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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209176

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209176

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2022 et le 19 décembre 2023, M. A B, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2022 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire qu'il a présenté contre la décision du 6 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et de lui verser rétroactivement à compter de l'introduction de sa demande d'asile les allocations pour demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me de Sèze, son conseil, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité ;

- le directeur général de l'OFII n'a pas justifié de la formation spécifique des agents chargés d'évaluer sa vulnérabilité ;

- la décision doit être annulée en raison de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire d'évaluation de la vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a pas été avisé de sa possibilité de faire connaître des motifs légitimes pour expliquer sa demande d'asile tardive ;

- elle est entachée d'erreurs dans la matérialité des faits en ce qu'il est entré en France le 10 octobre 2021, qu'il n'a jamais déclaré être entré le 1er octobre 2022 et en tout état de cause, il n'a pas sollicité l'asile tardivement puisqu'il a sollicité le 3 janvier 2021 un rendez-vous pour présenter sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/2801 du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien, a sollicité l'asile le 6 janvier 2022. Par une décision du même jour, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Par une décision du 11 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 6 janvier 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Si M. B sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du président du bureau de l'aide juridictionnelle en date du 20 juillet 2022. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été informé des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, et notamment de la circonstance que le dépôt d'une demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée régulière en France pouvait entraîner une telle décision et qu'il aurait été mis en mesure de faire valoir l'existence de circonstances particulières de nature à justifier sa situation. Si l'OFII fait valoir que M. B a bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa situation et de sa vulnérabilité en présence d'un interprète en langue soninké, cette circonstance n'est pas de nature à établir que M. B a bénéficié d'une information sur modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été effectivement privé de la garantie que constitue une telle information, en sorte que l'intéressé est fondé à soutenir que la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision du 11 juillet 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que l'OFII procède au réexamen de la situation de M. B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administration et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Sèze, conseil de M. B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me de Sèze de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 11 juillet 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à une nouvelle instruction de la demande présentée par M. B dans le délai de trois mois à compter de la présente décision.

Article 4 : L'OFII versera à Me de Sèze une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Sèze renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Sèze.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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