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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209153

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209153

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantADDEN AVOCATS PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022 sous le n° 2209153,

Mme A B, demeurant 74 rue Albert Dory à Nantes (44300), représentée par

Me Herren, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision en date du 1er septembre 2022 envoyée par mail et par lettre recommandée avec accusé de réception le 2 septembre par laquelle le directeur des ressources humaines de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) a rejeté son recours du 18 août 2022 à l'encontre de sa décision n° 2022-46-DRH en date du

12 juillet 2022 décidant de diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident déclaré lui permettant de disposer d'un délai supplémentaire de trois mois pour l'instruction de son dossier, et par suite, la plaçant immédiatement implicitement à demi-traitement ;

2°) d'enjoindre à l'IGN, dans l'attente de l'intervention des juges du fond, d'une part, de la placer rétroactivement en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à compter de l'accident survenu le 24 mai 2022, le cas échéant à titre temporaire et, d'autre part, de procéder à la régularisation de sa situation financière par le versement des demi-traitement manquants, dans un délai maximum de huit jours, à compter de l'ordonnance à intervenir et sous une astreinte de

300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'IGN la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

* l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée dès lors que :- elle perd la moitié de sa rémunération alors qu'elle élève seule un enfant de 11 ans et qu'elle ne peut donc plus faire face à l'ensemble de ses charges fixes ;

- elle a déjà été convoquée à un entretien dans le cadre de l'enquête administrative, nonobstant son arrêt de travail dont les causes contre-indiquent formellement toute relation avec le milieu professionnel pathogène ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision n° 2022-46-DRH du 12 juillet 2022 dès lors que :

- elle est insuffisamment motivée en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne dit mot de la nécessité de recourir à l'enquête administrative ;

- elle est entachée d'erreur de droit tirée de la violation des articles 47-4 et 47-5 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 en ce que, d'une part, l'enquête administrative est une simple faculté offerte à l'employeur dont il doit justifier la nécessité ; d'autre part, le supplément de temps d'instruction ne trouve pas à s'appliquer en cas de déclaration " d'accident du travail " ; enfin, son employeur était tenu de la placer immédiatement en CITIS, ne serait-ce qu'à titre provisoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'inutilité de l'enquête administrative ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir puisque la décision attaquée repose en réalité sur des considérations étrangères à la seule instruction de sa déclaration d'accident du travail, tenant en réalité à la poursuite de la stratégie de minimisation des agissements dont elle est victime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, l'IGN, représenté par

Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faisant valoir que :

- la requête en référé suspension est irrecevable car, d'une part, la copie de la requête au fond n'est pas jointe et, d'autre part, la décision contestée est insusceptible de recours car constitutive d'une mesure d'ordre intérieur ;

- l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas caractérisée car, d'une part, les justificatifs fournis par la requérante ne permettent pas de démontrer l'atteinte grave et immédiate à sa situation financière ; d'autre part, si la requérante ne perçoit actuellement que la moitié de sa rémunération, ce n'est pas à raison de l'acte qu'elle conteste mais à raison du régime des congés maladie ordinaire ; enfin et surtout, la décision sur l'imputabilité de l'accident au service et le placement de placement en CITIS qui en découle est imminente et interviendra d'ici le 13 octobre prochain ; il est donc clair que la décision litigieuse ne porte en aucun cas atteinte à la situation financière de Mme B ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision querellée puisque, d'une part, la décision de diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident sur le fondement de l'article 47-5 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 n'a pas à être motivée ; d'autre part, le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté en toutes ses branches ; en effet, l'employeur dispose de la faculté de diligenter une enquête administrative selon les termes de l'article 47-4 du décret précité, qu'il s'agisse d'un accident de service ou d'un accident de trajet ; et même en cas d'accident de service, le délai supplémentaire de 3 mois pour diligenter une enquête administrative reste en tout point applicable ; de plus, un demandeur ne peut pas bénéficier du régime CITIS, à titre temporaire, le temps de l'instruction de la demande ; c'est seulement à l'expiration des délais d'instruction prévus par les textes et si l'administration n'a pas pris de décision, que le fonctionnaire peut bénéficier provisoirement du congé maladie à plein traitement ; c'est donc seulement au 13 octobre 2022 que le délai d'instruction sera expiré et c'est à ce moment uniquement, et dans l'hypothèse où l'instruction ne serait pas terminée, que Mme B pourrait être placée en CITIS à titre provisoire ; en outre, la décision litigieuse n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation, la décision de l'administration de diligenter ou non une enquête administrative interne ne pouvant pas être reprochée par un agent ; enfin, aucun détournement de pouvoir ne saurait lui être reproché.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 5 octobre 2022, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant, de plus, que :

- aucune des deux fins de non-recevoir soulevées par l'IGN en défense ne sauraient prospérer, d'une part, car une requête au fond a bien été enregistrée sous le n° 2209151 et, d'autre part, car la décision initiale du 12 juillet 2022 est assortie d'une mise à demi-traitement qui affecte directement et gravement sa situation, de sorte que sa justiciabilité s'impose ;

- l'urgence est caractérisée compte tenu de son placement à demi-traitement qui porte une atteinte grave et immédiate à sa situation ;

- les moyens invoqués sont bien de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui est insuffisamment motivée, entachée d'erreur de droit en tant qu'elle prolonge le délai de mise en CITIS, à la veille de l'expiration du délai d'un mois, et entachée d'un détournement de pouvoir.

Vu :

- la décision litigieuse n° 2022-46-DRH en date du 12 juillet 2022 de l'IGN ;

- la requête à fin d'annulation de cette décision enregistrée sous le n° 2209151 le

21 septembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 octobre 2022 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations Me Herren, représentant Mme B, requérante absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'il convient de rejeter les deux fins de non-recevoir soulevées en défense car, d'une part, elle a bien introduit une requête au fond à fin d'annulation de la décision litigieuse et, d'autre part, cette décision, qui impacte directement sa situation financière puisqu'elle est placée à demi-traitement, ne saurait être qualifiée de mesure d'ordre intérieur ; l'urgence à suspendre la décision querellée est avérée compte tenu de ce qu'elle ne perçoit plus qu'un demi-traitement alors qu'il est constant qu'elle est une femme seule avec un enfant en garde alternée et qu'elle doit assumer des charges fixes de près de 2 000 euros mensuels pour un demi-traitement de 1 960 euros ; il existe un doute sérieux quant à la décision attaquée qui est insuffisamment motivée notamment sur la nécessité de recourir à l'enquête administrative prévue au 2° de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 ; elle est également entachée d'erreur de droit par violation de l'article 47-5 du même décret qui ne prévoit la prolongation pour trois mois du délai dont dispose l'administration pour se prononcer sur l'imputabilité au service que dans le cas d'un accident de trajet ou d'une maladie, mais non dans le cas d'un accident de service ; enfin, la décision en litige est entachée d'un détournement de procédure compte tenu de l'ensemble des éléments objectifs dont elle fait état qui démontrent que la décision attaquée repose en réalité sur des considérations étrangères à la seule instruction de sa déclaration d'accident de service ;

- les observations de Me Hugueny, substituant Me Nahmias, représentant l'IGN, qui reprend les conclusions du mémoire en défense par les mêmes moyens en faisant valoir, en outre, que la décision du 12 juillet 2022, qui ne porte que sur l'enquête administrative prévue au 2° de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 et non sur le placement de la requérante à demi-traitement, est bien constitutive d'une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours selon une jurisprudence constante ; or, il ressort des termes de la requête que c'est uniquement cette décision du

12 juillet 2022 dont il est demandé la suspension ; au demeurant, le placement à demi-traitement de Mme B est déconnecté de la décision du 12 juillet 2022 et ne résulte que du placement en congé maladie ordinaire de l'intéressé en congé qui a épuisé son droit à plein traitement passé le délai de trois mois ; il n'y a aucune urgence à suspendre la décision du 12 juillet 2022 dès lors que cette décision, qui se contente de diligenter une enquête sur l'accident de service déclaré le

13 juin 2022, ne préjudicie pas de manière grave et immédiate à la situation, notamment financière, de la requérante ; il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision du 12 juillet 2022 qui est suffisamment motivée et n'est entachée d'aucune erreur de droit dès lors que, contrairement à ce qui est soutenu, la prolongation pour trois mois du délai pour se prononcer sur l'imputabilité vaut également en cas d'accident de service et qu'en tout état de cause, le conseil médical a été saisi, ce qui est un cas de prolongation prévu à l'article 47-5 ; de plus, la décision litigieuse n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il s'agit d'un dossier complexe, à en juger notamment par la longueur des écritures de Mme B ; en outre, aucun détournement de pouvoir ne peut être reproché à l'IGN qui n'a fait qu'appliquer une procédure prévue par un texte réglementaire ; enfin, la demande d'injonction est sans objet dès lors qu'une décision relative au placement de la requérante en CITIS interviendra d'ici le 13 octobre prochain.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures 50.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme A B, née le 29 janvier 1978, a intégré les effectifs de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) en 2006 pour y faire sa thèse de doctorat, puis a été nommée chargée de recherche de 2ème classe stagiaire en septembre 2010, a été titularisée le 15 septembre 2011 avant d'être promue au grade de directrice de recherche du développement durable de 2ème classe puis de 1ère classe. Par décision du

12 juillet 2022, le directeur des ressources humaines (DRH) de l'IGN a décidé, en application du 2° de l'article 47-4 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, de diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à l'accident de service du

24 mai 2022 dont a été victime Mme B, qui l'a déclaré le 13 juin suivant. Le 12 juillet 2022, l'intéressée était mise à demi-traitement, ainsi qu'il ressort du courriel du 8 août 2022 de la gestionnaire administrative et paye de l'IGN. L'intéressée a formé le 18 août 2022 un recours contre ces deux décisions, qui a fait l'objet d'un rejet explicite de la part de l'IGN par courrier du

1er septembre 2022. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des deux décisions du 12 juillet 2022 diligentant une enquête administrative et la plaçant à demi-traitement, ensemble la décision de rejet de son recours.

Sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. " ; enfin, aux termes du premier alinéa de l'article

R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

En ce qui concerne la décision de diligenter une enquête administrative sur le fondement du 2° de l'article 47-4 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 :

4. Aux termes de l'article 47-4 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 : " L'administration qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : () / 2° Diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident ou l'apparition de la maladie. " ; aux termes de l'article 47-5 du même code : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'administration dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date à laquelle elle reçoit la déclaration d'accident et le certificat médical () / Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine du conseil médical compétent. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. "

5. La décision de procéder ou non à une enquête administrative interne constitue une mesure d'ordre intérieur. Par suite, la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le directeur des ressources humaines (DRH) de l'IGN a décidé, en application du 2° de l'article 47-4 précité du décret du 14 mars 1986, de diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à l'accident de service du 24 mai 2022 dont a été victime Mme B ne revêt pas le caractère d'une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

6. Au surplus, le délai de trois mois supplémentaires dont dispose l'administration pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme B le 24 mai 2022 expire le 12 octobre prochain à minuit, c'est-à-dire dans moins d'une semaine à la date de la présente ordonnance, date à laquelle s'apprécie la condition d'urgence ainsi qu'il a été dit au point 3. Par suite, l'intéressée saura dans moins d'une semaine les conclusions de l'enquête administrative diligentée sur le fondement du 2° de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 ; il s'ensuit que la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est au cas d'espèce pas satisfaite.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de diligenter une enquête administrative sur le fondement du 2° de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986, les conclusions à fin de suspension de cette décision doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision du 12 juillet 2022 plaçant Mme B à demi-traitement :

8. D'une part, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. " D'autre part, aux termes de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique, entré en vigueur par ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021 : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. " ; aux termes de l'article L. 822-3 du même code : " Au cours de la période définie à l'article L. 822-2, le fonctionnaire en congé de maladie perçoit : / 1° Pendant trois mois, l'intégralité de son traitement ; / 2° Pendant les neuf autres mois, la moitié de son traitement. " Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie à plein traitement, pendant une durée de trois mois, en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Au-delà de cette période, il a droit à des congés de maladie à

demi-traitement, pendant une durée de neuf mois, s'il lui est toujours impossible d'exercer ses fonctions.

9. Il ressort du courriel du 8 août 2022 de la gestionnaire administrative et paye de l'IGN que Mme B a été placée à demi-traitement à compter du 12 juillet 2022 car elle avait à cette date épuisé ses trois mois de plein traitement calculés en année glissante.

10. Or, Mme B n'assortit ses conclusions à fin de suspension de cette décision la plaçant à demi-traitement d'aucun moyen, les moyens soulevés dans la requête ainsi que dans le mémoire en réplique se rapportant tous à la décision de diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à l'accident de service du

24 mai 2022. Par suite, la requérante ne démontre aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision de placement à demi-traitement. Il s'ensuit, que, quand bien même la condition d'urgence serait considérée comme satisfaite du fait notamment de la perte de rémunération subie par la requérante depuis près de trois mois, les conclusions à fin de suspension de la décision la plaçant à demi-traitement doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice doivent toutes être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais de l'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " D'une part, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'IGN, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il convient de mettre à la charge de la requérante, en application des dispositions précédentes, la somme de 800 euros à verser à l'IGN, qui a eu recours aux services d'un avocat et justifie donc des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à l'IGN la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'Institut national d'information géographique et forestière (IGN).

Fait à Melun, le 6 octobre 2022.

Le juge des référés,

Signé : C. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2209153

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