vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2208521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FITZJEAN O COBHTHAIGH |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2207876 et des mémoires, enregistrés les 9 août 2022, 17 octobre 2022 et 27 décembre 2022, Mme B E et M. A C, représentés par Me Fitzjean O Cobhthaigh, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 22 août 2022 par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil a confirmé la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Seine-et-Marne a rejeté la demande d'autorisation d'instruire en famille leur fille D ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de leur délivrer une autorisation d'instruire en famille leur fille au titre de l'année scolaire 2022-2023 dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle a été prise uniquement par le recteur de l'académie de Créteil après consultation de la commission académique ; en outre, aucune décision du recteur n'a préalablement désigné M. G comme représentant du recteur pour assurer la présidence de la commission ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission a délibéré dans des conditions ne respectant pas les règles de composition, de délibération et de quorum fixées par les articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation ; en outre, elle ne comporte ni la mention des noms des membres de la commission ayant participé à cette délibération, ni les indications permettant d'établir que le quorum était atteint ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en exigeant que le dossier de demande justifie d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ;
- elle méconnaît le principe d'égalité dès lors que d'autres familles dans des situations semblables ont reçu une autorisation d'instruction en famille ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils justifient d'une situation propre à leur enfant motivant leur projet pédagogique ; ainsi, le projet pédagogique prévoit une organisation du temps de l'enfant tout au long de la semaine ; il prévoit également chacun des attendus du socle commun, dans chacun des cinq domaines, avec des activités proposées ainsi que la description de la démarche et des méthodes pédagogiques ; en outre, les ressources, matériels et supports pédagogiques utilisés sont illustrés par de nombreuses photographies ; enfin, l'instruction des frères de l'enfant en famille constitue, dans les circonstances de l'espèce, une situation propre à l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention, de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.
II. Par une requête n° 2208521 et des mémoires, enregistrés les 29 août 2022, 17 octobre 2022 et 27 décembre 2022, Mme B E et M. A C, représentés par Me Fitzjean O Cobhthaigh, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 août 2022 par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil a confirmé la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Seine-et-Marne a rejeté la demande d'autorisation d'instruire en famille leur fille D ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de leur délivrer une autorisation d'instruire en famille leur fille au titre de l'année scolaire 2022-2023 dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle a été prise uniquement par le recteur de l'académie de Créteil après consultation de la commission académique alors qu'il appartenait à la commission de la prendre ; en outre, aucune décision du recteur n'a préalablement désigné M. G comme représentant du recteur pour assurer la présidence de la commission ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission a délibéré dans des conditions ne respectant pas les règles de composition, de délibération et de quorum fixées par les articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation ; en outre, elle ne comporte ni la mention des noms des membres de la commission ayant participé à cette délibération, ni les indications permettant d'établir que le quorum était atteint ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en exigeant que le dossier de demande justifie d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ;
- elle méconnaît le principe d'égalité dès lors que d'autres familles dans des situations semblables ont reçu une autorisation d'instruction en famille ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils justifient d'une situation propre à leur enfant motivant leur projet pédagogique ; ainsi, le projet pédagogique prévoit une organisation du temps de l'enfant tout au long de la semaine ; il prévoit également chacun des attendus du socle commun, dans chacun des cinq domaines, avec des activités proposées ainsi que la description de la démarche et des méthodes pédagogiques ; en outre, les ressources, matériels et supports pédagogiques utilisés sont illustrés par de nombreuses photographies ; enfin, l'instruction des frères de l'enfant en famille constitue, dans les circonstances de l'espèce, une situation propre à l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention, de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par des mémoires en défense enregistrés les 12 septembre 2022 et 8 novembre 2022, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E et M. C ont présenté, le 16 mai 2022, pour leur fille D née en 2019, une demande d'autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2022-2023. Par une décision du 11 juillet 2022, la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Seine-et-Marne a rejeté leur demande. Les requérants ont formé, le 18 juillet 2022, un recours administratif préalable contre cette décision auprès de la commission académique qui a été réceptionné le 25 juillet 2022. Leur recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par une décision de la commission académique en date du 22 août 2022. Par une première requête, enregistrée sous le n° 2207876, les requérants demandent l'annulation de la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Seine-et-Marne a rejeté la demande d'autorisation d'instruire en famille leur fille D, ensemble la décision par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil confirme cette décision. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2208521, les requérants demandent l'annulation de la décision du 22 août 2022 par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil a confirmé la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Seine-et-Marne a rejeté la demande d'autorisation d'instruire en famille leur fille D.
2. Les requêtes n° 2207876 et n° 2208521 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article R. 131-11 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant qui sollicitent la délivrance de l'autorisation d'instruction dans la famille dans les conditions prévues par l'article L. 131-5 adressent leur demande au directeur académique des services de l'éducation nationale du département de résidence de l'enfant entre le 1er mars et le 31 mai inclus précédant l'année scolaire au titre de laquelle cette demande est formulée ". Aux termes de l'article D. 131-11-10 du même code : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ". Aux termes de l'article D. 131-11-12 du même code : " La commission siège valablement lorsque la majorité de ses membres sont présents. La commission rend sa décision à la majorité des membres présents. En cas de partage égal des voix, celle du président est prépondérante. / La commission se réunit dans un délai d'un mois maximum à compter de la réception du recours administratif préalable obligatoire. / La décision de la commission est notifiée dans un délai de cinq jours ouvrés à compter de la réunion de la commission ". Enfin, aux termes de l'article D. 131-11-13 du même code : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article D. 131-11-10 ".
4. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.
5. Si les requérants ont présenté leur première requête le 9 août 2022, avant que n'intervienne la décision de la commission sur leur recours préalable obligatoire formé le 18 juillet 2022, il ressort des pièces du dossier que la commission d'appel a rejeté leur recours le 22 août 2022. Dès lors, il y a lieu de regarder les conclusions en annulation des deux requêtes comme étant dirigées contre la décision du 22 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". En application de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. En l'espèce, la décision en litige mentionne les textes applicables, notamment les articles L. 131-5, L. 131-11-1 et D. 131-11-10 à D. 131-11-13 du code de l'éducation, et relève que les éléments constitutifs de la demande d'autorisation d'instruction dans la famille n'établissent pas l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif. Elle précise que la scolarisation de la fratrie de l'enfant en instruction à domicile ne constitue pas ipso facto une situation propre de l'enfant et que la mission de l'école maternelle consiste à s'adapter au rythme et aux besoins de chaque enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ". Aux termes de l'article D. 131-11-13 du code de l'éducation : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article D. 131-11-10 ". Aux termes de l'article D. 131-11-11 du code de l'éducation : " La commission est présidée par le recteur d'académie ou son représentant. / Elle comprend en outre quatre membres : / 1° Un inspecteur de l'éducation nationale ; / 2° Un inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional ; / 3° Un médecin de l'éducation nationale ; / 4° Un conseiller technique de service social. / Ces membres sont nommés pour deux ans par le recteur d'académie. / Des membres suppléants sont nommés dans les mêmes conditions que les membres titulaires ". Et aux termes de l'article D. 131-11-12 du code de l'éducation : " La commission siège valablement lorsque la majorité de ses membres sont présents. La commission rend sa décision à la majorité des membres présents. En cas de partage égal des voix, celle du président est prépondérante. / La commission se réunit dans un délai d'un mois maximum à compter de la réception du recours administratif préalable obligatoire. / La décision de la commission est notifiée dans un délai de cinq jours ouvrés à compter de la réunion de la commission ". Il résulte des dispositions précitées que les décisions sur recours préalables obligatoires contre les refus d'autorisation d'instruction dans la famille sont prises par une commission présidée par le recteur d'académie et non par le recteur lui-même.
9. Les requérants soutiennent que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle a été prise uniquement par le recteur de l'académie de Créteil après consultation de la commission académique et qu'aucune décision du recteur n'a préalablement désigné M. G comme représentant du recteur pour assurer la présidence de la commission. Toutefois, d'une part, le recteur de l'académie de Créteil produit en défense l'arrêté du 29 juin 2022 fixant la composition de la commission qui est conforme aux exigences des articles précités du code de l'éducation ainsi que le procès-verbal de la séance de la commission académique du 19 août 2022 qui fait apparaître que le quorum exigé a bien été respecté et que la commission a pu valablement délibérer. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que la commission est présidée par le recteur d'académie ou son représentant. Aucune disposition, ni aucun principe n'empêche le recteur de se faire représenter par le directeur de cabinet au sein de cette commission, ni n'impose l'édiction d'une décision de nomination préalable alors qu'il ressort du procès-verbal de la séance que M. G a représenté le recteur en sa qualité de directeur de cabinet. Par suite, alors que la décision attaquée relève de la compétence de la commission présidée par le recteur de l'académie de Créteil et que la décision du 22 août 2022 se borne à notifier le sens de la décision prise par la commission académique, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
10. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission a délibéré dans des conditions ne respectant pas les règles de composition, de délibération et de quorum fixées par les articles D. 131-11-11 et D. 131-11-12 du code de l'éducation et que la décision ne mentionne ni le nom des membres de la commission ayant participé à la délibération, ni les indications permettant d'établir que le quorum était atteint. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision du 22 août 2022 indique qu'elle émane de la commission, et non du seul recteur de l'académie de Créteil. En outre, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, le recteur de l'académie de Créteil produit en défense, d'une part, l'arrêté du 29 juin 2022 fixant la composition de la commission qui est conforme aux exigences des articles précités du code de l'éducation et, d'autre part, le procès-verbal de la séance de la commission académique du 19 août 2022 qui fait apparaître que le quorum exigé a bien été respecté. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (.) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret ". Et aux termes de l'article R. 131-11-5 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : / 1° Une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, à savoir notamment : / a) Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l'enfant d'acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; / b) Les ressources et supports éducatifs utilisés ; / c) L'organisation du temps de l'enfant (rythme et durée des activités) ; / d) Le cas échéant, l'identité de tout organisme d'enseignement à distance participant aux apprentissages de l'enfant et une description de la teneur de sa contribution ; / 2° Toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant ; / 3° Une copie du diplôme du baccalauréat ou de son équivalent de la personne chargée d'instruire l'enfant. Le directeur académique des services de l'éducation nationale peut autoriser une personne pourvue d'un titre ou diplôme étranger à assurer l'instruction dans la famille, si ce titre ou diplôme étranger est comparable à un diplôme de niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles ; / 4° Une déclaration sur l'honneur de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ".
12. Il résulte des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation issues de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, éclairées par les débats parlementaires à l'issue desquels elles ont été adoptées, que le législateur a entendu limiter strictement aux quatre cas mentionnés au point précédent la possibilité pour l'administration de délivrer, à titre dérogatoire, une autorisation pour dispenser l'instruction en famille. Il ressort également de ces débats parlementaires que, s'agissant particulièrement du quatrième et dernier cas, tenant à " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", le législateur a entendu réserver la possibilité d'accorder une dérogation exclusivement lorsque les familles relèvent un besoin de l'enfant à partir duquel elles élaborent un projet éducatif adapté. Dans son avis sur le projet de loi, le Conseil d'État a considéré que le motif visé préserve une possibilité de choix éducatif des parents, mais tiré de considérations propres à l'enfant. En outre, l'étude d'impact de la loi précise que l'instruction en famille constitue désormais une exception au principe de scolarisation obligatoire qui ne peut être accordée qu'en raison de la situation particulière de l'enfant. Il en résulte que l'administration ne saurait délivrer une autorisation pour dispenser l'instruction en famille présentée sur le fondement de ce quatrième cas lorsque les personnes responsables de l'enfant n'établissent pas expressément l'existence d'une situation propre à l'enfant. Pour délivrer une telle autorisation sur ce fondement, l'autorité administrative doit en outre s'assurer, sous le contrôle du juge administratif, que le projet d'instruction en famille comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant ainsi que le Conseil constitutionnel a interprété, au point 76 de sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021, le critère tenant à la situation propre à l'enfant. Ainsi, contrairement aux allégations des requérants, l'administration ne se trouve pas en situation de compétence liée dès lors qu'il appartient à l'administration de porter une appréciation sur les faits qui lui sont soumis. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée qu'elle a été prise aux motifs que les éléments constitutifs de la demande d'autorisation d'instruction dans la famille n'établissent pas l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif et que la scolarisation de la fratrie de l'enfant en instruction à domicile ne constitue pas ipso facto une situation propre justifiant un recours à l'instruction en famille pour l'enfant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
13. En cinquième lieu, les requérants soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils justifient d'une situation propre à leur enfant motivant leur projet pédagogique, que le projet pédagogique prévoit une organisation du temps de l'enfant tout au long de la semaine ainsi que la description de la démarche et des méthodes pédagogiques et que l'instruction des frères de l'enfant en famille constitue, dans les circonstances de l'espèce, une situation propre à l'enfant. Si les requérants allèguent que le projet éducatif démontre parfaitement son adaptabilité à la situation propre de l'enfant et prévoit des apprentissages dans tous les domaines, cette simple allégation ne permet pas d'établir l'existence d'une situation propre à l'enfant ainsi qu'il a été exposé au point précédent. En outre, la référence à des outils et méthodes pédagogiques particuliers, pour lesquels il n'est pas non plus établi qu'ils ne seraient pas utilisés dans les établissements scolaires, ne suffit pas à caractériser l'existence d'une situation propre à l'enfant. Il est de même de la circonstance selon laquelle les comptes rendus des contrôles de l'instruction en famille réalisés les années précédentes pour la fratrie faisaient état de compétences acquises dans leur majorité. Enfin, le projet éducatif ne démontre pas en quoi l'enseignement et la pédagogie choisie seraient adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction ". Aux termes de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. Si les requérants soutiennent que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de leur fille, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une scolarisation de l'enfant serait de nature à nuire à son épanouissement intellectuel et social, ni qu'elle porterait atteinte à son intérêt supérieur. En outre, la Cour européenne des droits de l'homme, dans sa décision du 11 septembre 2006, Konrad c. Allemagne, n° 35504/03, n'a pas exclu la possibilité pour les États parties à la convention de prévoir une obligation de scolarisation et le Conseil d'État a reconnu que l'obligation d'instruction dans un établissement d'enseignement ne peut être regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention, de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
16. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité dès lors que de très nombreuses académies ont autorisé des parents à instruire leurs enfants en famille dans des situations dans lesquelles aucune situation propre n'était établie, les éléments produits ne permettent pas d'établir que leur fille se trouve dans une situation identique à celle d'autres enfants s'étant vus octroyer une autorisation d'instruction dans la famille. En tout état de cause, la circonstance, à la supposer établie, que certaines autorisations d'instruction dans la famille aient été accordées sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation sans que soit caractérisée une situation propre à l'enfant, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants tendant à l'annulation de la décision du 22 août 2022 par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil a confirmé la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Seine-et-Marne a rejeté leur demande d'autorisation d'instruire en famille leur fille doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme E et M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et M. A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Créteil.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Jeannot, première conseillère,
Mme Blanc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
La rapporteure,
F. FLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
H. KELI
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2207876
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026