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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209599

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209599

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOUJAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2022, M. D, représenté par Me Toujas, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite née le 6 septembre 2022, par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé le renouvellement de son titre de séjour et la suspension de décision implicite née le 23 septembre 2022, par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé le renouvellement de son récépissé ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans un délai de trois jours, à compter de la décision à intervenir, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est caractérisée ; son séjour sur le territoire est désormais irrégulier alors qu'il était en situation régulière depuis son entrée en France comme mineur et surtout qu'il était autorisé à travailler depuis le 12 octobre 2021 ; il est en deuxième année de DUT génie électrique informatique industriel à l'Université Paris-Saclay ; l'absence de récépissé compromettant la poursuite de sa formation professionnalisante ; il ne peut pas voyager alors que la mobilité internationale avec des stages à l'étranger est encouragée pour cette formation ; le maintien sous récépissé l'empêche de passer son permis de conduire ; cette non-réponse est une source d'anxiété pour lui ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- elles sont signées par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- les dispositions du 3° de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues : il remplit toutes les conditions de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

- pour la même raison, cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

- les dispositions de l'article R. 431-12 dudit code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, s'agissant du refus de renouvellement du récépissé ;

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas déposé de mémoire en défense ;

Vu :

- les décisions attaquées des 6 et 23 septembre 2022 et la copie de la requête n°2209569 aux fins d'annulation présentée contre ces décisions.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2022 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Toujas substituant, représentant M. C, qui persiste en tous points dans les termes de sa requête ;

- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui indique que le dossier est en cours d'instruction.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite le 17 octobre 2022 par la préfète du Val-de-Marne.

Une note en délibéré a été produite le 18 octobre 2022 par M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant colombien, né le 24 août 2002 à Bogota ( Colombie), est entré en France, selon ses déclarations le 5 février 2017 et se maintient depuis cette date sur le territoire ; il a sollicité le 22 mars 2021 un titre de séjour en qualité d'enfant d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ; il a obtenu un récépissé le 12 octobre 2021 ; il en a obtenu le renouvellement jusqu'au 5 août 2022 ; il a sollicité un nouveau renouvellement et n'a pas eu de réponse à ce jour. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution la décision implicite née le 6 septembre 2022, par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé la délivrance d'un titre de séjour et la suspension de décision implicite née le 23 septembre 2022, par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé le renouvellement de son récépissé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et l'article L. 522-1 dudit code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : "La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur l'urgence :

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ; cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait d'un titre de séjour ; dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. C soutient sans être contredit sur ce point lors des débats de l'audience par le représentant de la préfète du Val-de-Marne que la décision attaquée le fait basculer dans une situation irrégulière alors qu'il se trouvait depuis plusieurs années en séjour régulier sur le territoire français ; il est de plus empêché de poursuivre la formation professionnalisante où il s'est inscrit, de passer le permis de conduire et d'effectuer des stages à l'étranger dans le cadre de sa formation ; ces circonstances particulières justifient donc que la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 3° de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a opposé un refus à la demande de titre de séjour du requérant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La suspension prononcée implique que la demande de M. C soit réexaminée et que, pendant le temps de ce réexamen, il soit remis à l'intéressé un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire français et à y travailler, conformément aux dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre, après réexamen et dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision sur la demande de titre de séjour de M. C et de délivrer au requérant, dans l'attente de cette nouvelle décision, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfète du Val-de-Marne) une somme de 800 euros qui sera versée à M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de la préfète du Val-de-Marne née le

6 septembre 2022 refusant à M. C la délivrance d'un titre de séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, de réexaminer sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L'État (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 800 euros à M. C

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : J-R. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2209599

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