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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209581

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209581

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 4 octobre, 2 novembre et 30 décembre 2022, 2 et 20 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Meunier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a informé que l'autorité administrative édictera une interdiction de retour à son encontre s'il se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant un récépissé l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ses pathologies ne sont pas susceptibles de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la présence en France de sa famille ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision informant M. B qu'une interdiction de retour serait prononcée à son encontre en cas de maintien irrégulier sur le territoire français, laquelle ne fait pas, par elle-même, grief et ne constitue pas une décision susceptible de recours.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Daële,

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né en 1999, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 22 février 2018 sous couvert d'un visa de long séjour. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire pour soins, valable du 13 juin 2019 au 12 juin 2020, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 5 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'information relative à l'édiction d'une interdiction de retour en cas de maintien irrégulier sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire :

2. Si M. B, qui n'a pas fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, demande l'annulation de l'information faite par le préfet, à l'article 5 de son arrêté, qu'il édictera une interdiction de retour s'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire, cette simple information n'a pas le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2022 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

4. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence de traitements appropriés et de leur disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Dans son avis émis le 12 décembre 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, monophtalme de l'œil droit, souffre d'un glaucome sévère nécessitant un suivi ophtalmologique régulier et pour lequel il est traité par Ganfort et Simbrinza. Cependant, aucune pièce ne fait état de l'impossibilité, pour l'intéressé, de bénéficier de son traitement et de son suivi actuels dans son pays d'origine. Si le requérant soutient que le coût du traitement approprié à son état de santé constitue un obstacle à sa prise en charge en Angola en raison de l'insuffisance de ses ressources, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, et n'établit pas que sa grand-mère maternelle, qui le prenait jusqu'alors en charge dans son pays d'origine, serait désormais dans l'incapacité de se déplacer pour acheter son traitement médicamenteux, financé par sa mère depuis la France, en ne produisant qu'un certificat médical faisant état des douleurs lombaires dont elle souffre. En se bornant se prévaloir, de manière générale, du manque de médicaments et de personnels de santé en Angola après plusieurs années de guerre civile, ainsi que du coût élevé des médicaments, le requérant n'établit pas qu'il ne pourrait pas avoir effectivement accès à une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B se prévaut de la durée de sa présence sur le sol français depuis 2018, où il est pris en charge médicalement, et de ses attaches familiales en France, où résident sa mère en situation régulière qui l'héberge et ses trois demi frères et sœurs. Il ajoute avoir a été reconnu travailleur handicapé par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Seine-et-Marne le 30 septembre 2020. Cependant, le requérant n'établit pas l'intensité des liens l'unissant à ses demi frères et sœurs, nés en France, et à sa mère, arrivée plusieurs années auparavant sur le sol français. Célibataire et sans charge de famille, M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans au moins, et où réside notamment sa grand-mère maternelle qui l'a élevé. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B devrait se maintenir en France pour y recevoir les soins requis par son état de santé. Dans ces conditions, M. B, dont la présence sur le territoire français est récente, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement et d'un suivi appropriés à ses pathologies. En outre, si le requérant soutient qu'eu égard aux pathologies dont il est atteint, qui le conduiront à devenir aveugle à moyen terme, son retour en Angola serait de nature à accroître sa vulnérabilité et les risques de subir des violences, et se prévaut des discriminations dont font l'objet les personnes atteintes de handicap, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est au demeurant opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé : M. VAN DAËLE

La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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