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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208511

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208511

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, M. C B, représenté par Me Ouedraogo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler sa carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au renouvellement de son titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que l'ensemble des condamnations pénales prises en compte par le préfet dans l'arrêté attaqué ne lui sont pas attribuables suite à une usurpation d'identité dont il a été victime ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est parfaitement intégré professionnellement et que les trois condamnations prononcées en 2019, 2020 et 2021 dont il a fait l'objet ne suffisent à caractériser une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Un mémoire en défense présenté par le préfet de Seine-et-Marne a été enregistré le 5 décembre 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- et les observations de Me Moutsouka, subsitut de Me Ouedraogo, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né en 1999 à Conakry (république de Guinée), a déclaré être entré en France le 7 avril 2015. Il a sollicité le 10 décembre 2021, sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 27 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 435-3 de ce même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.".

3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance et le renouvellement d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ainsi que d'une carte de résident sont subordonnés à l'absence de menace pour l'ordre public du comportement de l'étranger, y compris lorsqu'il remplit l'ensemble des conditions posées par la loi. Par ailleurs, les faits constatés par le juge pénal et qui commandent nécessairement le dispositif d'un jugement ayant acquis force de chose jugée s'imposent tant à l'administration qu'au juge administratif.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour temporaire mention " salarié " de M. B, le préfet de Seine-et-Marne a considéré, à titre principal, que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné, le 6 novembre 2018 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour transport, détention, acquisition et usage illicite de stupéfiant, le 9 mai 2019 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour recel de bien provenant d'un vol, le 9 janvier 2020 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour vol avec destruction ou dégradation et recel de bien provenant d'un vol, le 28 juillet 2020 à huit mois d'emprisonnement pour détention en bande organisée de tabac, manufacture sans document justificatif régulier, le 10 septembre 2020 à 120 jours-amende pour conduite sans permis, le 23 février 2021 pour soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière en récidive et le 16 novembre 2021 à dix mois d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours.

5. Si M. B soutient ne pas être l'auteur des faits ayant entraîné les condamnations prononcées les 28 juillet 2020, 10 septembre 2020 et 23 février 2021 pour avoir été victime d'une usurpation d'identité et avoir déposé une plainte en ce sens le 27 avril 2022, ses seules allégations et les éléments produits au dossier par l'intéressé, ne permettent pas d'établir l'absence d'implication du requérant dans la commission de ces infractions alors qu'au surplus, il n'établit pas les suites qui ont été réservées à son dépôt de plainte par l'autorité judiciaire, notamment des poursuites qui auraient été engagées. En tout état de cause, à supposer même que l'intéressé eût été victime d'une usurpation d'identité, l'intéressé reconnaît explicitement être l'auteur des faits ayant entraîné les condamnations des 9 mai 2019, 9 janvier 2020 et 16 novembre 2021. Eu égard à la gravité des faits, à leur caractère très récent à la date de la décision attaquée et à leur caractère répétitif, ces condamnations sont à elles seules suffisantes pour justifier un refus de renouvellement du titre de séjour pour menace pour l'ordre public alors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait pris la même décision en se fondant sur ces seules condamnations. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3, M. B ne peut alors utilement soutenir qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour et que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être qu'écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. B soutient qu'il est arrivé en France en 2015, à l'âge de 16 ans et qu'il y réside depuis cette date. Il fait également valoir qu'il est intégré socialement et professionnellement et qu'il y a fixé le centre de ses intérêts. Toutefois, il est constant que le requérant est célibataire et sans enfant. Il ne justifie, par ailleurs, de l'exercice d'une activité professionnelle que de seize mois de juillet 2019 au mois d'avril 2022. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu de tout lien avec son pays d'origine. Dans ces conditions, et eu égard également à la nature et à la gravité des faits qui lui sont reprochés, l'arrêté attaqué n'a pas porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a pas méconnu, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut être qu'écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. D, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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