mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL SERRE ODIN EMMANUELI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 septembre 2022 et 14 février 2024, M. B A, représenté par Me Tournan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 1er août 2019 ;
2°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 30 octobre 2020 ;
3°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 1er octobre 2021 ;
4°) d'enjoindre au préfet du Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " étudiant " dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard ;
5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Seine-et-Marne de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les décisions attaquées :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont entachées d'un défaut de motivation ;
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations ;
- sont irrégulières en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- méconnaissent les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une lettre du 7 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un premier moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté des conclusions à l'encontre de la décision implicite née du silence gardé par le préfet
de Seine-et-Marne sur la demande de titre de séjour qu'il a présenté le 1er août 2019, dès lors que le requérant a eu connaissance de l'existence de cette décision le 30 octobre 2020, ainsi que sur un second moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision inexistante à savoir la décision implicite de rejet né le 31 mars 2021 du silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant chinois, se prévaut de ce qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à plusieurs reprises auprès du préfet de Seine-et-Marne. Il demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir trois décisions implicites de rejet nées du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne sur de telles demandes.
En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée le 1er août 2019 :
2. Aux termes de l'article R. 311-12* du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R.* 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. "
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. Les règles énoncées au point 3, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.
5. Il est constant que le 6 novembre 2020, M. A a été informé par un courriel de l'administration que sa demande de titre de séjour présentée le 1er août 2019 avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet, sans que le requérant ne soit avisé des voies et délais de recours. Le principe de sécurité juridique faisant obstacle à ce que cette décision implicite puisse être contestée devant le juge administratif au-delà d'un délai d'un an à compter de la date de l'événement établissant qu'il en a eu connaissance, en l'espèce le 6 novembre 2020. Par suite, il y a lieu de rejeter comme tardives les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence observé par l'administration sur sa demande de titre de séjour présentée le 1er août 2019.
En ce qui concerne la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour présentée le 30 octobre 2020 selon le requérant :
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le 30 octobre 2020, M. A ait, à nouveau sollicité un titre de séjour auprès du préfet de Seine-et-Marne, qu'au contraire, il apparaît qu'à cette date, M. A a contacté via le téléservice " démarches simplifiées " le service des renseignements aux usagers pour s'informer des suites données à sa demande du 1er août 2019. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née du silence du préfet le 1er mars 2021. Par suite, les conclusions dirigées contre une décision inexistante sont irrecevables et les moyens y afférant inopérants.
En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée le 1er octobre 2021 :
7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France à l'âge de 14 ans, accompagné de ses parents ; que depuis cette date, il réside et est scolarisé en France, qu'il a été titulaire, entre le 10 septembre 2015 et la date de sa majorité, d'un document de circulation pour étranger mineur et que ses parents, chez lesquels il est toujours domicilié, résident toujours en France et sont titulaires d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le refus d'autoriser son séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il s'ensuit que l'intéressé est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait y faisant obstacle, que M. A se voie délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée au point 6 d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne sur la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour présentée par M. A le 1er octobre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
F. BouchetLe président,
T. Gallaud
La greffière,
L. Sobangue
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026