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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209196

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209196

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEXGLOBE - SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 septembre 2022 et le 2 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Monconduit demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a retiré sa carte de résident et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui restituer sa carte de résident ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) d'enjoindre en tout état de cause au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à venir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant retrait de son titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité du retrait de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine, s'est vu délivrer une carte résident, valable à compter du 22 février 2018, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 août 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré cette carte de résident et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / () / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a épousé un ressortissant français le 14 novembre 2014 et s'est vu délivrer, le 23 janvier 2017, un premier titre de séjour en qualité de conjointe de français, puis une carte de résident de dix ans à compter du 22 février 2018, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le couple a divorcé le 24 août 2018, il ressort des pièces du dossier que la pathologie dont a été atteinte la requérante a fait obstacle au projet familial du couple dont la vie commune a duré près de quatre années. En outre, Mme B s'occupe seule de ses trois enfants, successivement nés au Maroc les 18 décembre 2002, 29 décembre 2005 et 8 juillet 2007, qui résident sur le territoire français et qui y ont réalisé l'intégralité de leur scolarité depuis 2013. Par ailleurs, la requérante justifie de la présence en France de son frère, titulaire d'une carte de résident pour une durée de dix ans et gérant de deux sociétés implantées en Seine-et-Marne, au sein desquelles elle bénéficie d'un premier contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, depuis le 1er mai 2017, en tant qu'employée de restaurant et d'un second contrat de travail à durée indéterminée, depuis le 15 juillet 2020, également à temps partiel, en qualité d'employée de vente. Enfin, Mme B justifie avoir suivi des cours d'apprentissage du français au cours des années 2015 et 2016 et être propriétaire de son logement en Seine-et-Marne, depuis le 31 août 2021. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne a inexactement apprécié les faits, au regard de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en retirant à Mme B la carte de résident dont elle était titulaire.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision portant retrait de son titre de séjour et par, voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il résulte de l'instruction que par une ordonnance du 21 octobre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a suspendu l'exécution de la décision du 25 août 2022 du préfet de Seine-et-Marne. Par suite, l'annulation prononcée par le présent jugement a pour unique conséquence que Mme B demeure titulaire de la carte de résident dont elle est déjà en possession et ne nécessite aucune mesure d'injonction particulière. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de Seine-et-Marne du 25 août 2022, retirant la carte de résident de Mme B et l'obligeant à quitter le territoire français, sont annulées.

Article 2 : L'État versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

H. Mathon

Le président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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