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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209076

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209076

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBALAYA GOURAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2022, Mme D B, représentée par Me Balaya Gouraya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de réadmission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois, ou, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la requête est recevable ;

Sur la décision de rejet de la demande d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation ; la pathologie cardiaque dont est atteint son enfant nécessite encore des soins ; le préfet s'appuie sur des conclusions rendues par un médecin qui n'est pas spécialiste de la pathologie dont souffre son enfant ;

- l'examen médical de son enfant s'est tenu dans des conditions irrégulières ;

- les soins nécessaires à son suivi et sa prise en charge thérapeutique ne sont pas disponibles dans son pays d'origine ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de réadmission au séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de réadmission au séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle lui refuse un délai de départ plus long ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de réadmission au séjour ;

- elle est dépourvue de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 18 octobre 2022, Mme B, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de réadmission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo à destination de laquelle elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision de rejet de la demande d'admission au séjour :

- il appartient au préfet de Seine-et-Marne de justifier que l'avis a été adopté par un collège de médecins compétents au sein duquel le médecin rapporteur ne siégeait pas ;

- la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière au motif que l'avis méconnaît les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation et a commis une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il s'est cru lié par l'avis du collège des médecins ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour ; la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus d'admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

Par une ordonnance du 21 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 décembre 2022 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte fondamentale des droits de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'ordonnance n°2005-1516 du 8 décembre 2005 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née en 1978 à Brazzaville

(République démocratique du Congo), entrée en France, selon ses déclarations, le

26 janvier 2019 munie d'un visa, en compagnie de son fils, né en 2015, qui est atteint de la tétralogie de Fallot, a sollicité sa réadmission au séjour en sa qualité de parent d'enfant mineur malade en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juillet 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de réadmission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de réadmission au séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, précise les principaux éléments de la situation administrative, personnelle et familiale de Mme B. Elle comporte ainsi l'indication suffisante des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs de celle-ci, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de Mme B ni qu'il se serait cru, à tort, lié par l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII dès lors qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifiait de s'écarter de cet avis. Il ne peut donc être fait grief au préfet de Seine-et-Marne d'avoir entaché la décision en litige d'erreur de droit et non d'erreur manifeste d'appréciation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". L'article R. 425-11 du même code prévoit : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance

n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'avant de refuser la réadmission de

Mme B au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a sollicité l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur l'état de santé de son enfant. Il ressort de la copie de l'avis du collège des médecins de l'OFII rendu le 5 mai 2022 et versé aux débats par le préfet de Seine-et-Marne que ce collège s'est prononcé après transmission du rapport médical établi par le docteur A, médecin rapporteur, qui n'a pas siégé au sein de ce collège et que les trois médecins ayant constitué le collège, les docteurs Westphal, Delaunay et Cizeron, ont été régulièrement désignés par le directeur général de l'OFII, par une décision régulièrement publiée du 11 avril 2022. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. D'autre part, l'avis du collège des médecins de l'OFII n'étant pas au nombre des actes relevant du champ d'application de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives, Mme B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de cet article L. 212-3 et de l'ordonnance n°2005-1516 du 8 décembre 2005.

7. En quatrième lieu, pour rejeter la demande d'admission au séjour de Mme B, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur l'avis émis le 5 mai 2022 par le collège des médecins de l'OFII selon lequel l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester la décision en litige, Mme B soutient que son enfant nécessite encore des soins compte tenu de sa pathologie cardiaque et qu'eu égard aux dysfonctionnements du système congolais, à supposer que les soins soient disponibles en République du Congo, un tel suivi risque d'être difficilement accessible. A cet égard, l'intéressée se prévaut des certificats médicaux établis les 22 février et 8 septembre 2022 par le docteur C, praticien hospitalier du service de cardiologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Necker. Le certificat médical du 22 février 2022, transmis à l'OFII, précise que l'enfant de Mme B présente une tétralogie de Fallot réparée qui nécessite un " suivi cardiologique à vie spécialisé, cathétérisme + chirurgie " et un " bilan cardiologique, épreuve d'effort, scanner, IRM, cathétérisme et chirurgie ". Quant au certificat médical du

8 septembre 2022, au demeurant, postérieur à la décision critiquée, et corroborant le précédent, il ajoute que l'enfant de Mme B " nécessite un suivi régulier avec réalisation d'IRM 4D flow et nécessité de cathétérisme cardiaque et chirurgie cardiaque dans le futur pour traiter les lésions résiduelles " et que " les soins nécessaires à son suivi et sa prise en charge thérapeutique ne sont pas disponibles dans son pays d'origine ". Toutefois, ces éléments ne peuvent utilement contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII. Il en va de même des circonstances que le médecin rapporteur ne serait pas spécialiste de la pathologie de l'enfant de Mme B et que ce dernier n'aurait pas fait l'objet d'un examen médical régulier, circonstances, au demeurant, non établiee. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer qu'elle ait entendu soulever un tel moyen.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Mme B soutient qu'elle est entrée en France en 2019, accompagnée de son fils, qu'elle est parfaitement intégrée, qu'elle est en couple avec un compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 7 décembre 2031, qu'elle travaille sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée (CDI), depuis le mois de novembre 2021, en qualité de femme de chambre et qu'elle est investie dans l'éducation de son enfant. D'une part, l'attestation établie le

5 septembre 2022 par la personne qu'elle présente comme son compagnon, au demeurant, postérieure à la décision critiquée, n'est pas suffisamment pertinente pour démontrer la réalité et l'ancienneté de la communauté de vie. D'autre part, elle ne justifie pas davantage d'une insertion particulièrement significative sur le territoire français en produisant un CDI prenant effet au 23 novembre 2021, les bulletins de paie s'y rapportant, quelques témoignages ainsi que l'attestation de l'école confirmant que son fils est scolarisé depuis la rentrée 2019 en primaire et que Mme B fait preuve de sérieux dans l'accompagnement de sa scolarité. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'elle ne bénéficie d'un hébergement d'urgence que depuis le 27 juillet 2022. Dans ces circonstances, compte tenu du caractère récent de son séjour en France et des conditions de ce séjour, Mme B, qui ne démontre ni n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine au sein duquel elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En tout état de cause, si le préfet de Seine-et-Marne ne s'est pas prononcé au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les éléments qui viennent d'être énoncés ne démontrent pas que Mme B remplirait les conditions lui permettant de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur ce fondement.

10. En sixième lieu, compte tenu des énonciations des points 7. et 9. du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation. Aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ".

12. La décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme B de son enfant. Par ailleurs, aucune circonstance ne s'oppose à la poursuite de la vie familiale dans le pays d'origine de Mme B alors que son enfant, qui a achevé son année de classe préparatoire, a vocation à effectuer sa scolarité dans son pays d'origine et que s'il est allégué qu'il a besoin d'un suivi médical régulier, la requérante n'apporte aucun élément probant de nature à établir que le défaut d'une prise en charge médicale l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de réadmission au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 13. du présent jugement que la décision portant refus de réadmission au séjour n'est pas illégale. Il suit de là que

Mme B n'est pas fondée à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de réadmission au séjour.

15. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été signé par Lionel Beffre, préfet de Seine-et-Marne, nommé par décret du 30 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes, d'une part, des dispositions du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article

L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

17. Il résulte des termes mêmes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Dans la mesure où l'arrêté attaqué vise ce dernier article, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté.

18. En quatrième et dernier lieu, compte tenu des considérations énoncées aux points 7. et 9. à 12. du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation de Mme B ne peuvent qu'être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 13. du présent jugement que la décision portant refus de réadmission au séjour n'est pas illégale. Il suit de là que

Mme B n'est pas fondée à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de réadmission au séjour.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

22. En application de ces dispositions, la décision faisant obligation de quitter le territoire français qui assortit un refus de titre de séjour constitue, avec ce refus, une décision unique de retour et n'a pas, par suite, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle que comporte ce refus, à moins notamment qu'un délai de départ volontaire plus court que le délai de principe n'ait été accordé à l'étranger. Par suite, lorsque l'autorité administrative accorde un délai de trente jours, elle n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point si l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à obtenir un délai plus long. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté comme manquant en fait.

23. En troisième lieu, si Mme B soutient que la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que le délai fixé à trente jours est trop court par rapport à la pathologie dont souffre son enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de son fils justifierait qu'il lui soit accordé un délai supérieur à celui prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin de s'assurer de la continuité de sa prise en charge médicale entre la France et le pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

24. En quatrième et dernier lieu, compte tenu des considérations énoncées aux points 9. et 12. du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

25. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

26. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 19. du présent jugement que les décisions portant refus de réadmission au séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Il suit de là que Mme B n'est pas fondée à invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions de refus de réadmission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

27. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée.

28. La décision litigieuse, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de Mme B et relève qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut donc qu'être écarté.

29. En troisième et dernier lieu, compte tenu des considérations énoncées aux points 9. à 12. du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

30 Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au

préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2209076

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