jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209781 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ESTEVENY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Esteveny, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 29 août 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Le requérant soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation privée et familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence.
La requête a été transmise à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par une décision du 16 novembre 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les observations de Me Esteveny, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malien né en 1991, est entré en France, selon ses déclarations, en octobre 2011. Il a déposé le 29 novembre 2021 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 29 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la requête précitée, l'intéressé sollicite l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 16 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur la légalité des décisions contestées :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, M. A, sous-préfet de l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne par arrêté n° 2021/659 en date du 1er mars 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour et, au demeurant, visé dans l'arrêté contesté, notamment à l'effet de signer les " décisions () relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". En vertu de l'article L. 435-1 de ce code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
5. M. C soutient qu'à la date du refus de titre de séjour contesté, il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans, de sorte que la préfète du Val-de-Marne était tenue de saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées. Cependant, les pièces versées ne sont pas de nature à établir sa présence effective et continue en France depuis plus de dix ans à la date du 29 août 2022, dès lors que le requérant n'a fourni, au titre des années 2013 et 2014, que des courriers relatifs à la carte solidarité transport, des attestations de chargement Navigo, des cartes de l'aide médicale d'Etat, des avis d'imposition ne mentionnant aucun revenu déclaré et un courrier de la Banque postale. Ces documents ne sont pas suffisants, à eux seuls, pour justifier de sa présence en France notamment au titre de ces deux années et donc d'une résidence habituelle depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée. Le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C, alors notamment qu'elle a relevé, au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour de l'intéressé, la production de multiples pièces à l'authenticité douteuse.
7. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision contestée est entachée de plusieurs erreurs de fait quant à son insertion professionnelleses conditions d'existence et sa maîtrise de la langue française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a produit devant la préfète du Val-de-Marne un grand nombre de pièces présentant des anomalies relatives à sa situation professionnelle. Si le requérant précise qu'il n'entend pas se prévaloir des bulletins de paie litigieux et qu'il n'est pas responsable des irrégularités en cause, il résulte des mentions du jugement n° 1707036 du 27 décembre 2018, cité dans l'arrêté contesté, que le tribunal saisi d'une requête tendant à l'annulation d'un précédent arrêté du 29 mai 2017 avait déjà constaté que l'intéressé avait produit de multiples documents de travail devant être regardés comme présentant un caractère frauduleux. Dans ces conditions, en se bornant à se prévaloir de l'existence de paiements effectués par des entreprises du bâtiment et de la production d'une promesse d'embauche, le requérant n'établit pas que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur de fait en considérant qu'il n'établissait pas son intégration professionnelle. Par ailleurs, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette autorité aurait commis une autre erreur de fait en indiquant une absence de maîtrise insuffisante de la langue française alors que l'évaluation de stage du 2 décembre 2012 précise qu'il ne s'exprime pas clairement et qu'il n'a réussi en janvier 2016 que l'examen de langue française qui permet d'obtenir le diplôme d'Études en langue française de niveau A1, qui correspond à un niveau " découverte " de la langue. Enfin, la préfète a constaté que l'intéressé s'était déclaré sans ressources dans le cadre de sa demande d'aide médicale d'Etat du 2 juillet 2020. Le moyen tiré de l'existence d'erreurs de fait doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. En l'espèce, M. C soutient qu'il est entré en France en 2011, qu'il y a construit sa vie d'adulte, qu'il a été hébergé par son frère et sa belle-sœur de nationalité française et qu'il a construit des liens très forts avec eux et leurs enfants. Toutefois, il est célibataire et sans enfant sur le territoire français, ne justifie pas de la durée de présence dont il se prévaut, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à un âge adulte et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national, inscrits dans la durée et la stabilité par la seule présence de son frère, de l'épouse de celui-ci et de leurs enfants. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français,
10. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
11. En second lieu, les moyens tirés du vice d'incompétence, du défaut d'examen et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination,
12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
13. En second lieu, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 29 août 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant au bénéfice des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Esteveny et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,
Signé : I. BILLANDON
Le greffier,
Signé : G. NGASSAKI
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026