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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208467

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208467

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantJEUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 août 2022, le 13 juin 2023 et le 12 octobre 2023, M. E C, représenté par Me Jeudi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la fiche descriptive des infirmités du 22 septembre 2021 en tant qu'elle refuse la concession d'une pension militaire d'invalidité pour son infirmité " lombo-sciatalgies gauches, chronique " (infirmité 7) ;

2°) de lui accorder une pension militaire d'invalidité au taux de 60 % pour l'infirmité " lombo-sciatalgies gauches, chronique ", sous réserve d'un taux supérieur fixé par une expertise judiciaire ;

3°) de majorer le montant des arrérages de pension dus des intérêts de droit à compter du 1er mars 2021, date de la demande de pension en application des articles 1231-6 et 1344-1 du code civil ;

4°) d'ordonner avant dire droit une expertise ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Jeudi, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- la décision méconnaît le principe du contradictoire dès lors que la mission de l'expert désigné par le service des pensions ne lui a pas été communiquée ; il ne lui a pas été possible de prendre connaissance de l'intégralité de son dossier médical constitué et détenu par l'armée ; certains extraits du dossier LUMM ont été communiqués au cours des débats devant la commission de recours de l'invalidité mais uniquement quelques pages sur lesquelles ont été constatées des modifications effectuées jusqu'au 28 octobre 2019 ;

- le libellé de l'infirmité est erroné dès lors qu'il n'a pas pris en compte la sciatique L4-L5 mais seulement la hernie discale L5-S1 ;

- l'infirmité 7 est en lien direct et certain avec l'accident de service de mars 2018 ; il n'avait aucune maladie préexistante que l'accident de service aurait pu aggraver ainsi qu'il ressort de son dossier médical ; il avait été reconnu apte à servir dans les commandos parachutistes ;

- la maladie antérieure prise en compte à hauteur de 10% n'est pas nommée et n'a pas été médicalement constatée avant l'obtention du brevet de chuteur opérationnel ; son infirmité est intégralement imputable au service ;

- le taux global de l'infirmité a été fixé à 15% ; selon le guide-barème des pensions militaires d'invalidité, le tableau clinique séquellaire imputable au service présenté par M. C au moment de l'actualisation de son dossier ayant abouti à la fiche descriptive des infirmités du 22 septembre 2021 ne peut s'évaluer à un taux inférieur à 25 % et doit être fixée à 60% ;

- il a droit aux intérêts moratoires à compter du 1er mars 2021, date de sa demande d'aggravation de sa pension.

Par des mémoires en défense enregistrés le 18 avril 2023, le 15 septembre 2023, le 9 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 16 novembre 2023 qui n'a pas été communiqué, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le taux global d'invalidité de l'infirmité 7 devait être évalué à 15% dont 10% à titre documentaire ;

- l'infirmité résulte d'une maladie aggravée par blessure et le taux d'invalidité de cette infirmité imputable à l'évènement de service survenu le 8 mars 2018 a été évalué à 5%, n'atteignant pas le taux minimum d'invalidité indemnisable de 10% en application de l'article L. 121-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, rapporteure,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- les observations de Me Jeudi, représentant M. C, et les observations de M. C.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 28 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 1er février 1983, s'est engagé le 2 septembre 2003 en qualité de volontaire sous contrat de l'armée de Terre au sein du premier régiment de Hussards parachutistes de Tarbes. Il a demandé le 4 juillet 2018 le bénéfice d'une pension d'invalidité pour traumatisme à l'épaule droite, traumatisme au dos, traumatisme sonore bilatéral, état de stress post-traumatique et problèmes dermatologiques. Par une décision de la commission de recours de l'invalidité, une pension lui a été concédée. En outre, il a demandé l'octroi, en nouvelle instance, d'une pension militaire d'invalidité pour des douleurs au dos. Par la fiche descriptive des infirmités du 22 septembre 2021, il n'a pas été fait droit à cette demande. M. C a formé un recours administratif préalable contre cette décision en tant qu'elle lui refuse la concession d'une pension militaire d'invalidité concernant cette infirmité. Ce recours a été rejetée par une décision de la commission de recours de l'invalidité du 15 juin 2022. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision et à ce que lui soit accordée une pension militaire d'invalidité au taux de 60 % pour l'infirmité " lombo-sciatalgies gauches, chronique ".

Sur le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui reprend les dispositions de l'ancien article L. 6 de ce même code : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de pension pour évaluer les droits de l'intéressé à pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité au titre de laquelle la pension est demandée.

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'accident du 8 mars 2018 : " Lorsque la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes mentionnées à l'article L. 121-1 ne peut être apportée, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : / 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée : / a) Soit avant la date du renvoi du militaire dans ses foyers ; / b) Soit, s'il a participé à une des opérations extérieures mentionnées à l'article L. 4123-4 du code de la défense, avant la date de son retour sur son lieu d'affectation habituelle / / La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. / La présomption définie aux 1° et 2° du présent article s'applique exclusivement, soit aux services accomplis en temps de guerre, au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre ou en opération extérieure, soit au service accompli par les militaires pendant la durée légale du service national, les constatations étant faites dans les délais prévus aux précédents alinéas. / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " En cas d'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'une infirmité étrangère à celui-ci, seule cette aggravation est prise en considération. / Toutefois, si le pourcentage total de l'infirmité aggravée est égal ou supérieur à 60 %, l'intégralité de l'invalidité est prise en considération ".

4. Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % () ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.

5. Enfin, d'une part, si, en vertu des dispositions de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, l'administration doit se placer à la date de la demande de pension pour évaluer le degré d'invalidité entraîné par l'infirmité invoquée, cette évaluation doit, conformément à l'article L. 151-6 du même code, tenir compte de la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps par ces infirmités. D'autre part, aux termes de l'article R. 154-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Tout bénéficiaire d'une pension temporaire chez qui s'est produite une complication nouvelle ou une aggravation de son infirmité peut, sans attendre l'expiration de la période de trois ans prévue à l'article R. 121-3, adresser une demande de révision sur laquelle le service désigné par le ministre chargé des anciens combattants et des victimes de guerre statue selon les modalités définies au chapitre Ier du présent livre ". Il résulte de ces dispositions combinées que l'appréciation de la gêne fonctionnelle dans le temps à la date de la demande ne saurait inclure une évolution de l'état qui relèverait d'une complication nouvelle ou d'une aggravation au sens des dispositions de l'article R. 154-1 précitées.

Sur la régularité de la décision :

6. Il ne résulte pas de l'instruction d'une part que M. C aurait demandé la communication de documents médicaux ou de la mission du médecin des pensions dans les conditions prévues à l'article L. 151-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et se la serait vu refuser. D'autre part, le contenu de la mission confiée au médecin-expert est sans incidence sur le principe du contradictoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté dans toutes ses branches.

Sur le bien-fondé :

7. Il résulte de l'instruction que l'octroi d'une pension militaire d'invalidité a été refusé à M. C au motif que ce dernier présentait, dès 2015, des antécédents d'épisodes récurrents de dorsolombalgies non invalidantes et sans déficit neurologique qui seraient constitutifs d'une maladie antérieure, à défaut de fait précis de service, aggravée par l'accident du 8 mars 2018 et dont la part imputable au service a été estimé à 5 %, soit inférieur au taux minimal de 10 % requis pour l'ouverture d'un droit à pension en application de l'article L. 121-5 du code des pensions des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

8. M. C soutient, d'une part, qu'il ne présentait aucun état antérieur d'invalidité avant l'accident du 8 mars 2018 et, d'autre part, que son taux d'invalidité doit être évalué entre 25% et 60%.

En ce qui concerne l'imputabilité de la blessure au service :

9. Il résulte de l'instruction, et n'est au demeurant pas contesté, que la blessure au dos dont se prévaut M. C a fait l'objet d'un rapport circonstancié établi par le commandant de sa formation le 5 avril 2018 au cours de sa dernière opération extérieure au Mali qui précise qu'à la suite d'une chute de pick-up au Mali le 8 mars 2018, il a consulté, le jour même, l'infirmier de détachement, de sorte qu'il bénéficie de la présomption d'imputabilité prévue aux dispositions précitées.

En ce qui concerne l'imputabilité de l'infirmité à la blessure :

10. En premier lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, la prise en compte de l'état antérieur de l'intéressé pour déterminer ses droits à pensions résulte de l'application de l'article L. 121-7 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, de sorte que l'administration n'a commis aucune erreur de droit en y faisant référence.

11. En second lieu, il résulte de l'instruction que sont mentionnés dans le dossier médical du requérant, à la date du 22 mai 2006, des épisodes de " lombalgies communes ", à la date du 15 janvier 2005, lors d'une visite médicale au retour d'une mission au Sénégal, des lombalgies occasionnelles à la suite du soulèvement d'obus, et dans son dossier dématérialisé " LUMM ", à la date du 26 octobre 2015, des " épisodes récurrents de dorso-lombalgies non invalidantes, sans déficit neurologique ". Il résulte de l'expertise effectuée le 12 mai 2021 et rendue le 4 août 2021 par le docteur A, médecin expert dans le cadre de sa demande de pension enregistrée le 29 janvier 2021, qu'" il semble difficile de nier que l'évènement traumatique du 12/10/2019 en OPEX (même mineur) n'ait pu participer à l'aggravation d'un état antérieur d'une lombarthrose avec trouble de la statique ", mais indique qu'il convient de prendre en compte des antécédents d'épisodes de dorso-lombalgie, une surcharge pondérale de M. C avec un indice de masse corporelle à 30,8 ainsi qu'une scoliose à convexité droite mineure en angle de 9° décrite sur une radiographie du 24 novembre 2020, qu'il qualifie d'affection antérieure au traumatisme ou constitutionnelle. Il relève en outre que l'intervention chirurgicale effectuée le 11 janvier 2021 a bien amélioré la symptomatologie douloureuse et conclu à un taux d'invalidité de 15% dont 10% non imputables. L'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité rendu le 19 août 2021 confirme cette analyse en relevant que l'infirmité est une maladie aggravée par blessure. Il résulte de l'instruction que la commission de recours de l'invalidité a considéré que M. C ne présentait pas de surcharge pondérale avant l'accident du 8 mars 2018 et, par ailleurs, que la déviation de sa colonne vertébrale de 9° était inférieure au seuil de 10° permettant de la qualifier de scoliose. La commission lui a néanmoins refusé l'octroi d'une pension d'invalidité au motif qu'il présentait, dès 2015, des antécédents d'épisodes récurrents de dorso-lombalgies non invalidantes et sans déficit neurologique constitutifs d'une maladie antérieure, à défaut de fait précis de service, aggravée par l'accident du 8 mars 2018 et dont la part imputable au service a été estimé à 5 %, soit inférieur au taux minimal de 10 % requis pour l'ouverture d'un droit à pension en application de l'article L. 121-5 du code des pensions des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

12. Toutefois, il résulte de l'instruction que les lombalgies dont souffrait occasionnellement le requérant ne présentaient aucun caractère invalidant, ainsi qu'il ressort tant du dossier " LUMM " de M. C que des divers avis médicaux d'aptitudes physiques qui lui ont été délivrés avant 2018. De plus, le docteur A ne justifie pas dans son avis dans quelles mesure l'état antérieur aurait, sans l'accident du 8 mars 2018, évolué vers l'infirmité dont souffre l'intéressé.

13. En outre, le requérant produit des certificats médicaux qui contredisent l'expertise du docteur A. Il résulte de l'avis du 14 avril 2021 du docteur B, médecin-conseil de victimes, que les lésions au dos de M. C présentent un caractère traumatique qu'il relie à un accident survenu le 3 janvier 2017 lors d'un saut en parachute opérationnel ainsi qu'à l'accident du 8 mars 2018. Il précise que ces évènements, associés à des conditions d'entrainement physique intense, expliquent l'apparition d'une protrusion discale en 2019, qui a évolué en hernie discale en L5-S1, opérée en janvier 2021. Dans un avis du 1er mars 2022, le Docteur D, également médecin-conseil de victimes, estime que l'existence d'un état antérieur n'est pas médicalement justifiée et que l'infirmité est en relation certaine, directe et déterminante avec l'accident du 8 mars 2018. Il précise notamment que les épisodes de dorso-lombalgie mentionnés dans le dossier médical sont d'" une grande banalité " et " ne traduisent que des contractures passagères des muscles lombaires " et s'appuie notamment sur un bilan radiologique du rachis lombaire effectué en 2013 qui a conclu à une " statique et morphologie rachidienne normale " et une " intégrité ostéo-articulaire ".

14. Par ailleurs, en ce qui concerne le taux d'invalidité, il résulte des dispositions précitées que doit être pris en compte, pour déterminer le taux d'invalidité, l'état du demandeur à la date de sa demande, en tenant compte de la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps par son infirmité. En l'espèce, la demande de pension militaire d'invalidité de M. C a été enregistrée le 29 janvier 2021. Si le requérant produit une nouvelle demande de révision d'aggravation pour une hernie discale L5-S1 et une hernie discale L4-L5 opérées signée le 1er mars 2021, il n'est pas établi que cette demande ait bien été transmise à l'administration, ni qu'elle aurait été instruite.

15. La commission de recours de l'invalidité a retenu, en se fondant sur l'expertise du docteur A, un taux d'invalidité globale pour cette infirmité de 15%, en retenant un taux de 10% à titre documentaire. Toutefois, s'il résulte bien de l'instruction que M. C ne présentait pas de surcharge pondérale à la date de l'accident et que la déviation de sa colonne vertébrale ne pouvait être qualifiée de scoliose, ce qu'a relevé la commission d'invalidité, cette dernière n'en a tiré aucune conséquence concernant la part de l'état antérieur dans le taux d'invalidité correspondant à l'infirmité, alors même que ces éléments ont été pris en considération dans les conclusions de l'expertise du docteur A pour déterminer le taux d'invalidité imputable au service de cette infirmité. En outre, les avis médicaux des docteurs B et Neudascher précités, retiennent un taux d'invalidité à respectivement 20% et 25% à la date de la demande de pension qu'ils considèrent, ainsi qu'il a été dit au point 14, imputable à la blessure survenue lors de l'accident du 8 mars 2018.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les différents avis et documents médicaux produits dans le cadre de l'instance sont contradictoires et ne permettent pas d'apprécier dans quelle mesure l'infirmité invoquée par M. C serait imputable à la blessure subie en service le 8 mars 2018 ou à l'aggravation d'un état antérieur. Ils ne permettent pas non plus de fixer le taux d'invalidité résultant, à la date de la demande du requérant, de son infirmité et, le cas échéant, de la part correspond à l'aggravation par l'accident du 9 mars 2018 d'un état antérieur. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une mesure d'expertise effectuée conformément à l'article 1er du dispositif ci-dessous.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera procédé, avant de statuer sur les conclusions de M. C dirigées contre la décision du 15 juin 2022 en tant qu'elle lui refuse l'ouverture de ses droits à pension militaire d'invalidité pour l'infirmité " lombo-sciatalgies gauches chroniques ", par un médecin expert spécialisé en rhumatologie ou un chirurgien désigné par le président du tribunal administratif, assisté de tout sapiteur qu'il jugera utile, à une expertise avec mission pour l'expert de :

1°) de convoquer les parties ;

2°) de prendre connaissance du dossier médical de M. C et de toute pièce qui lui paraîtra utile pour sa mission ;

3°) d'examiner M. C et de décrire son état de santé et, plus particulièrement, l'infirmité consistant en des lombo-sciatalgies gauches chroniques ;

4°) de dire s'il existait une pathologie antérieure à l'accident du 8 mars 2018 et, le cas échéant, la décrire ainsi que ses causes et son évolution prévisible ;

5°) de rechercher les origines des lombo-sciatalgies gauches chroniques dont souffre M. C et de déterminer en particulier si cette infirmité résulte d'une blessure intervenue lors de l'accident du 8 mars 2018 ou de l'aggravation par cet accident d'une pathologie antérieure à celui-ci ;

6°) d'évaluer le taux d'invalidité correspondant à cette infirmité à la date de sa demande, soit le 29 janvier 2021, en prenant en compte l'évolution prévisible à cette date de la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps par cette infirmité et en se référant, dans la mesure du possible, au guide-barème des invalidités annexé au code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ; de déterminer l'incidence de l'opération ayant eu lieu le 11 janvier 2021 sur la gêne fonctionnelle dans le temps de l'intéressé pour évaluer le taux d'invalidité correspondant à cette infirmité ; le cas échéant, d'évaluer la part correspondant à une aggravation par l'accident d'une pathologie antérieure ;

7°) de fournir au tribunal tous éléments utiles à la solution du litige.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision de désignation.

Article 3 : Les autres conclusions, notamment les conclusions relatives aux intérêts moratoires, aux frais liés au litige et aux dépens, sont réservées pour y être statué en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la ministre des armées et des anciens combattants.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

J. DARRACQ-GHITALLA-CIOCK

Le président,

X. POTTIER La greffière,

C. LEROY

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière,

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