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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208877

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208877

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWANTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 septembre 2022, enregistrée le 9 septembre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal le dossier de la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée le 19 août 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

-depuis son entrée en France, il travaille dans un restaurant, comme extra, ainsi que, le week-end, dans une brocante ;

-il vit en concubinage depuis dix-huit mois ;

-il participe aux charge du logement qu'il occupe ;

-il projette de se marier, d'avoir un enfant et de vivre " tranquillement " sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer selon la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur les recours en annulation dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises sur le fondement du 1°, du 2° ou du 4° de l'article L. 611-1 du même code et les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative notifiées simultanément, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, assigné à résidence ou détenu.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Wantou, avocat désigné d'office représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête en soutenant que : les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues, dès lors que le requérant est entré en France en 2019, qu'il y vit en concubinage avec une ressortissante française depuis deux ans et qu'il travaille ; il n'existe pas de risque de soustraction du requérant à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet dès lors que la précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait est devenue caduque et qu'il a une adresse fixe ;

-et les observations de M. B, qui, assisté par Mme C, interprète assermentée en langue arabe, a répondu aux questions posées dans le cadre de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 23 janvier 2000, a fait l'objet, le 18 août 2022, d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation ainsi que d'un arrêté par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Sa requête tend à l'annulation de ces deux arrêtés.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, qu'à la fin de l'année 2019, et ce, irrégulièrement, qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour en vue de régulariser sa situation, qu'il a, au contraire, déjà fait l'objet, le 18 février 2021, d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée et qu'il a, en outre, été mis en cause à plusieurs reprises comme auteur d'infractions, notamment pour des faits de vol aggravé à raison desquels il a été condamné à une peine d'emprisonnement de six mois, dont deux fermes, le 19 février 2021. Il apparaît, par ailleurs que l'intéressé n'a aucun enfant à charge, qu'à la supposer établie, la relation de concubinage qu'il prétend entretenir avec une ressortissante française née en 1971 présentait encore un caractère récent à la date des arrêtés attaqués, puisque, selon ses propres déclarations, elle durait alors depuis seulement dix-huit mois, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où, selon ses déclarations à la barre, résident ses parents et sa sœur. Enfin, le requérant ne justifie par aucune pièce de la réalité de l'activité salariée qu'il prétend exercer. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris les arrêtés attaqués et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'a entaché les arrêtés attaqués d'aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions qu'ils contiennent sur la situation personnelle du requérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / [] ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour [] ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement [] ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité [], qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale []. ".

5. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 3, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a jamais sollicité de titre de séjour après être entré irrégulièrement sur le territoire français et que, nonobstant la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 18 février 2021 serait devenue caduque, il s'est soustrait à l'exécution de cette précédente mesure d'éloignement. En outre, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, être en possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le préfet de police a légalement pu estimer, en l'absence de circonstance particulière, que l'intéressé se trouvait, alors même qu'il aurait disposé d'une adresse fixe, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui refuser pour ce motif l'octroi d'un délai de départ volontaire.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de police en date du 18 août 2022.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : P. ZANELLA

La greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

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