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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208838

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208838

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantAUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Aucher, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 en tant que le préfet de

Seine-et-Marne a refusé de lui délivré un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 en tant que le préfet de

Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet ; il répond pleinement aux critères posés par la circulaire " Valls " en produisant 40 fiches de paie ;

- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- la décision d'éloignement est insuffisamment motivée ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en 1985 à Garango Bouafle (Côté d'Ivoire), a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté, à titre principal, en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée précise, outre les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée, des éléments de la vie personnelle, familiale et professionnelle de M. A. Cette décision comporte, ainsi, alors que le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments qui caractérisent sa situation, les considérations de fait sur lesquelles il s'est fondé pour prendre la décision critiquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. A. Les circonstances qu'il n'ait pas fait mention des éléments susceptibles de caractériser " une ancienneté de travail [in]suffisamment établie " ainsi que ses quarante fiches de paie ne sont pas suffisantes pour démontrer un examen incomplet de la part du préfet de Seine-et-Marne alors, ainsi que cela vient d'être dit, qu'il n'était pas tenu de faire état de manière exhaustive de tous les éléments dont un demandeur se prévaut. A cet égard, et en tout état de cause, M. A ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne comportent que des orientations générales adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. En l'espèce, M. A se prévaut, d'une part, d'une " demande d'autorisation de travail pour un contrat à durée indéterminée " et, d'autre part, de circonstances exceptionnelles tirées d'une durée de séjour de près de quatre ans en France. Toutefois, l'intéressé n'établit pas, d'une part, par les pièces qu'il produit, composées essentiellement de relevés de comptes bancaires, sur lesquels apparaissent très peu de mouvements, d'attestations de rechargement de la carte de transport " Pass Navigo ", d'avis d'impôts sur le revenu et de la copie de la carte d'aide médicale de l'Etat, de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français à compter de l'année 2018. D'autre part, si l'intéressé, qui a signé un contrat à durée déterminée le 12 septembre 2019 de six mois renouvelé une fois en qualité de manutentionnaire et qui produit les bulletins de paie correspondant à ses missions, a signé un contrat à durée indéterminée dans la continuité de son précédent contrat, accompagnée d'une demande d'autorisation de travail et d'une lettre de motivation de son employeur, ces circonstances ne constituent cependant pas un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard, notamment, aux caractéristiques de l'emploi qu'il vise à occuper et de ses précédentes périodes d'emploi. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, M. A, qui n'a pas sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet de Seine-et-Marne n'ayant pas apprécié sa situation au regard de ces dispositions, ne peut utilement s'en prévaloir. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. D'une part, M. A, qui invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut utilement se prévaloir des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, au demeurant non établis.

10. D'autre part, M. A soutient " vivre de manière stable, paisible et continue depuis quatre années sur le territoire français ". Toutefois, il n'est pas contesté que M. A est célibataire et sans enfant à charge. Par ailleurs, compte tenu des énonciations figurant au point 6. du présent jugement, il ne peut être regardé comme démontrant une insertion particulière à la date de la décision contestée. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. A sur le territoire français, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de trente-trois ans, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En sixième et dernier lieu, au vu des considérations qui viennent d'être énoncées, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, aux termes, d'une part, des dispositions du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). " Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ".

13. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Dans la mesure où la décision en litige vise ce dernier article, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté. A supposer que M. A ait, également, entendu soutenir que la décision fixant le pays de destination serait insuffisamment motivée, elle précise sa nationalité, la circonstance qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision critiquée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, compte tenu des énonciations au point 10. du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne, en prenant les décisions contestées, aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11. du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses seraient entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation présentées tant à titre principal qu'à titre subsidiaire ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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