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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209779

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209779

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBENANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Benane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " commerçant " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- on ne peut lui opposer un quelconque délai de recours puisque l'arrêté ne comporte pas mention des voies et délais de recours ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en violation de l'article L. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'incompétence de son auteur dont le nom a été ajouté de manière manuscrite et qui ne justifie pas d'une délégation de signature ; au surplus, l'arrêté ne comporte pas le cachet de la préfecture ;

- il est entaché d'erreur de fait puisqu'il est titulaire d'un visa de circulation et non d'un visa de long séjour dont la préfecture du Val-de-Marne n'a pas sollicité la présentation tout au long de l'instruction de sa demande ; la préfète doit donc nécessairement être regardée comme ayant fait abstraction de l'exigence d'un tel visa et ne peut plus lui opposer dans son arrêté l'absence de production de ce visa ;

- le refus de titre querellé est entaché d'erreur de droit tirée de la méconnaissance par la préfète de l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il s'est vu reconnaitre un droit au séjour par suite de la délivrance d'un récépissé l'autorisant à exercer une activité commerciale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Freydefont, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, ressortissant algérien né le 23 mars 1968 à Bougara, a sollicité le 4 janvier 2022 de la préfète du Val-de-Marne un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, ce qui lui a été refusé par arrêté préfectoral du 22 avril 2022. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté de la préfète du Val-de-Marne.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " M. B doit être regardé comme soulevant un vice de forme entachant la régularité de l'arrêté litigieux qui ne comporte pas le cachet de la préfecture et dont le nom de sa signataire figure de manière manuscrite. Toutefois, la circonstance que le nom et la qualité de la signataire de l'arrêté du 22 avril 2022, à savoir la secrétaire générale Mireille Larrède, ont été écrits à la main n'entache pas l'arrêté en cause d'un vice de forme. De plus, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision administrative doive comporter le cachet de l'administration dont dépend son signataire. Au demeurant, l'arrêté comporte l'en-tête de la préfecture du Val-de-Marne, ce qui suffit à identifier sa signataire comme secrétaire générale de cette administration déconcentrée.

3. En deuxième lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, aux fins de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision de refus de séjour en litige ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations de droit et de fait du refus de titre opposé à M. B puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, et plus précisément ses articles 7 et 9, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que l'intéressé, qui a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ", n'a déclaré aucune date d'entrée en France sur le formulaire d'examen de situation rempli par ses soins, qu'il est titulaire d'un visa court séjour à entrées multiples valable du 10 octobre 2021 au 9 octobre 2023 pour une durée de séjour ne pouvant excéder 90 jours et qu'il ne justifie donc pas d'une entrée en France sous couvert d'un visa long séjour. L'arrêté mentionne également que la seule déclaration de la présence en France de l'épouse de M. B qui fait l'objet d'une même décision ainsi que de sa fille qui réside de manière régulière sur le territoire français en qualité d'étudiante ne suffit pas à démontrer que le requérant a établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Il s'ensuit que le refus de titre querellé est suffisamment motivé en droit comme en fait.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Sans préjudice des stipulations du Titre I du protocole annexé au présent accord et de l'échange de lettres modifié du 31 août 1983, les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

6. D'une part, M. B soutient qu'alors qu'il n'est titulaire que d'un visa de circulation et non d'un visa de long séjour, la préfecture du Val-de-Marne qui n'a pas sollicité tout au long de l'instruction de sa demande la présentation d'un visa long séjour, doit donc nécessairement être regardée comme ayant fait abstraction de l'exigence d'un tel visa et ne peut plus lui opposer dans son arrêté l'absence de production de ce visa. Toutefois, il résulte de la combinaison des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien précité que l'octroi d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " est subordonné à la production par le demandeur d'un visa de long séjour. Par suite, la préfète du Val-de-Marne pouvait régulièrement opposer à M. B l'absence de visa long séjour pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de commerçant, sans que puisse être opposé à cette autorité administrative le défaut de demande de présentation d'un tel visa pendant l'instruction.

7. D'autre part, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux, ni d'aucune des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas apprécié la situation de M. B au regard de l'ensemble des éléments produits au soutien de sa demande et qu'elle aurait estimé être en situation de compétence liée du fait de l'absence de visa long séjour. Par suite, le moyen d'erreur de droit tirée de la méconnaissance par la préfète de l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation sera écarté comme infondé.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même que le requérant se serait vu remettre un récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. B.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

M. Meyrignac, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé : C. Freydefont

Le président,

Signé : N. Le Broussois Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour exécution conforme,

Le greffier,

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