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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209272

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209272

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGOUJON LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2022, Mme B D C épouse A, représentée par Me Goujon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de six mois par la préfète du Val-de-Marne, sur sa demande tendant au bénéfice du regroupement familial au profit de son époux, qui a été enregistrée le 25 janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son époux et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de délivrer à son époux une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision en litige :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le maire de sa commune de résidence n'a pas été consulté sur les conditions de logement et de ressources prévues par l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante ivoirienne, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son époux par une demande qui a été enregistrée le 25 janvier 2022. Mme C épouse A demande au tribunal d'annuler la décision implicite née du silence gardé pendant plus de six mois par la préfète du Val-de-Marne sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas soutenu par la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, que le maire de la commune de résidence de Mme C épouse A ait été consulté sur sa demande de regroupement familial. Il résulte toutefois des dispositions citées au point 2 que la consultation du maire de la commune de résidence de l'étranger est obligatoire et a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement du demandeur. Dans ces conditions, le maire de sa commune de résidence aurait dû être consulté par le préfet avant de prendre la décision de refus de séjour en litige et en l'absence de consultation, la requérante a été effectivement privée d'une garantie. Par suite, Mme C épouse A est fondée à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C épouse A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé, par la préfète du Val-de-Marne, sur sa demande enregistrée le 25 janvier 2022 de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif sur lequel il repose, que le préfet donne une suite favorable à la demande présentée par Mme C épouse A. En revanche, ce jugement implique nécessairement que la demande de Mme C épouse A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de six mois, sur la demande enregistrée le 25 janvier 2022, de regroupement familial de Mme C épouse A, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de Mme C épouse A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme C épouse A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête de Mme C épouse A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C épouse A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

H. Mathon

Le président,

T. GallaudLa greffière,

G. Aumond

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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