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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209606

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209606

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2022, et deux mémoires enregistrés les

14 et 16 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Ogier, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 5 septembre 2022, par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne lui a refusé le bénéfice d'un contrat de jeune majeur ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui proposer dans un délai de quarante heures le bénéfice d'une prise en charge en application de l'article

L. 225-5 du code de l'action sociale et des familles et à tout le moins de réexaminer sa demande dans un délai de quarante-huit heures ;

4°) de mettre à la charge du département une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- Le Conseil d'Etat considère qu'une rupture de prise en charge par l'aide sociale à l'enfance caractérise l'urgence.

- Cette décision le place dans une situation de précarité incontestable : la poursuite de sa scolarisation est mise en péril ; il a perdu le bénéfice de son hébergement ; il se retrouve sans ressource ; il est isolé et il aura de grandes difficultés à trouver un emploi ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- le département a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit en se fondant sur un critère qui ne suffisait pas à lui seul ; à savoir que titulaire d'un récépissé jusqu'en novembre 2022, il peut de ce fait prétendre à trouver un autre emploi ; or, il est isolé, sans abri, sans emploi, sans scolarisation et dépourvu de ressource, ce que le département devait prendre en compte ;

- le recours relève du plein contentieux et le juge doit se prononcer au regard de la situation qui est celle du jeune à la date à laquelle il statue ;

- au regard de la loi n°2022-1140 du 7 février 2022, le département était tenu de lui proposer une prise en charge ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- M. A ne relève pas d'une situation d'urgence : il a été accompagné pour concrétiser l'ensemble de ses démarches scolaires et administratives ; il a obtenu un CAP Réalisations industrielles en chaudronnerie ou soudage option chaudronnerie en juillet 2020 ; il a un compte bancaire ; il a eu un hébergement ; il a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 11 novembre 2022 qui l'autorise à travailler dans l'attente de sa carte de séjour ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'attribution d'un contrat de jeune majeur n'est qu'une possibilité et non une obligation ; il a été prise en charge pendant trois années ; il a bénéficié de ses droits à l'assurance maladie et à la complémentaire santé solidaire jusqu'au 31 juillet 2021 ; depuis le mois d'octobre 2017 jusqu'à la fin de sa prise en charge en octobre 2020, il n'a entrepris aucune démarche pour bénéficier des aides de droit commun ; il est dans l'immobilisme ; pourtant la fin de sa prise en charge a été annoncée bien en amont ; il a pris le parti de se laisser porter par l'administration alors qu'il est autonome et peut être suivi dans un dispositif de droit commun ;

- la décision est parfaitement motivée ; il a fait l'objet d'un entretien individuel ; sa situation personnelle a été prise en compte ; il a été pris en charge pendant plus de trois ans ; il ne doit plus relever du régime exceptionnel déjà mis en œuvre par le contrat jeune majeur jusqu'au 31 décembre 2020 ;

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête enregistrée sous le numéro 2209707 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2022, en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Crusoë substituant Me Ogier, représentant M. A qui persiste en tous points dans les termes de sa requête et précise qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de la loi du 7 février 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien, né le 27 octobre 2002, à Daloa (Côte d'Ivoire) est arrivé en France en 2017 ; il a fait l'objet d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne jusqu'au 27 octobre 2020, date de sa majorité ; il a bénéficié d'un contrat de jeune majeur jusqu'au 31 décembre 2020 ; il a à nouveau sollicité le bénéfice d'un contrat de jeune majeur le 8 juin 2022 ; par une lettre du 5 septembre 2022, le département a rejeté cette demande. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et l'article L. 522-1 dudit code dispose: " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code dispose : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur l'urgence :

5. La requête de M. A tend à la suspension de l'exécution de la décision de refus de contrat jeune majeur qui lui a été opposée par le président du conseil départemental de Seine-et-Marne le 5 septembre 2022 ; M. A soutient qu'il est actuellement dans une situation de grande précarité : il n'est plu scolarisé ; il a perdu le bénéfice de son hébergement ; il se retrouve sans ressource ; il est isolé et il aura de grandes difficultés à trouver un emploi en l'absence notamment de domicile stable ; par son argumentation en défense, le préfet de Seine-et-Marne qui se borne à faire état de la situation du requérant jusqu'en 2020, à l'exception de la détention par ce dernier, d'un récépissé de titre de séjour ne remet pas véritablement en cause ces circonstances particulières ; la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 précité doit dès lors être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 5 septembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a opposé un refus à la demande de contrat de jeune majeur du requérant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La suspension prononcée implique que la demande de M. A soit réexaminée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouve l'intéressé, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il soit besoin, en l'état actuel de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 800 euros qui sera versée à Me Ogier, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne du 5 septembre 2022 refusant à M. A un contrat de jeune majeur est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. A dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le département de Seine-et-Marne versera à Me Ogier conseil de M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au président du conseil départemental de Seine-et-Marne et à Me Ogier.

Le juge des référés,

Signé : J-R B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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