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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209520

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209520

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKERIHUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 septembre 2022 et le 28 juin 2024, M. F C, représenté par Me Kerihuel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Kerihuel, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête et les pièces complémentaires ont été communiquées à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Dumas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 1er janvier 1988 à Séféto (Mali), est entré en France le 26 août 2016 selon ses déclarations. Le 17 mai 2022, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture du Val-de-Marne. Par un arrêté du 8 juin 2022, dont il demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne le moyen commun aux trois décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2021/659 du 1er mars 2021 publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à M. A B, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, à l'effet de signer l'ensemble des actes relatifs aux attributions de l'État dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, au nombre desquels figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, si M. C a entendu se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors que les orientations générales qu'elle contient, adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne constituent pas des lignes directrices dont il est possible de se prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. En l'espèce, si M. C déclare être entré en France le 26 août 2016 et produit des pièces permettant d'attester sa résidence en France depuis cette date, il ne justifie, par la production de bulletins de paye, que de quatre mois d'activité salariée en qualité de peintre en 2016 et de sept mois en 2017, et que d'une demande d'autorisation de travail datant d'août 2020. Dès lors, compte tenu de son absence de qualifications professionnelles, de la nature de l'emploi, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Val-de-Marne a pu estimer que sa situation ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel la préfète du Val-de-Marne ne s'est pas prononcée, est inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. C déclare être entré en France le 26 août 2016 et produit des pièces permettant d'attester sa résidence en France depuis cette date, ainsi que la copie intégrale de l'acte de naissance de sa fille D née le 29 mai 2023 à Saint-Denis. Il justifie également que sa fille a obtenu la reconnaissance de son statut de réfugiée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 septembre 2023. Si, dans le cas où une enfant mineure s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée en raison de son appartenance à un groupe social, les exigences résultant du droit de mener une vie familiale normale résultant du dixième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit au respect de la vie privée et familiale et des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, impliquent que les parents de la réfugiée mineure puissent, en principe, régulièrement séjourner en France avec elle et si cette circonstance rend non exécutoire la décision d'éloignement de l'intéressé à destination du Mali, toutefois la circonstance invoquée par M. C de la naissance de sa fille étant intervenue postérieurement à la décision attaquée, elle demeure sans influence sur la légalité de celle-ci. En outre, si l'intéressé soutient vivre auprès de sa compagne, Mme E, et de son fils, il ne produit pas le titre de séjour au nom de celle-ci, ni même n'allègue qu'elle était présente en France en situation régulière à la date de la décision attaquée. Il n'établit pas davantage ni même allègue qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles au Mali, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans, ni qu'il était, à la date de la décision attaquée, dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans ce pays. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne, en refusant de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, tant la naissance de sa fille que la reconnaissance de son statut de réfugiée par l'OFPRA sont intervenus postérieurement à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que celle-ci méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

11. En sixième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne, en refusant de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour est illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception de celle-ci doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement qu'en obligeant M. C à quitter le territoire français le 8 juin 2022, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne, en obligeant M. C à quitter le territoire français, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour est illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie d'exception de celle-ci doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 9 du présent jugement que la préfète du Val-de-Marne en décidant d'éloigner M. C à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, si M. C a entendu se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, ce moyen doit être écarté dès lors que les orientations générales qu'elle contient, adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne constituent pas des lignes directrices dont il est possible de se prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.

18. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement que la préfète du Val-de-Marne en décidant d'éloigner M. C à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible n'a pas porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

19. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

20. En sixième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne, en fixant le pays à destination duquel M. C pourra être éloigné, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2209520

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