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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209586

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209586

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 et 19 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 juin 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au profit de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention " entrepreneur / profession libérale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé et de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 250 euros HT au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée par la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- c'est à tort que le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur l'absence d'autorisation de travail ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son parcours professionnel ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Le préfet de Seine-et-Marne à qui a été notifiée la requête n'a pas produit d'observations en défense.

Par décision du 31 août 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né en 1987, est entré en France en novembre 2017 pour y suivre des études, puis a obtenu, à l'issue de celles-ci, un titre de séjour portant mention " recherche d'emploi / création d'entreprise ". Il a sollicité le 12 février 2020 un changement de statut afin d'obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale ". Par arrêté du 29 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par la requête précitée, l'intéressé sollicite l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour,

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".

3. Ces dispositions imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer au demandeur, lorsque la demande de ce dernier est incomplète, les pièces ou les informations manquantes dont la production est requise par un texte pour permettre l'instruction de cette demande. En revanche, elles n'ont pas pour objet d'imposer à l'administration d'inviter le demandeur à produire les justifications de nature à établir le bien-fondé de cette demande.

4. Si le requérant soutient que la préfecture ne lui a pas clairement indiqué comment ni dans quel délai procéder aux compléments d'informations demandés, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne a demandé à M. A de justifier de l'existence de l'activité libérale au titre de laquelle il sollicitait une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", et non de produire des pièces nécessaires à l'instruction de cette demande, de sorte que ces demandes de compléments de dossier n'entraient pas dans le champ d'application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'un préfet serait tenu de conseiller un étranger sur les démarches que ce dernier doit entreprendre pour régulariser sa situation. Le moyen précité doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/profession libérale" d'une durée maximale d'un an ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant s'est inscrit sur le répertoire Sirene en tant qu'auto-entrepreneur, il n'établit pas que cette activité est économiquement viable par la simple production d'un tableau de budget prévisionnel de l'année 2022 et qu'il en tire des moyens d'existence suffisants, dès lors qu'il ne justifie pas avoir eu le moindre client pour celle-ci et alors qu'il a exercé par ailleurs des fonctions d'enseignant sans justifier d'une autorisation de travail. Les moyens tirés de l'existence d'une erreur de fait, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

8. Le requérant soutient que le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait lui demander de justifier d'une autorisation de travail pour son activité d'enseignant, alors qu'il s'agissait selon lui d'une activité accessoire au sens des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, outre qu'il ne s'agit pas du motif de refus de délivrance du titre de séjour demandé, M. A qui n'avait plus la qualité d'étudiant, ne peut pas utilement se prévaloir de ces dispositions.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient avoir établi le centre de ses attaches personnelles et professionnelles sur le territoire français où il réside depuis près de cinq ans à la date de l'arrêté contesté et où il a réussi ses études supérieures. Toutefois, il est célibataire et sans enfant, n'est présent en France que depuis novembre 2017, sous couvert notamment d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " qui ne l'autorise pas à s'installer durablement sur le territoire, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et où réside, ainsi qu'il l'indique, l'ensemble des membres de sa famille, et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national inscrits dans la durée et la stabilité. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français,

11. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

12. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 29 juin 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à Me Rochiccioli et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,2

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