vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209097 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2022 et le 30 novembre 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Pierre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le bénéfice du regroupement familial au profit de ses trois enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de ses trois enfants dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas précisé quel était le sens de l'avis du maire de Verneuil-l'Etang ;
- il appartient au préfet de produire l'avis rendu par le maire de Verneuil-l'Etang ainsi que celui rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- l'avis rendu par le maire de Verneuil-l'Etang est entaché d'une erreur dans la matérialité des faits en ce que son foyer n'est pas composé de sept personnes ;
- la décision n'a pas été précédée d'un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits en ce que son foyer n'est pas composé de sept personnes ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Marine Robin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse A, ressortissante ivoirienne, a sollicité le 8 avril 2021 le regroupement familial au bénéfice de ses trois enfants. Par une décision du 18 août 2022, dont Mme B épouse A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande au motif que les conditions de logement n'étaient pas remplies.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et mentionne les circonstances factuelles sur le fondement desquelles elle a été prise. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus d'autoriser le regroupement familial. En outre, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet de Seine-et-Marne aurait dû viser l'avis rendu par le maire de Verneuil-l'Etang sur les conditions de logement de la requérante. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable ".
4. D'une part, si Mme B épouse A soutient que l'avis du maire de Verneuil-l'Etang relatif à ses conditions de logement ainsi que celui rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, préalables à la décision lui refusant le bénéfice du regroupement familial, devaient être communiqués dans le cadre de la présente instance, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet de Seine-et-Marne était tenu de procéder à une telle communication. Par suite, alors d'ailleurs que l'avis rendu par le maire de Verneuil-l'Etang sur les conditions de logement de la requérante a été versé au dossier, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de communication de ces avis doit être écarté.
5. D'autre part, s'il résulte des dispositions citées au point 3 que la consultation du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial est obligatoire, cet avis ne présente qu'un caractère consultatif visant à éclairer l'autorité administrative compétente sur les conditions de ressources et de logement de l'étranger formulant la demande. Dans ces conditions, Mme B épouse A ne peut utilement se prévaloir de ce que l'avis consultatif rendu par le maire de Verneuil-l'Etang sur ses conditions de logement serait irrégulier en ce qu'il est entaché d'une erreur quant au nombre de personnes composant le foyer familial.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le préfet n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme B épouse A.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision en litige, que le préfet se serait estimé à tort tenu de refuser le bénéfice du regroupement familial au profit de ses trois enfants. Ainsi, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu à cet égard l'étendue de sa compétence doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes
de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui: / 1o Présente une superficie habitable totale au moins égale à: () b) en zones B1 et B2: 24 m2 pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m2 par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes; [] / 2o Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret no 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi no 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la surface habitable du logement occupé par Mme B épouse A, situé à Verneuil-l'Etang, est de 59 m² alors que le seuil minimal requis est de 64 m² pour une famille composée de six personnes, dès lors que cette commune est classée en zone B1 par l'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article D. 304-1 du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, en considérant qu'au regard de sa superficie, le logement de Mme B épouse A ne pouvait être regardé comme suffisant pour une famille comparable vivant dans la même région géographique, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En sixième lieu, si Mme B épouse A soutient que le préfet a retenu à tort que son foyer comprend sept personnes, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur l'unique motif que les conditions de logement ne sont pas remplies, sans préciser le nombre de personnes composant le foyer. Par suite, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet a retenu que le foyer de la requérante est composé de sept personnes, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Mme B épouse A se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis 2017, de ce que la superficie de son logement n'est inférieure que de 5 m² par rapport à ce qui est exigé par les textes et de ce que la décision a pour effet de la séparer de ses enfants. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir que la décision en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 11 doit être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
14. Compte tenu de l'absence de logement avec une superficie suffisante pour répondre aux besoins de sa famille et de la circonstance que ses enfants ont toujours vécu en Côte d'Ivoire, Mme B épouse A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B épouse A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
M. Robin
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026