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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209431

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209431

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMIRGODIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2205803 du 23 septembre 2022, le président du tribunal administratif de Lille a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. D.

Par cette requête, enregistrée le 1er août 2022 par le greffe du tribunal administratif de Lille et le 28 septembre 2022 par le greffe du tribunal administratif de Melun sous le n° 2209431, M. E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2022 par lequel la préfète de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une personne ne justifiant pas d'une délégation régulière pour ce faire ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été transmise à la préfète de la Somme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grand pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 21 août 2023 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- M. Grand, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- les observations de Me Mirgodin, représentant M. D, requérant présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que l'arrêté attaqué porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que son épouse, avec qui il a déjà deux enfants, est enceinte ;

- la préfète de la Somme n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. ".

2. Par un arrêté du 30 juillet 2022 notifié le même jour, la préfète de la Somme a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. D, ressortissant de la république démocratique du Congo né le 28 novembre 1994, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé par M. B F, sous-préfet de l'arrondissement d'Abbeville, à qui la préfète de la Somme a accordé une délégation de signature régulière, par un arrêté n° 2021-118 du 17 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, pour signer notamment les décisions en litige. Par suite, ces décisions ne sont pas entachées d'incompétence.

4. En deuxième lieu, aux termes L. 613-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " et aux termes de l'article L. 612-12 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " L'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que M. D s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, alors qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il fait l'objet d'une fiche de recherche émise par le tribunal judiciaire de Caen pour des faits d'agression sexuelle sur mineur, qu'il présente une menace pour l'ordre public et que le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français peut être regardé comme établi. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit donc être écarté.

5. En dernier lieu, si M. D fait valoir que, de son union avec Mme A C, ressortissante espagnole, seraient nés deux enfants en 2019 et 2021, il n'établit pas que cette cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine, dans lequel il n'allègue pas être dépourvu d'attache familiale. Qu'en outre, le requérant ne justifie d'aucune intégration professionnelle stable sur le territoire français. Dans ces circonstances, et alors que les décisions ne litige sont en outre fondées sur la menace pour l 'ordre public que présente le requérant, M. D n'établit pas que les décisions attaquées seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et à la préfète de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : R. Grand

Le greffier,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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