selon des modalités qu'elle détermine. Il est organisé en principe au domicile où l'enfant est instruit. Les personnes responsables de l'enfant sont informées, à la suite de l'autorisation qui leur est accordée en application du premier alinéa de l'article L. 131-5, de l'objet et des modalités des contrôles qui seront conduits en application du présent article. / Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier () / Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. Les personnes responsables ainsi mises en demeure sont tenues de scolariser l'enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire suivant celle au cours de laquelle la mise en demeure leur a été notifiée () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 131-12 du même code : " Pour les enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille (), l'acquisition des connaissances et des compétences est progressive et continue dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et doit avoir pour objet d'amener l'enfant, à l'issue de la période de l'instruction obligatoire, à la maîtrise de l'ensemble des exigences du socle commun () ". Aux termes de l'article R. 131-13 du code de l'éducation : " Le contrôle de la maîtrise progressive de chacun des domaines du socle commun est fait au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire, en tenant compte des méthodes pédagogiques retenues par l'établissement ou par les personnes responsables des enfants qui reçoivent l'instruction dans la famille ". Aux termes de l'article R. 131-14 du même code : " Lorsque l'enfant reçoit l'instruction dans la famille, le contrôle de l'acquisition des connaissances et compétences prescrit par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation se déroule sous la forme d'un entretien avec au moins l'une des personnes responsables de l'enfant soumis à l'obligation scolaire, le cas échéant en présence de ce dernier. Les personnes responsables de l'enfant précisent notamment à cette occasion la démarche et les méthodes pédagogiques qu'elles mettent en œuvre. Afin d'apprécier l'acquisition par l'enfant des connaissances et des compétences mentionnées aux articles R. 131-12 et R. 131-13, l'une au moins des personnes responsables de l'enfant présentent à la personne chargée du contrôle des travaux réalisés par l'enfant au cours de son instruction et l'enfant effectue des exercices écrits ou oraux, adaptés à son âge et à son état de santé ".

5. Le requérant soutient que le premier contrôle pédagogique, qui aurait en réalité été réalisé le 11 janvier 2022, s'est déroulé dans des conditions irrégulières et n'a pas respecté les prescriptions des articles précités du code de l'éducation. Il ressort du compte-rendu du contrôle, réalisé en présence de la mère de l'enfant, qu'il est fondé sur une grille d'évaluation de la maîtrise des attendus de fin de cycle correspondant à celui des attendus du programme du cycle 1 publié au bulletin officiel de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports n° 25 du 24 juin 2021, en tenant toutefois compte de l'âge de la fille du requérant dès lors que certaines compétences n'ont pas été évaluées et qu'il fait état des raisons pour lesquelles les résultats du contrôle pédagogique ont été jugés insuffisants et des préconisations à mettre en place. En outre, si le requérant soutient que le contrôle a été effectué sans tenir compte du projet éducatif, il ne produit aucune pièce établissant qu'il n'a pas été tenu compte du projet éducatif. Par ailleurs, le certificat médical produit par le requérant se borne à faire état d'une impossibilité pour sa fille de se rendre à ses cours pour la période allant du 3 au 5 janvier 2022, de sorte que le requérant n'établit pas que l'état de santé de sa fille ne lui permettait pas de subir le contrôle réalisé au mois de janvier. Dès lors, le contrôle pédagogique réalisé au mois de janvier 2022 n'a pas méconnu les dispositions des articles R. 131-12, R. 131-13 et R. 131-14 du code de l'éducation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 131-16-1 du code de l'éducation : " () Lorsque les résultats du contrôle sont jugés insuffisants, ce bilan : () 2° Rappelle aux personnes responsables de l'enfant qu'elles feront l'objet d'un second contrôle dans un délai qui ne peut être inférieur à un mois et précise les modalités de ce contrôle, qui ne peut être inopiné ; () ". Aux termes de l'article R. 131-16-2 du même code : " Lorsque les personnes responsables de l'enfant ont été avisées, dans un délai ne pouvant être inférieur à un mois, de la date et du lieu du contrôle et qu'elles estiment qu'un motif légitime fait obstacle à son déroulement, elles en informent sans délai le directeur académique des services de l'éducation nationale qui apprécie le bien-fondé du motif invoqué. Lorsque le motif opposé est légitime, le directeur académique des services de l'éducation nationale en informe les personnes responsables de l'enfant et organise à nouveau le contrôle dans un délai qui ne peut être inférieur à une semaine. Lorsque le motif opposé n'est pas légitime, il informe les personnes responsables de l'enfant du maintien du contrôle ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la direction des services départementaux de l'éduction nationale du Val-de-Marne a informé le requérant, à la suite du contrôle pédagogique du 11 janvier 2022 au titre duquel les résultats ont été jugés insuffisants, par lettre recommandée avec avis de réception envoyée le 3 mars 2022, qu'un second contrôle se déroulerait le 7 avril 2022 de 10h30 à 11h30. L'avis de réception de ce courrier joint au dossier atteste que celui-ci a été présenté le 4 mars 2022 au domicile du requérant, à la dernière adresse que ce dernier avait communiquée, et qu'il a été renvoyé à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé " et " distribué le 22 mars 2022 ". Ainsi, le requérant a été régulièrement notifié le 22 mars 2022 du courrier l'informant du second contrôle pédagogique qui, en l'absence de la famille le jour du contrôle prévu, n'a pas pu avoir eu lieu. Par suite ce moyen ne pourra qu'être écarté.

8. En troisième lieu, si M. B fait valoir que le rectorat a entaché sa décision du 8 juillet 2022 d'erreurs matérielles dès lors qu'Hanna n'a pas été évaluée le 13 janvier 2022 mais le 11 janvier 2022, qu'il n'y a pas eu de contrôle le 7 avril 2022 et que la famille a bien présenté un emploi du temps et du matériel de manipulation, la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, M. B conteste que les résultats du premier contrôle aient pu être considérés comme insuffisants. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion du premier contrôle, les inspectrices de l'éducation nationale ont souligné une maîtrise insuffisante des attendus en particulier la découverte des nombres et leur utilisation ainsi que la mobilisation du langage à l'écrit. Tout d'abord, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que le premier contrôle est fondé sur une grille d'évaluation de la maîtrise des attendus de fin de cycle correspondant à celui des attendus du programme du cycle 1 publié au bulletin officiel de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports n° 25 du 24 juin 2021 et qu'il a été, toutefois, tenu compte de l'âge de la fille du requérant dès lors que certaines compétences n'ont pas été évaluées. De même, si le requérant soutient que le contrôle a été effectué sans tenir compte du projet éducatif, il ne produit aucune pièce établissant qu'il n'a pas été tenu compte du projet éducatif. Ensuite, si le requérant soutient qu'un emploi du temps était fixé pour sa fille, il ressort des pièces du dossier qu'en tout état de cause ne figure sur cet emploi qu'une heure de temps scolaire pour les jours allant du lundi au vendredi. Par ailleurs, si le requérant produit de nombreuses photographies ayant pour objet de démontrer que le compte-rendu du contrôle du mois de janvier 2022 comporte des erreurs de faits dès lors que sa fille dispose de nombreux objets lui permettant notamment de manipuler, ces photographies, qui ne comportent aucun élément permettant de les dater, ne suffisent pas à démontrer que les résultats du contrôle sont entachés d'erreur de fait. Enfin, il ne produit aucun élément permettant d'établir que sa fille effectue des sorties lui permettant de se socialiser avec les autres enfants. Dans ces conditions, et alors que des propositions d'amélioration ont été formulées à l'issue du premier contrôle, M. B n'est pas fondé à remettre en cause le bien-fondé des résultats des contrôles opérés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Michel et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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