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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209547

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209547

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSTOFFANELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, Mme A D, représentée par Me Stoffaneller, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance de titre de séjour :

- il est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 9 septembre 2021 visé dans l'arrêté litigieux ;

- à défaut de production de cet avis, celui-ci est entaché d'absence d'identification des trois médecins du collège et d'absence de délibération collégiale entre eux ;

- le refus de titre est entaché d'un défaut de motivation en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'absence d'examen complet de sa situation ;

- il viole les dispositions de l'article L. 432-13 et du second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour vu qu'elle justifie de dix années de résidence habituelle en France depuis le 12 février 2012 ;

- il est entaché d'erreur de fait tirée de ce que, contrairement à ce que mentionne l'arrêté querellé, elle n'a jamais déclaré être célibataire sans charge de famille et sans ressources personnelles ;

- le refus de titre viole l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié en République du Congo ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle viole le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire français :

- ils violent les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés à l'appui de celle-ci ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Freydefont, rapporteur ;

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;

- et les observations de Me Stoffaneller, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, ressortissante congolaise née le 19 septembre 1982 à Pointe-Noire en République du Congo, a sollicité le 23 mars 2021 du préfet de Seine-et-Marne un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusé par arrêté préfectoral du 3 juin 2022 portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des nombreuses pièces du dossier que Mme D justifie de sa présence en France depuis l'année 2012. De plus, il est également établi que la requérante vit depuis l'année 2016 en concubinage avec M. C B, ressortissant ivoirien né le 27 août 1974 et titulaire d'une carte de résident valable du 26 mai 2019 au 25 mai 2029, au 3 résidence Buffon à Meaux (77100). Il ressort également des pièces du dossier que Mme D et M. B ont tenté de fonder une famille mais que la requérante a fait deux fausses couches le 11 février 2019 et le 10 août 2020. Elle est d'ailleurs régulièrement suivie pour des troubles psychologiques consécutifs à ces fausses couches. En outre, la requérante est suivie pour un projet de procréation médicalement assistée par le centre hospitalier de Reims. Enfin, l'intéressée est insérée, notamment sur le plan professionnel, puisqu'elle travaille depuis 2018 en qualité d'aide-ménagère. Dans ces circonstances, compte tenu de la stabilité familiale de la requérante et de son insertion sociale, la décision de rejet de sa demande de titre a porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Elle a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et encourt de ce fait l'annulation. Par voie de conséquence, doivent également être annulées l'obligation faite à Mme D de quitter le territoire français, la décision de délai de départ volontaire sous trente jours et la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions accessoires :

4. En premier lieu, aux termes de L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'annulation de l'arrêté litigieux implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en mettant à la charge de l'Etat le reversement à Me Stoffaneller, avocate de la requérante, qui a été définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 20 juillet 2022, de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté en date du 3 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de Mme D, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Stoffaneller, avocate de Mme D, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Stoffaneller et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé : C. Freydefont

Le président,

Signé : N. Le Broussois Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour exécution conforme,

Le greffier,

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