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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209453

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209453

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.) Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022 sous le n° 2209453, M. J A, représenté par Me Roques, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois ;

3°) ou à défaut d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail le temps de l'instruction de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle a été signée par un auteur incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en tant que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas joint à la décision attaquée, ne permettant pas de savoir s'il a été rendu au terme d'une procédure régulière ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par un auteur incompétent ;

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et sur une obligation de quitter le territoire français qui sont elles-mêmes illégales.

II.) Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022 sous le n° 2209454, Mme D E épouse A, représentée par Me Roques, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois ;

3°) ou à défaut d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail le temps de l'instruction de sa demande ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle a été signée par un auteur incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en tant que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas joint à la décision attaquée, ne permettant pas de savoir s'il a été rendu au terme d'une procédure régulière ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par un auteur incompétent ;

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et sur une obligation de quitter le territoire français qui sont elles-mêmes illégales.

Les requêtes ont été communiquées à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme E épouse A, ressortissants algériens, ont sollicité leur admission au titre des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié. Par deux décisions en date du 8 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté leur demande d'admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Ils demandent l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernant la situation de M. A et de Mme E épouse A ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des décisions portant refus de délivrer un titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021/659 du 1er mars 2021 publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a délégué à M. B C, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, sa signature de l'ensemble des actes relatifs aux attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, au nombre desquels figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées de refus de séjour visent l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L 425-10, L. 611-1 3°, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-12, L. 613-3, L. 721-3, L. 722-1et R. 613-1, la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8. Les mêmes décisions rappellent les conditions d'entrée et de séjour en France des requérants, ainsi que leur situation administrative, personnelle et familiale, notamment leur nationalité, et précisent les motifs pour lesquels la préfète leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en mentionnant notamment que l'état de santé du jeune G I A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux mentionne également l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 18 avril 2022 dont elle s'approprie les conclusions. Ainsi rédigé, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés contestés, ni des autres pièces du dossier, que la préfète aurait insuffisamment examiné leur situation avant de prendre les décisions de refus d'admission au séjour.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant établi le rapport médical, le Dr H, n'a pas siégé au sein du collège de médecins rendant l'avis médical, constitué des Dr F, Mesbahy et Delaunay, et que ces trois médecins ont signé l'avis médical du 18 avril 2022.

6. En outre, il ne ressort d'aucune stipulation ou disposition, ni d'aucun principe que le préfet aurait l'obligation de transmettre au demandeur, en même temps que la décision, l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Les intéressés ne sont dès lors et en tout état de cause pas fondés à soutenir que la procédure ayant abouti à l'édiction des arrêtés serait entachée d'irrégularité.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". Aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié : " Le certificat de résidence d'un an, portant la mention vie privée et familiale, est délivré de plein droit () : au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

8. Il résulte des termes de l'avis rendu le 18 avril 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et dont la préfète du Val-de-Marne s'est appropriée les motifs, que si l'état de santé de l'enfant des requérants nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge du jeune G I A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et il peut voyager sans risque dans son pays d'origine.

9. Afin de contester cet avis, les requérants présentent des certificats médicaux établis par des médecins spécialisés de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris impliqués dans la prise en charge de leur enfant, détaillant la prise en charge du jeune G I A, et dont il ressort notamment qu'il est atteint, depuis la naissance, d'une glycogénose de type Ia, que cette maladie nécessite une prise en charge spécialisée multidisciplinaire à vie et ne peut pas être prise en charge en Algérie, et une attestation d'une orthophoniste en date du

26 septembre 2022 attestant qu'elle reçoit leur enfant en consultation une fois par semaine. Toutefois, ces certificats sont peu circonstanciés quant à l'indisponibilité des soins prodigués au jeune G I A dans son pays d'origine et n'établissent pas que le défaut de prise en charge du jeune G I A puisse entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, alors au demeurant que le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est uniquement délivré, sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, à l'étranger lui-même, et non à l'accompagnant ou aux parents de l'enfant qui nécessite des soins. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne puisse se recomposer en Algérie, pays dont tous les parents et les enfants ont la nationalité. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

S'agissant des décisions fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A et

Mme E épouse A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A et Mme E épouse A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J A, à Mme D E épouse A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 janvier 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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