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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208758

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208758

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, Mme F B, épouse C, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a retiré le titre de séjour en sa possession et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 11 de l'accord franco-ivoirien ;

- il est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Un mémoire complémentaire présenté par Mme B a été enregistré le 19 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signé à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cissé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née en 1989, s'est mariée avec M. A, ressortissant français, le 22 septembre 2015 et est entrée en France le 7 mars 2017 avec un visa long séjour en qualité de conjointe de français. Une carte de résident valable du 18 août 2020 au 17 août 2030 lui a été délivrée. Par arrêté du 22 août 2022, le préfet de Seine-et-Marne a décidé de lui retirer cette carte et l'a obligée à quitter le territoire français. Par la requête précitée, l'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 22/BC/061 du 18 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de Seine-et-Marne et au demeurant visé dans l'arrêté contesté, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à M. E D, signataire de l'arrêté attaqué et directeur de cabinet, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions se rapportant aux matières relevant de ses attributions, à l'exception d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif. En outre, lorsqu'un ou des enfants sont nés de cette union et sous réserve que l'étranger titulaire de la carte de résident établisse contribuer effectivement, depuis la naissance, à l'entretien et à l'éducation du ou des enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait au motif de la rupture de la vie commune ". Aux termes de l'article R. 423-2 du même code : " L'étranger titulaire de la carte de résident prévue à l'article L. 423-6 peut se la voir retirer s'il a mis fin à sa vie commune avec un ressortissant français dans les quatre années qui suivent la célébration du mariage, sauf dans les cas mentionnés au même article ".

4. La requérante soutient qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait retirer la carte de résident dont elle était titulaire que dans un délai de quatre années à compter de la célébration du mariage et que dès lors que le mariage avait été célébré le 22 septembre 2015, il ne pouvait plus procéder à ce retrait par l'arrêté contesté du 22 août 2022. Toutefois, il résulte des dispositions de cet article que le délai de quatre ans qui y est mentionné est relatif à la rupture de la vie commune au regard de la date de célébration du mariage. Il ressort des pièces du dossier que le divorce entre Mme B et M. A a été prononcé le 20 juin 2019 et que la vie commune avait donc bien été rompue dans le délai de quatre ans à compter de la célébration du mariage. Par ailleurs, si le préfet de Seine-et-Marne s'est dans le cadre de l'arrêté contesté, à tort, également fondé sur la notion de fraude au mariage pour justifier le retrait de la carte de résident, un tel motif erroné doit être neutralisé dès lors que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent ainsi être écartés.

5. En troisième lieu, Mme B soutient que le préfet de Seine-et-Marne avait connaissance de son divorce à la date de délivrance de la carte de résident dès lors qu'elle avait présenté une demande de titre de séjour reçue par le préfet le 8 janvier 2020 faisant état de son divorce et de ce qu'un récépissé mentionnant qu'elle était divorcée lui avait été délivré le 28 juillet 2020. Toutefois, ces circonstances sont sans influence sur la possibilité de retrait d'un tel titre prévu par les dispositions précitées de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations du public et de l'administration, " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

7. Si la requérante soutient qu'une décision de retrait doit respecter les conditions énoncées dans les dispositions précitées de l'article cité au point précédent, de telles dispositions n'ont aucune incidence sur les dispositions spéciales de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient des modalités particulières de retrait des cartes de résident.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire susvisée : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans, dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil () ". Ces stipulations ont pour seul effet de permettre aux ressortissants ivoiriens d'obtenir la délivrance de la carte de résident de dix ans prévue par les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, après trois années de résidence régulière et non interrompue en France, au lieu des cinq années exigées par ce même article, sous réserve du respect des conditions prévues par les articles L. 314-8 et suivants du code précité.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 11 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations de cet article ne peut ainsi qu'être écarté comme inopérant.

10. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme B soutient qu'elle est présente en France depuis mars 2017, qu'elle y dispose de très forts liens familiaux dès lors qu'elle vit aux côtés de son mari et de leur fils, qu'elle était enceinte à la date de l'arrêté attaqué, qu'elle est intégrée professionnellement, qu'elle justifie d'une très bonne connaissance de la langue française, qu'elle partage les valeurs de la République et qu'elle n'a jamais constitué un trouble à l'ordre public. Toutefois, l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans et où réside notamment son premier enfant né en novembre 2016, et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire, inscrits dans la durée et la stabilité, dès lors que son époux s'est également vu retirer son titre de séjour. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine où tous ses membres sont légalement admissibles. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Cet arrêté n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 22 août 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que ses conclusions tendant au bénéfice des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, épouse C, et au préfet de Seine-et-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

M. Meyrignac, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé : N. Le Broussois

Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,2

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