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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209899

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209899

vendredi 1 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, Mme D C, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception tirée de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception tirée de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 1er septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 4 octobre 2023 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été prise le 5 octobre 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité camerounaise, est entrée en France le 12 avril 2018 sous couvert d'un visa C valable jusqu'au 13 février 2019 et a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. Par le présent recours, la requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au journal officiel de la République française (texte n° 62). Celui-ci était compétent tant pour prendre la décision attaquée que la signer. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut ainsi qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et rappelle les principaux éléments relatifs à la situation administrative, professionnelle et familiale de la requérante. Dès lors, elle comporte les considérations de droit et de fait qui en sont le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne s'est livré à un examen complet de la situation de la requérante.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Mme C soutient qu'elle réside habituellement en France depuis avril 2018, qu'elle a travaillé, que résident en France son frère et ses deux enfants et qu'elle est dépourvue de toutes attaches familiales au Cameroun. D'une part, il ressort des pièces du dossier que ses enfants sont majeurs et que seule sa fille est titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiant valide à la date de la décision attaquée et que, si elle justifie de la nationalité française de son frère, elle n'établit pas qu'elle entretiendrait des liens particuliers avec ce dernier qui vit à Lille. D'autre part, si elle se prévaut de la conclusion de plusieurs contrats de travail à durée indéterminée signés le 3 septembre 2018, le 25 mai 2021 et le 11 mars 2022 en qualité d'assistante administrative dans diverses sociétés ainsi que d'un contrat à durée déterminée en qualité d'aide ponctuelle du 7 décembre 2020 au 18 décembre 2020 et produit ses bulletins de paie de septembre à octobre 2018, de décembre 2020, de janvier 2021, de mai à août 2021, ainsi que de mars à septembre 2022, ainsi qu'une lettre d'une entreprise souhaitant l'embaucher, de telles pièces ne suffisent pas à établir qu'elle bénéficie d'une situation professionnelle stable et durable à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que son admission au séjour en France répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels et que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour opposée à Mme C n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si les enfants de la requérante résident en France, ils sont toutefois majeurs et sa fille est la seule en possession d'un titre de séjour valide à la date de la décision attaquée, titre qui n'est d'ailleurs qu'un titre de séjour " étudiant " qui ne lui confère pas vocation à s'installer sur le territoire français. Par ailleurs, la requérante n'établit pas entretenir des liens particuliers ni avec ses enfants, ni avec son frère, de nationalité française, qui réside à Lille. Si elle soutient être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, elle ne justifie pas être dépourvue de toutes attaches personnelles au Cameroun où elle a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée.

13. En second et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Mme C soutient qu'elle a fui son pays d'origine car elle y était en danger en raison des violences subies par sa belle-famille à la suite du décès de sa fille ainée. Par ailleurs, elle fait valoir qu'elle était en concubinage avec un activiste politique et craignait des persécutions de la part des autorités camerounaises. Toutefois, la requérante n'établit pas la réalité des risques actuels et personnels auxquels elle serait exposée au Cameroun à raison de sa situation familiale et des opinions politiques de son ancien compagnon. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Seine-et-Marne du 27 juillet 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Hug et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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