vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABRAL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2209395 le 27 septembre 2022 et le 18 mars 2024, M. A B, représenté par Me Cabral, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé Me Frédéric Brunet, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Unipromotion à le licencier pour motif économique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière en ce que l'enquête contradictoire a été réalisée partialement par l'inspectrice du travail ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la convocation à l'enquête contradictoire ne portait pas la mention l'informant qu'il pouvait se faire assister ;
- le liquidateur de son employeur a méconnu son obligation de reclassement à son égard ;
- la demande d'autorisation de licenciement présente un lien avec son mandat, notamment en ce que les catégories professionnelles définies dans le cadre de cession ont été définies afin d'éviter le transfert de son contrat de travail vers la société Polygon France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à Me Frédéric Brunet, agissant en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Unipromotion, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2304618 le 9 mai 2023 et le 18 mars 2024, M. A B, représenté par Me Cabral, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé Me Frédéric Brunet, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Unipromotion à le licencier pour motif économique ainsi que la décision du 13 mars 2023 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a confirmé la décision de l'inspectrice du travail ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soulève les mêmes moyens que ceux qu'il invoque à l'appui de sa requête enregistrée sous le n° 2209395. Il soutient également que la décision confirmative du ministre du travail doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, Me Jérôme Pierrel agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Unipromotion, représenté par Me Toumanoff, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
- les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public,
- et les observations de Me Cabral, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 juillet 2022, Me Frédéric Brunet agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Unipromotion a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de procéder au licenciement de M. B, salarié protégé, pour motif économique. Par une décision du 27 juillet 2022, l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement. Saisi d'un recours hiérarchique formé le 26 septembre 2022, le ministre du travail a, le 13 mars 2023, confirmé la décision de l'inspectrice du travail. Par les deux requêtes visées ci-dessus, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du ministre ainsi que celle de l'inspectrice du travail.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2209395 et 2304618 portent sur l'autorisation de licenciement d'un même salarié protégé, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé . Dans le cas où la demande d'autorisation de licenciement présentée par l'employeur est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié. A ce titre, lorsque la demande est fondée sur la cessation d'activité de l'entreprise, celle-ci n'a pas à être justifiée par l'existence de mutations technologiques, de difficultés économiques ou de menaces pesant sur la compétitivité de l'entreprise. Il appartient alors à l'autorité administrative de contrôler, outre le respect des exigences procédurales légales et des garanties conventionnelles, que la cessation d'activité de l'entreprise est totale et définitive, que l'employeur a satisfait, le cas échéant, à l'obligation de reclassement prévue par le code du travail et que la demande ne présente pas de caractère discriminatoire.
En ce qui concerne l'enquête contradictoire :
4. A l'effet de concourir à la mise en œuvre de la protection mentionnée au point précédent, l'article R. 2421-11 du code du travail, dispose que l'inspecteur du travail saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé " procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat ".
5. En premier lieu, M. B soutient que l'inspectrice du travail a méconnu le principe du contradictoire en lui déclarant avant son audition, le 13 juin 2022, qu'elle " ne pouvait rien pour lui ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, à la suite de l'audition du requérant qui alléguait que les catégories professionnelles avaient été déterminées artificiellement afin de permettre à la société Polygon France de ne pas reprendre son contrat de travail et que le poste " responsable décontamination Ile-de-France " n'existait pas, l'inspectrice du travail a demandé, par une lettre du 14 juin 2022, au liquidateur judiciaire de la société Unipromotion de lui communiquer toutes les informations concernant le poste évoqué ci-dessus. En outre, la seule production d'un courriel du 14 juin 2022 par lequel M. B se plaint à l'inspectrice du travail de leur entretien, n'est pas de nature à remettre en cause le caractère contradictoire de l'enquête menée.
6. En second lieu, les dispositions de l'article R. 2421-11 du code du travail n'imposent pas à l'inspecteur du travail de rappeler au salarié protégé convoqué pour l'enquête contradictoire qu'il a la possibilité de se faire assister d'un représentant syndical. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'absence de mention rappelant cette faculté d'assistance sur sa convocation à l'enquête contradictoire.
En ce qui concerne l'obligation de reclassement :
7. Aux termes de l'article L.1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure () ".
8. Si M. B soutient que le liquidateur judiciaire de la société Unipromotion a manqué à son obligation de reclassement à son égard, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit ainsi être écarté. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le reclassement de M. B s'est avéré impossible tant au sein de la société Unipromotion dont le placement en liquidation judiciaire a été prononcé le 14 avril 2022 par le tribunal de commerce de Paris que dans les autres sociétés du groupe ADN, dont la nature de l'activité aurait pu permettre la permutation des salariés, qui ont également été placées en liquidation judiciaire.
En ce qui concerne l'existence d'un lien avec le mandat :
9. Il ressort des pièces du dossier que le 9 mars 2022, le tribunal de commerce de Paris a ouvert une procédure de redressement judiciaire au bénéfice de la société Unipromotion, que le 14 avril 2022, le tribunal de commerce a retenu la candidature de la société Polygon France au titre de la reprise des activités de la société Unipromotion, qu'il a ordonné le transfert des contrats de travail de 56 salariés dont les postes étaient repris par la société Polygon France et a autorisé la société Unipromotion à licencier pour motif économique les 9 salariés dont les postes n'étaient pas repris par la société Polygon France, notamment le poste de superviseur des moyens de production dans l'établissement de Bonneuil-sur-Marne occupé par M. B. Le même jour, le tribunal de commerce a placé la société Unipromotion en liquidation judiciaire.
10. D'une part, le requérant soutient qu'il occupait les mêmes fonctions que les salariés occupant les postes repris par la société Polygon France de responsable décontamination Ile-de-France et de directeur de production Ile-de-France, que le poste de responsable décontamination Ile-de-France n'a jamais effectivement existé et n'a été créé qu'en vue de la cession de l'activité afin de faire obstacle au transfert de son contrat de travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le poste de responsable décontamination Ile-de-France existait bien au sein de l'établissement de Bonneuil-sur-Marne depuis le 31 août 2021 et que ses attributions étaient distinctes de celles du poste de superviseur des moyens de production occupé par M. B. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que seul un poste de directeur de production associé existait au sein de l'établissement de Paris et que ses missions étaient également clairement distinctes de celles attribuées au requérant.
11. D'autre part, M. B soutient qu'il existe un lien entre ses mandats et la procédure de licenciement en litige notamment, en raison des conflits qui l'ont opposé à son employeur dans le cadre de son mandat représentatif. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B établisse avoir eu des relations particulièrement conflictuelles avec sa direction et s'il allègue que son employeur ne lui versait pas le salaire minimum conventionnel, cette circonstance, qui n'est, au demeurant, pas établie, n'est pas de nature à caractériser par elle-même l'existence d'une une discrimination syndicale. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre du plan de cession retenu par le tribunal de Commerce de Paris, neuf postes au total n'ont pas été repris par la société Polygon France. Ainsi, plusieurs salariés non protégés ont également été licenciés alors que quatre salariés protégés de la société Unipromotion ont, au contraire, bénéficié du transfert de leur contrat.
12. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'inspectrice du travail et le ministre ont retenu que la demande d'autorisation de licenciement était sans lien avec son mandat.
13. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me François Brunet et Me Jérôme Pierrel, agissant en leur qualité de liquidateurs judiciaires de la société Unipromotion.
Copie pour information en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La rapporteure,
F. Bouchet
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2209395 et 2304618
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026