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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208554

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208554

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2022 et 4 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, et dans les mêmes conditions, de réexaminer sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie du sérieux de son parcours universitaire ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la durée de son séjour en France et de son intégration dans la société française.

Le préfet de Seine-et-Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction.

M. C A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Morisset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué qui ne sont pas contestées que M. C A, né le 14 juin 1998 et de nationalité guinéenne, est entré irrégulièrement en France le 7 août 2015 et a été admis au séjour en qualité d'étudiant à compter du 13 mars 2017. Son titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 2 mars 2021. Il en a demandé le renouvellement le 30 décembre 2021. Par un arrêté du 2 juin 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

3. Par un arrêté n° 22/BC/027 du 30 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à M. E D, sous-préfet de l'arrondissement de Meaux et auteur de l'arrêté attaqué, aux fins de signer notamment tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles il se fonde. Il précise la situation administrative, étudiante, professionnelle et familiale de l'intéressé depuis son arrivée en France. Au vu de ces éléments, le préfet de Seine-et-Marne a, en particulier, estimé que M. A ne justifiait pas d'une progression dans son cursus universitaire, ne justifiait comme ressources que des indemnités versées par pôle emploi alors que son titre de séjour ne lui permet pas de percevoir ces indemnités, ni de s'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour du requérant en qualité d'étudiant, le préfet s'est fondé sur le motif tiré de ce que M. A ne justifiait pas de son assiduité aux cours pour les années 2019/2020 et 2020/2021 et qu'il n'établissait pas de la progression ni du caractère réel et sérieux de ses études alors qu'il ne s'est inscrit après cinq années d'étude en France qu'à un niveau de licence. Il ressort des pièces du dossier que si M. A s'est inscrit en BTS comptabilité et gestion en 2017, il a validé ce diplôme en juin 2020. Depuis, il s'est inscrit, en 2020/2021, à l'école " Elysées Marbeuf Gestion et Finances " à Paris, en formation Diplôme Comptabilité Gestion 3ème année, avec un contrat d'apprentissage signé avec l'entreprise CESA STECO. Le seul certificat de scolarité délivré par cet établissement n'est pas de nature à établir l'assiduité à ces cours pour cette période. Pour l'année 2021/2022, le requérant s'est inscrit au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) en qualité d'auditeur en vue de préparer une licence en Droit, Économie, Gestion mention Gestion parcours Comptabilité Contrôle Audit. S'il a présenté à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour une convention de stage d'une durée de vingt-six semaines se déroulant du 17 janvier 2022 au 16 juillet 2022 ainsi qu'une attestation d'assiduité des séances de cours suivies d'octobre 2021 à janvier 2022, il n'établit pas avoir obtenu ce diplôme. Le sérieux des études poursuivi ne saurait davantage résulter de la notification de décision du CNAM du 24 janvier 2022 qui ne fait état que de la validation de quatre unités de formation. Dans ces circonstances, le préfet de Seine-et-Marne a pu estimer au vu de l'absence de progression dans le cadre des études suivies en France depuis juin 2020, que le requérant ne justifiait pas du sérieux de ses études. Par suite, il n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler à l'intéressé son titre de séjour en qualité d'étudiant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A fait valoir être en situation régulière en France depuis plus de cinq ans, justifier d'une intégration professionnelle et de la réussite de ses études. Toutefois, le moyen invoqué par le requérant sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. A supposer que le requérant ait entendu soulever ce moyen à l'encontre des autres décisions contenues dans l'arrêté attaqué, il résulte de ce qui précède que M. A, qui a été autorisé à séjourner en qualité d'étudiant, n'établit pas avoir progressé dans ses études depuis juin 2020. Il est, par ailleurs, célibataire et sans enfant et n'établit pas avoir de la famille en France, de sorte qu'il ne démontre pas avoir constitué une vie privée et familiale en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que le conseil de M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. F, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Morisset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

A. MORISSET

Le président,

M. FLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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