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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208992

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208992

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Hug, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 septembre 2022 par laquelle le directeur territorial adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a fixé la fin de sa prise en charge au CPO de Ris Orangis au 15 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le réintégrer dans les lieux ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser à Me Hug, son avocate, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement, ou en cas de refus de son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros, qui lui sera directement versée, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à la date à laquelle la requête de M. A a été enregistrée, il avait déjà accepté la proposition d'hébergement en HUDA ; la requête est dépourvue d'objet ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 avril 2023 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Réchard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, a présenté une demande d'asile le 25 mars 2021 qui a été enregistrée selon la procédure Dublin. Il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Autriche, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il a ensuite demandé l'enregistrement de sa demande en procédure normale, ce que le préfet de police lui a refusé. Par une ordonnance du 29 mars 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de la décision du préfet de police refusant cet enregistrement et prolongeant le délai de transfert, et enjoint au préfet de police de réexaminer sa situation. Après que le préfet de police a, à nouveau, refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande selon la procédure normale le 7 avril 2022, il l'a enregistrée le 13 avril 2022 selon la procédure Dublin. Par une ordonnance du 9 mai 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de la décision du préfet de police ayant refusé l'enregistrement de sa demande d'asile selon la procédure normale en enjoignant à celui-ci d'y procéder dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision. La demande d'asile de M. A a, dans ces circonstances, été enregistrée selon la procédure normale le 16 mai 2022. L'intéressé a alors sollicité par courriel du 18 mai 2022 le rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui étaient suspendues depuis le mois de novembre 2021. Après lui avoir notifié son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a pris le 24 mai 2022 une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il présentait " une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de [sa] demande ". Par une ordonnance du 22 juin 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance. Convoqué le 8 septembre 2022 par l'OFII de Paris, il s'est vu remettre une carte ADA et a été orienté vers le CPO de Ris Orangis le 12 septembre 2022. Par une décision du 12 septembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial adjoint de l'OFII de Créteil lui a notifié qu'il ne pouvait pas prétendre à une prise en charge au CPO de Ris-Orangis et a fixé la date de sortie de cet établissement au 15 septembre 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. L'OFII, qui fait valoir que la requête, à la date de son enregistrement, est dépourvue d'objet, doit être regardé comme soutenant qu'elle est irrecevable dès lors que M. A a accepté, le 14 septembre 2022, une prise en charge par un hébergement, à compter du

19 septembre 2022, au sein du centre d'hébergement - HUDA SOS Petit Cerf - 2 bis passage petit cerf - 75017 Paris. La décision de prise en charge de M. A étant intervenue postérieurement à la date à laquelle sa requête a été enregistrée, l'OFII pouvait seulement exciper d'un non-lieu à statuer compte tenu de ce que la requête était désormais devenue sans objet. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier et, notamment, de la décision attaquée, que le directeur territorial de l'OFII de Créteil a notifié au requérant qu'il ne pouvait pas prétendre à une prise en charge au sein du CPO de Ris Orangis et fixé sa date de sortie de l'établissement au 15 septembre 2022. Dans ces conditions, M. A ayant été privé d'hébergement entre le 15 et le 19 septembre 2022, sa requête ne peut être regardée comme devenue sans objet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'OFII ne peut être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier et, notamment de la décision attaquée, qui interrompt la prise en charge du requérant en matière d'hébergement, qu'elle est fondée sur la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil prononcée le 24 mai 2022 par le directeur territorial de l'OFII de Paris. Or, l'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Paris du 22 juin 2022, qui a enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. Il en résulte que le directeur territorial adjoint de l'OFII de Créteil ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, et méconnaître le caractère exécutoire de l'ordonnance du juge des référés, fonder la décision attaquée sur la décision du directeur territorial de l'OFII de Paris ayant mis fin aux conditions matérielles d'accueil du requérant.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'OFII de Créteil ayant fixé sa sortie du CPO de Ris Orangis au 15 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Il est constant que M. A a été admis, à compter du 19 septembre 2022 dans un nouveau lieu d'hébergement. Par conséquent, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans le lieu d'accueil de Ris Orangis.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme demandée par M. A à verser à Me Hug, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 septembre 2022 par laquelle le directeur territorial adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a fixé la fin de prise en charge de M. A au CPO de Ris Orangis au 15 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Hug la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°220899

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