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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208883

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208883

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantFOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, M. B C A, représenté par Me Fouchard, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 en tant que le préfet de

Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le

territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 en tant que le préfet de

Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière : d'une part, elle est insuffisamment motivée en fait ; d'autre part, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- la décision d'éloignement est entachée de défaut ou d'insuffisance de motivation ;

- la décision déférée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 août 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né en 1990, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. A demande au tribunal, à titre principal, d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de

Seine-et-Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, M. A soutient, sous l'intitulé " A) Sur la légalité externe ", que " la décision attaquée paraît entachée d'illégalité externe, en raison de l'irrégularité de la procédure " et fait valoir, " sur l'irrégularité de la procédure " que " la décision attaquée a été rendue en violation des dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 " et que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. D'une part, l'argumentation juridique développée par le conseil de M. A, fondée sur les dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979, au demeurant, abrogée par l'ordonnance du

23 octobre 2015 relatives aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration, et que reprend l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, est sans lien avec l'irrégularité de la procédure invoquée, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision en litige étant de nature à caractériser un vice de forme de cette décision. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant présenté utilement une argumentation au soutien de l'irrégularité de procédure dont il estime la décision entachée. D'autre part, il ne ressort pas des pièces versées au dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne, qui a relevé que la circonstance que l'intéressé disposait d'un contrat de travail n'était pas suffisante pour caractériser un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne justifiait pas " d'une ancienneté de travail suffisamment établie ", n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. M. A, qui se prévaut d'une durée de séjour de cinq ans, soutient qu'" il justifie de plus de 30 fiches de paie ", d'" une intégration professionnelle réussie en France ", " d'une expérience professionnelle dans un domaine d'activité sous tension " et qu'il remplit toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Toutefois, M. A, qui produit un courrier du 2 mai 2022 par lequel il sollicite un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'établit avoir saisi le préfet de Seine-et-Marne d'une telle demande. En tout état de cause, M. A, contrairement à ce qu'il soutient, ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 421-1 pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dès lors qu'il ne justifie pas de " la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Par ailleurs, si M. A justifie être présent en France depuis cinq ans et être inséré professionnellement en produisant un contrat à durée indéterminée à temps partiel depuis le 3 décembre 2019, puis à temps complet depuis le

1er juillet 2020, en qualité de préparateur plongeur ainsi que les bulletins de paie et produit une copie de la demande d'autorisation de travail établie par son employeur, pour un métier dont il n'est pas établi, en tout état de cause, qu'il serait en tension, la demande de régularisation présentée par M. A ne concerne qu'un emploi peu qualifié. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A est marié à une compatriote, qui réside, avec leur enfant, au Bangladesh. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A fait valoir qu'il vit de manière stable, paisible et continue depuis cinq années sur le territoire français, qu'il y a désormais " le centre de ses intérêts privés " et qu'il dispose d'une demande d'autorisation de travail en contrat à durée indéterminée. Toutefois, ces circonstances ne sont pas suffisantes, compte tenu de ce qui a été dit au point 4. du présent jugement, pour considérer que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aux termes, d'une part, des dispositions du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (). / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation.

9. Si M. A, sous l'intitulé " Sur l'obligation de quitter le territoire français et le pays de renvoi ", fait valoir que " la décision attaquée est entachée d'illégalité externe, par défaut de motivation ", il soutient, sous la rubrique " 1) Sur l'insuffisance de motivation de la décision ", que la seule décision d'éloignement est entachée " de défaut ou d'insuffisance de motivation ". Dans la mesure où la décision contestée vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 6. et 7. du présent jugement, les décisions litigieuses n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2022 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet de

Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2208883

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