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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208968

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208968

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantDE ALMEIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me de Almeida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, et au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur de droit en n'usant pas de son pouvoir de régularisation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle justifie de motifs exceptionnels et de considérations humanitaires certains ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète du Val-de-Marne n'a pas suffisamment pris en compte sa situation personnelle sur le territoire français ; elle a entaché la décision critiquée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit aucune observation en défense.

Par une ordonnance du 30 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2023 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Réchard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne née le 15 août 1979 à Ivembeni (Comores), est entrée de façon irrégulière sur le territoire français au mois de février 2010 et s'y est maintenue depuis lors. Elle a sollicité le 15 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 juillet 2022, dont la requérante demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme B, entrée en France au mois de février 2010, selon ses déclarations, soutient s'y être maintenue depuis lors. Elle se prévaut de la présence sur le territoire français d'attaches familiales, de ce qu'elle justifie d'une promesse d'embauche du 1er février 2021, qu'elle est parfaitement intégrée, maîtrise la langue française et partage les valeurs de la République et ne représente aucune menace pour l'ordre public. Mme B peut justifier de sa présence en France à compter du début de l'année 2012 et produit, à cet effet et pour l'essentiel des avis d'impôt sur le revenu, des ordonnances médicales, des courriers de l'assurance maladie et des relevés du compte bancaire ouvert auprès de La Banque postale. Toutefois, elle n'apporte pas d'éléments suffisamment pertinents établissant la réalité de ses attaches familiales en France. Si elle se prévaut de la présence en France de M. A B, qu'elle présente comme son frère, de nationalité française, dont elle produit les copies du passeport et de la carte nationale d'identité, elle ne justifie pas entretenir des relations régulières avec ce dernier. Par ailleurs, si elle se prévaut de nombreux liens personnels créés en France depuis 2010, les seules attestations qu'elle produit, qui sont établies, pour l'une, par une personne qu'elle a rencontrée en 2010 et qui atteste qu'elle l'aide pour le repassage et pour la garde de ses enfants, et pour l'autre, par sa nièce qui atteste qu'elle garde les enfants de son frère, sont insuffisantes à démontrer qu'elle aurait tissé des liens d'une particulière intensité sur le territoire français. Il n'est, en outre, pas contesté que Mme B est célibataire et sans enfant. Par ailleurs, les circonstances alléguées qu'elle parle la langue française et qu'elle a participé à un atelier d'inclusion numérique d'une heure et demi le 30 juillet 2021 et à des ateliers de savoirs linguistiques et de couture sur l'année scolaire 2011-2012 ne sont pas suffisantes pour démontrer une insertion particulière en France. Mme B ne peut davantage justifier être insérée professionnellement en se bornant à produire une promesse d'embauche du 1er février 2021 en qualité d'agent d'entretien. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de séjour de Mme B, la commission du titre de séjour ayant relevé, ainsi que cela ressort des décisions contestées, que l'intéressée ne démontrait " aucune insertion professionnelle particulière et très peu d'attaches familiales ", et au fait qu'elle ne peut justifier être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.

4. En second lieu, compte tenu des considérations qui viennent d'être énoncées au point précédent, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché les décisions attaquées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle. En tout état de cause, et s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire, Mme B n'invoque aucune circonstance particulière de nature à établir que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer qu'elle ait entendu invoquer ces dispositions, en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Il suit de là que les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Les circonstances exposées au point 3. du présent jugement ne sauraient suffire à constituer, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour. A cet égard, la commission du titre de séjour a, ainsi que cela ressort de la décision critiquée, émis un avis défavorable à l'admission exceptionnelle au séjour de Mme B. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En second lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait, en tout état de cause, pas obstacle à l'exercice, par l'autorité administrative, du pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle.

9. Mme B soutient que, alors même que la préfète du Val-de-Marne a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions de son admission exceptionnelle au séjour, qu'elle aurait dû être régularisée " à titre dérogatoire " au regard notamment de la durée significative de sa présence en France et de sa parfaite situation professionnelle. Toutefois, compte tenu des éléments rappelés aux points 3. et 7. du présent jugement, la préfète du

Val-de-Marne, qui a pris en compte la situation personnelle, familiale et professionnelle de la requérante, ne peut être regardée comme ayant méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, le moyen invoqué sera écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, à supposer que Mme B, qui soutient, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, qu'elle justifie de motifs exceptionnels et de considérations humanitaires certains, puisse être regardée comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux ressortissants étrangers de nature à faire obstacle à leur éloignement ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté comme inopérant.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 10. du présent jugement que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Il suit de là que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale et à invoquer à l'appui des conclusions dirigées contre cette décision le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont dépourvues de base légale et à invoquer à l'appui des conclusions dirigées contre ces décisions le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Les moyens invoqués sont donc écartés.

12. Il résulte de ce tout qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions critiquées. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions aux fins d'injonction et astreinte ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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