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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209796

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209796

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, M. D A B, représenté par Me Roques, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a ordonné le retrait de son passeport et de sa carte nationale d'identité ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la préfète n'a pas communiqué l'intégralité de son dossier malgré une demande en ce sens ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas apporté la preuve qu'il aurait commis une fraude ou qu'il existerait un doute suffisant sur son identité ou sur sa nationalité et que le certificat de nationalité française n'a pas été annulé par l'autorité judicaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 janvier 2021, il a été porté à la connaissance de l'administration que

deux personnes revendiquaient l'identité de M. D A B, né le 8 mai 1971 à Koimbani Oichili (Comores), ces deux personnes détenant des documents d'identité français. Par une décision du 8 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a ordonné à l'une des deux personnes se présentant comme étant M. D A B de remettre ses titres d'identité le 17 octobre suivant en préfecture. Par la présente requête, cette personne demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur le droit applicable :

2. Il résulte de l'ensemble des dispositions des articles 2, 4 et 4-1 du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité, et des articles 4, 5 et 5-1 du décret

n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, qui définissent les conditions de délivrance de ces documents d'identité ainsi que les moyens de preuve devant être présentés à l'appui d'une demande de délivrance ou de renouvellement, qu'il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, et au vu des pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou d'une carte nationale d'identité ou des autres éléments qui seraient, le cas échéant, en leur possession, que l'identité et la nationalité du demandeur ou du titulaire de documents d'identité sont établies, et que seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou le retrait de tels documents.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Mireille Larrede, secrétaire générale de la préfecture du Val-de-Marne, qui avait reçu compétence pour ce faire par un arrêté de la préfète du Val-de-Marne n° 2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En l'espèce, la décision contestée mentionne qu'il ressort de l'enquête administrative diligentée par la préfecture que la personne se disant M. D A B a été reconnu, par le ministère de l'intérieur, comme l'usurpateur de l'identité de M. D A B, de sorte que les titres d'identité français établis sous ce nom lui ont été indûment délivrés. La décision comporte ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondée la préfète du Val-de-Marne. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait de la décision contestée est par conséquent infondé.

6. En troisième lieu, à supposer que le requérant soulève un moyen tiré de ce que la préfète n'aurait pas répondu à la demande de communication de documents présentée le 12 septembre 2022, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'état civil de M. D A B, né le 8 mai 1971 à Koimbani Oichili (Comores), de nationalité française, est revendiqué par deux personnes différentes. Le ministre de l'intérieur, après avoir conduit une enquête pour usurpation d'identité, en a déduit que la carte nationale d'identité et le passeport du requérant lui avaient été délivrés indûment. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que, dans le cadre de cette enquête, le père de M. D A B, M. A B né en 1947, a identifié comme son fils l'autre personne revendiquant l'identité, ainsi qu'il ressort de l'attestation d'identification du 6 janvier 2021, et a signalé que son fils avait été victime d'une usurpation d'identité en 2010 et qu'il avait déposé plainte, ainsi qu'il ressort du compte rendu d'audition du père de l'identité du 6 janvier 2021. Il ressort également des pièces du dossier que l'autre personne revendiquant cette identité a été relaxé, par un jugement du tribunal de grande instance de Créteil le 30 novembre 2010, de l'infraction d'obtention frauduleuse de document administratif.

8. Si le requérant produit, afin d'établir son identité, un acte de naissance au nom de

M. D A B ainsi que celui de M. A B, père de l'identité, les autres documents produits, à savoir le certificat de nationalité française du 26 août 1983, les déclarations de revenus de 1994 à 2006, la carte d'identité délivré en 1993 dont la photo n'est pas lisible, un passeport délivré le 13 mai 2005 ainsi que le permis de conduire délivré le 9 octobre 2006, indiquent comme nom de famille " A " et non " B ", de sorte que ces éléments ne permettent pas d'écarter le doute concernant l'état civil du requérant, alors que le père de l'identité ne l'a pas reconnu comme son fils. En outre, si le requérant soutient que le certificat de nationalité française crée à son profit une présomption de nationalité, la décision attaquée remet en cause non sa nationalité mais son identité.

9. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un doute suffisant sur l'identité de l'intéressé et, par suite, lui ordonner de restituer sa carte d'identité et son passeport.

10. En dernier lieu, la décision attaquée est fondée sur l'existence d'un doute concernant l'identité du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'absence de fraude doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme C, Lina Bousnane, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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