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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208913

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208913

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSPHERANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 septembre et

3 octobre 2022, M. A B, représenté par Spherance Aarpi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

cent-cinquante euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de séjour sous astreinte de

cent-cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur de fait dès lors que la préfète du Val-de-Marne a estimé qu'elle ne justifiait pas d'une stabilité ainsi que d'une expérience professionnelle significative ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il remplit les conditions posées par la circulaire " Valls " ; à tout le moins, la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 avril 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né en 1984 à Bamako (Mali), a sollicité, le

18 février 2022, de la préfète du Val-de-Marne son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne, la préfète du

Val-de-Marne a donné à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture, délégation " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, décisions engageant les crédits de l'Etat et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'autrice de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. D'une part, et contrairement à ce que soutient M. B, la circonstance que la préfète du Val-de-Marne ait tenu compte de la circonstance qu'il ne justifie pas d'une stabilité professionnelle ni d'une expérience professionnelle significative n'est qu'un élément d'appréciation dans l'examen des motifs exceptionnels de la demande d'admission au séjour qu'il a présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. B, qui ne peut justifier d'une intégration professionnelle depuis le 1er décembre 2017, produit, pour démontrer son intégration professionnelle, des fiches de paie pour les périodes courant respectivement du 1er janvier 2018 au 31 mars 2019 au titre de l'emploi d'agent de service occupé au sein de la société Baldonedo, du 6 septembre 2018 au 10 octobre 2019 pour l'emploi d'employé polyvalent de restauration occupé au sein de l'établissement MK Quentin Bauchart, du 9 octobre 2019 au 29 février 2020 s'agissant de l'emploi d'agent de service au sein de la société Aaf La Providence II, des 5 au

29 septembre 2021, 2 au 31 octobre 2021 et du 1er au 7 novembre 2021 en ce qui concerne l'emploi de plongeur exercé au sein de la société. Enfin, du 19 novembre au 10 décembre 2021 pour l'emploi de plongeur / légumier occupé au sein de la société Hudi, du 3 janvier au 25 juin 2022 s'agissant de l'emploi de plongeur au sein de la SAS Saint Germain Développement, du mois de juillet 2022 (entrée au 29 juin 2022) pour l'emploi de plongeur au sein de la société Lib's et du mois d'août 2022 (entrée au 29 juin 2022) pour l'emploi de plongeur au sein de la société Pita Diamente. Toutefois, ces expériences professionnelles d'une durée cumulée d'un peu moins de trois années ne témoignent ni d'une stabilité professionnelle alors, au demeurant, que certains emplois ont été exercés en partie sur les mêmes périodes pour des quotités de travail qui paraissent incompatibles, ni de l'acquisition de compétences particulières. Les circonstances que M. B ait produit deux promesses d'embauche des 20 juillet 2021 et 5 février 2022 du gérant de l'établissement Niangui Severin pour un emploi d'agent polyvalent de service de nettoyage ne sont pas de nature à caractériser un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, la préfète du Val-de-Marne n'avait pas à tenir compte de la situation de l'emploi tiré des besoins en main d'œuvre qui n'est pas opposable à l'examen de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1. Par ailleurs, si M. B justifie séjourner en France depuis l'année 2016, il ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille et ne peut être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, et sans que M. B puisse utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls ", qui ne comportent que des orientations générales adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnu ces dispositions.

5. A supposer que M. B, qui soutient que la préfète du Val-de-Marne ait " à tout le moins, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ", ait entendu invoquer le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation, ce moyen ne pourra qu'être écarté compte tenu des énonciations précitées.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. D'une part, M. B, qui se prévaut des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées par l'ordonnance

n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, désormais reprises à l'article L. 423-23, n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. En outre, il ne ressort pas de la décision attaquée que la préfète du Val-de-Marne a examiné sa situation au regard de ces dispositions. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement invoquer ces dispositions à l'appui de son argumentation.

8. D'autre part, M. B soutient qu'il est entré en France, qu'il y travaille depuis le 1er décembre 2017 et y a développé une vie privée. Toutefois, alors qu'il ne produit aucun élément de nature à justifier les liens familiaux dont il se prévaut en France, les circonstances qu'il invoque ne sont pas suffisantes, compte tenu de ce qui a été dit au point 4. du présent jugement, pour considérer que la préfète du Val-de-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 8. du présent jugement que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 4., 5. et 8. du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne, en prenant la décision litigieuse, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle. Par suite, les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 10. du présent jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2022 en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2208913

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