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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208636

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208636

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Jaslet, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant " cessation des conditions matérielles d'accueil " :

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir rétroactivement dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'interruption de son bénéfice, dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente décision et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII cette même-somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi qu'il ait fait l'objet d'une information dans une langue qu'il comprend dans les conditions prévues aux articles L. 551-9, L. 551-10, D. 551-16 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas établi qu'il ait bénéficié d'un entretien de vulnérabilité conduit par un agent spécialement formé dans les conditions prévues aux articles L. 522-1 et L. 522-2 du code précité ;

- il n'est pas établi que la procédure contradictoire prévue aux articles L. 551-16 et

D. 551-18 du code précité ait été respectée, dès lors que l'OFII n'établit pas qu'il lui ait laissé un délai de quinze jours à compter de la notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil pour prendre la décision litigieuse et que le versement de l'aide aux demandeurs d'asile n'a pas été interrompu pendant ce délai ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et que l'OFII ne pouvait se fonder sur l'article L. 551-16 du code précité pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors que seul un refus d'octroi dudit bénéfice pouvait être valablement prononcé à son encontre.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé et demande une substitution de base légale, de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'article L. 551-15 du même code.

Par une ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2024 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Par un courrier du 24 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, eu égard à son admission définitive audit bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu :

- l'ordonnance n° 2208627 du 30 septembre 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Melun, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 à 11 heures :

- le rapport de Mme Bousnane, rapporteure,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1969 à Tevragh Zeine (Mauritanie), est entré en France afin d'y demander l'asile. La consultation du fichier " Visabio " ayant fait apparaître que ses empreintes digitales avaient été antérieurement relevées en Espagne, sa demande a été enregistrée en procédure Dublin le 25 novembre 2021. Le même jour, M. A a fait l'objet d'une offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au titre du dispositif national d'accueil. Les autorités espagnoles, saisies le 14 décembre 2021, ont donné leur accord de reprise en charge le 28 décembre 2021. Par un arrêté du 4 mars 2022, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile. Après avoir été transféré en Espagne le 16 juin 2022, M. A est revenu en France et a présenté une nouvelle demande d'asile, laquelle a de nouveau été enregistrée en procédure Dublin le 5 juillet 2022. Par une décision du 25 juillet 2022, intitulée " notification de cessation des conditions matérielles d'accueil ", la directrice territoriale de l'OFII a informé M. A qu'elle mettait totalement fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 19 octobre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, sa demande d'admission provisoire audit bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'étendue du litige :

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16 du même code dispose : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 531-41 du code précité : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure./ Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa ". Dans ce cadre, une demande d'asile présentée après l'exécution d'un arrêté de transfert vers un autre Etat membre est assimilable à une demande de réexamen au sens de ces dispositions.

5. Enfin, l'article L. 573-5 du même code prévoit que " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat européen le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet Etat ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. A a été enregistrée le 25 novembre 2021 en procédure Dublin et que l'intéressé a effectivement été transféré aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, le 16 juillet 2022. Il s'ensuit qu'en application de l'article L. 573-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qu'il avait accepté le 25 novembre 2021 a pris fin à la date de ce transfert. Il s'ensuit également que la deuxième demande d'asile présentée par M. A et enregistrée le

5 juillet 2022 en procédure Dublin est assimilable à une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, la décision du 25 juillet 2022 dont M. A demande l'annulation et par laquelle l'OFII lui a notifié une " cessation des conditions matérielles d'accueil " doit être qualifiée de décision de refus des conditions matérielles d'accueil dans le cadre de sa demande de réexamen de sa demande d'asile et non de décision par laquelle il aurait été mis fin totalement aux conditions matérielles d'accueil dont l'intéressé aurait bénéficié.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

7. En premier lieu, M. A soutient que la décision serait entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'il s'est vu proposer une offre de prise en charge et que les modalités de refus, de cessation ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil lui ont été précisées dans une langue qu'il comprend. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, lors d'un entretien le 25 novembre 2021, M. A a attesté par sa signature avoir été informé des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été donnée doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En deuxième lieu, M. A soutient que cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait bénéficié d'un entretien de vulnérabilité conduit par un agent spécialement formé dans les conditions prévues aux articles L. 522-1 et L. 522-2 du code précité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité dans les formes requises par ces dispositions le 5 juillet 2022. Cet entretien, ainsi que l'entretien initial, ont été conduit par un auditeur asile lequel doit, en l'absence d'élément contraire, être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code précité. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII ait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation de vulnérabilité de M. A. Ce moyen doit, dès lors être écarté.

10. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'OFII lui ait laissé, comme le prévoient les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un délai de quinze jours avant de prendre la décision à compter de la décision d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil et d'interrompre le versement de l'aide aux demandeurs d'asile, un tel moyen ne peut utilement être invoqué à l'encontre d'une décision portant refus d'octroi des condition matérielles d'accueil et ne peut, dès lors, qu'être écarté comme inopérant.

11. En cinquième lieu, M. A soutient que la décision attaquée méconnaîtrait l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il aurait respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et que l'OFII ne pourrait se fonder sur l'article L. 551-16 pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors que seule une décision de refus d'octroi dudit bénéfice pouvait être valablement prononcée à son encontre.

12. Il résulte des dispositions des articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 3, qui précisent les cas dans lesquels les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées ou retirées, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé lorsque la demande d'asile présente le caractère d'une demande de réexamen.

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et de ce qui précède que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et que pour prononcer un tel refus, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que ces dispositions ne sont relatives qu'aux cas dans lesquels les conditions matérielles d'accueil peuvent être retirées, la décision du 25 juillet 2022 portant refus de prise en charge ne pouvait être prise sur ce fondement.

14. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

15. En l'espèce, la décision contestée est fondée sur la circonstance que l'intéressé ait présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Dans ces conditions, et comme le fait valoir l'OFII en défense, cette décision trouve son fondement légal dans les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du même code, lesquelles peuvent être substituées à celles du 3° de l'article L. 551-16 dès lors, en premier lieu, que la deuxième demande d'asile de M. A doit être regardée comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en dernier lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En outre, si les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sauraient dispenser l'OFII de prendre en compte la situation particulière du demandeur d'asile, en particulier dans le cas de personnes vulnérables, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation dont se prévaut M. A soit telle qu'il puisse être regardé comme fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 juillet 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions du requérant à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais du litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'OFII la somme demandée sur ce fondement par M. A.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Jaslet et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure

L. Bousnane

Le président

X. Pottier

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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