jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209642 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DJEUMAIN BAGNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 octobre 2022, le 31 janvier 2023, le 24 août 2023 et le 25 août 2023, Mme D B A, représentée par Me Djeumain Bagni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale dès lors que sa situation personnelle et familiale justifie que lui soit délivré un titre de séjour pour motif exceptionnel et humanitaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle n'est pas justifiée dès lors que la fraude alléguée est ancienne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision fixant le délai de retour à trente jours est illégale dès lors qu'elle travaille et est mère d'un enfant scolarisé en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jean,
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public,
- et les observations de Me Djeumain Bagni, représentant Mme B A.
Une note en délibéré présentée par Mme B A a été enregistrée le 29 septembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante angolaise, est entrée en France, selon ses déclarations, le 29 janvier 2013. Elle a obtenu un titre de séjour en 2017 dans le cadre de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, puis un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 18 février 2022. Par arrêté du 12 septembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 432-5, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne différents éléments de la situation personnelle et familiale de la requérante. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de Seine-et-Marne pour refuser sa demande de titre de séjour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, les moyens invoqués par Mme B A tirés de l'absence d'examen de sa situation personnelle et de l'insuffisance de motivation de cette décision doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déclaré être entrée en France le 29 janvier 2013, en tant que mineure non accompagnée âgée de 16 ans, qu'elle a été admise à l'aide sociale à l'enfance à compter du 18 février 2013 puis qu'elle a obtenu un titre de séjour en tant qu'étranger confié au service de l'aide sociale à l'enfance. Le 3 juin 2021, elle a sollicité la modification de sa date de naissance sur son titre de séjour, en produisant notamment une attestation de concordance du Consulat général de la République d'Angola à Paris, datée du 31 mai 2021, établissant que sa date de naissance était fixée au 22 avril 1991 et non au 22 décembre 1996 et qu'elle n'était donc pas entrée mineure sur le territoire français. Dans ces conditions, en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme B A au motif qu'elle ne remplissait plus les conditions pour détenir un titre de séjour en qualité d'étranger confié à l'aide sociale à l'enfance, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Si Mme B A fait valoir qu'elle est entrée en France en 2013, qu'elle justifie d'une insertion professionnelle et qu'elle est la mère d'un enfant né et scolarisé en France d'un père de nationalité portugaise, avec lequel elle s'est mariée le 22 avril 2023, de telles circonstances ne sont pas de nature, par elles-mêmes, à caractériser des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour en application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance desdites dispositions doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si Mme B A fait valoir qu'elle réside de manière habituelle sur le territoire français depuis 2013 et qu'elle est la mère d'un enfant né en France en 2019, dont le père, M. C, est de nationalité portugaise, les pièces produites à l'instance n'établissent ni la régularité du séjour en France de M. C, ni la réalité de leur vie commune antérieurement à la date de la décision attaquée. La requérante ne démontre pas non plus que M. C contribue à l'entretien et à l'éducation de leur fils. Enfin, l'intéressée ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, le père de l'enfant de Mme B A, résidait avec lui et participait à son éducation ou à son entretien à la date de la décision attaquée. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision en litige, qui n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer de son enfant, serait intervenue en méconnaissance des stipulations précitées.
8. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, sur la situation personnelle de Mme B A.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
10. Aux termes l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / (). ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne aurait, dans les circonstances de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à Mme B A, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé : A. Jean Le président,
Signé : N. Le Broussois
Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026