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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208798

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208798

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantWAK-HANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 8 et 13 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Wak-Hanna, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information de Schengen pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- en refusant de l'admettre au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il ne s'est pas maintenu sur le territoire français malgré une mesure d'éloignement, dont la préfète ne démontre ni l'existence, ni la notification, et qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

S'agissant du signalement aux fins de non-admission dans le système Schengen pour une durée d'un an :

- il est illégal dès lors que les décisions qui en constituent le fondement sont entachées d'illégalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de

Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 13 juillet 1989 est entré en France le

24 mai 2013 muni d'un visa de type D valable du 15 mai 2013 au 18 mai 2014 avant de se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 15 février 2016. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du

4 décembre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information de Schengen pour une durée d'un an. A la suite de son interpellation à Limoges, la préfète de la Haute-Vienne, par un arrêté du 6 septembre 2022, l'a obligé à quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a privé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. B se prévaut de ce qu'il est entré et a séjourné en France de manière régulière de 2013 à 2019 ainsi que de son intégration professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sous le couvert d'un visa D valable du 15 mai 2013 au

18 mai 2014 avant de se voir délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 15 février 2016. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour et s'est vu, dans l'attente de la décision, délivrer des autorisations provisoires de séjour jusqu'au rejet de sa demande de renouvellement de titre par une décision du préfet des Hauts-de-Seine du

4 décembre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est sans charge de famille et qu'il n'établit pas l'intensité des liens qu'il aurait tissés en France, quand bien même il démontrerait travailler depuis 2014 sur le territoire dans le cadre de contrats à durée déterminée puis, depuis octobre 2019, dans le cadre de plusieurs contrats à durée indéterminée pour des emplois de chauffeur livreur. En outre, il ressort du procès-verbal de situation administrative qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que ses quatre frères et où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en obligeant M. B à quitter le territoire français, la préfète de la

Haute-Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts que cette décision a poursuivis. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Haute-Vienne ne peut être regardée comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B en refusant de l'admettre au séjour au titre de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, qu'elle a spontanément choisi d'exercer en relevant dans les motifs de l'arrêté que " les éléments contenus dans le dossier de M. B ne permettent pas de procéder à sa régularisation ".

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'administration peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'étranger, aux termes du 2°, si " L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ", ou, aux termes du 3°, s'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire. L'article L. 612-3 précise que ce risque " peut être regardé comme établi ", " sauf circonstance particulière ", dans huit cas, et notamment le cas, prévu au 5°, où l'étranger " s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ", ainsi que le cas, prévu au 8°, où l'étranger " ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

5. En l'espèce, le risque de fuite justifiant le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. B est motivé, dans l'arrêté attaqué, par l'absence de garanties de représentation suffisantes et sur le fait qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la décision attaquée qui n'est pas fondée sur un tel motif. En outre, le requérant justifie devant le tribunal, à tout le moins, d'un passeport en cours de validité et d'une attestation d'hébergement par un tiers à une adresse dans le département de Seine-et-Marne. Toutefois, cette attestation ne mentionne pas la période d'hébergement alors qu'il ressort des pièces du dossier que la grande majorité des courriers et bulletins de salaire produits font état d'une adresse dans le département des Hauts-de-Seine. Dans ces conditions, en l'absence d'autre élément produit par le requérant concernant son lieu de résidence, il ne peut être regardé comme présentant des garanties de représentation suffisantes, ce motif étant suffisant à fonder légalement la décision contestée. En outre, il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour d'un an :

6. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne s'abstenant pas d'édicter une interdiction de retour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en tant qu'il informe le requérant d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Haute-Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président ;

Mme Andreea Avirvarei, conseillère ;

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-CiockLe président,

X. Pottier

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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