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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209161

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209161

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de délivrer une carte de résident d'une durée de 10 ans et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros au requérant au titre de l'article L 761-1 du Code de justice administrative

Il soutient que la décision en litige :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet se fonde sur une simple menace à l'ordre public ;

- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que la décision attaquée méconnaît le champ d'application des dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, à la date de ladite décision, la carte de résident de M. A était arrivée à échéance et, d'autre part, de ce que la décision attaquée méconnaît également le champ d'application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient les motifs pour lesquels le renouvellement d'une carte de résident peut être refusé, dès lors que, à la date de cette décision, ces dispositions ne prévoyaient pas la possibilité d'opposer à l'intéressé un motif tiré de ce qu'il représente une menace pour l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident, en a sollicité le renouvellement le 21 décembre 2021. Par une décision du 18 août 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande en prononçant le retrait de sa carte de résident et a décidé de lui délivrer une carte de séjour temporaire.

2. Aux termes de l'article L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 432-11 du même code : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, éclairés par les écritures du préfet de Seine-et-Marne, que ce dernier a entendu fonder sa décision sur un premier motif, reposant sur les dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sur un second motif, tiré de ce que la présence en France de M. A représente une menace pour l'ordre public.

4. D'une part, les dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient la possibilité de faire grief au titulaire d'une carte de résident de ce qu'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article

L. 8251-1 du code du travail qu'à l'appui d'une décision prononçant le retrait d'une carte de résident. Il ressort des pièces du dossier que la carte de résident de M. A avait expiré à la date de la décision en litige, laquelle ne peut qu'être regardée comme une décision de refus de renouvellement. Par suite, la décision en litige méconnaît le champ d'application des dispositions qui viennent d'être évoquées.

5. D'autre part, à la date de la décision attaquée, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoyait la possibilité d'opposer à un étranger sollicitant le renouvellement de sa carte de résident un motif tiré de ce qu'il représenterait une menace pour l'ordre public. Les dispositions citées ci-dessus de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient seulement qu'un tel motif peut être opposé à une première demande de carte de résident. Dans ces conditions, en opposant ce motif à la demande de M. A, le préfet de Seine-et-Marne a méconnu le champ d'application des dispositions dudit code relatives aux conditions dans lesquelles un étranger peut obtenir le renouvellement de sa carte de résident.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête de M. A, la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

7. Compte tenu de l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024, Le présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de Seine-et-Marne délivre à M. A une carte de résident. En revanche, il implique que le préfet procède au réexamen de la demande de renouvellement de sa carte de résident présentée par l'intéressé. Il y a lieu de fixer à deux mois le délai dans lequel devra intervenir ce réexamen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour du 18 août 2022 présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande M. A tendant au renouvellement de sa carte de résident, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

D. Binet

Le président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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