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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209902

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209902

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022 sous le numéro 2209909, Madame D a demandé l'annulation de la décision contestée de la préfète du Val-de-Marne.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 8 novembre 2022, présenté son rapport en présence de Mme Zdini, greffière d'audience, et entendu les observations de M. de Sèze, représentant Madame D, requérante, absente, qui maintient que son dossier était complet, qu'elle est en droit de bénéficier d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail et que ce nom est bien celui qui figure sur son visa d'entrée,

La préfète du Val-de-Marne, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B D, ressortissante afghane née le 6 octobre 1991 à Kaboul, est entrée en France le 14 janvier 2022 munie d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Téhéran (Iran). Elle venait rejoindre son époux, M. F D, reconnu réfugié et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 9 mai 2031. Celui-ci avait demandé à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides un changement de nom patronymique aux fins de substituer celui de A, soit celui de sa mère, à son nom de naissance, D. Dans sa demande de réunification familiale, M. A avait porté comme nom de son épouse celui de E, nom de naissance de son épouse, et non D, de sorte que le certificat de mariage établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mentionne comme nom de l'intéressée celui de Diana E. A l'expiration de son visa de long séjour, Mme D a saisi la préfecture du Val-de-Marne (sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses) d'une demande de titre de séjour portant la mention " réfugié et les membres de leur famille " (article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile). Le dossier de demande a été présenté le 21 juin 2022 mais Madame D ne s'est pas vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour, au motif de la discordance entre le nom porté sur sa demande et celui porté sur le certificat de mariage. Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, elle a demandé au présent tribunal d'annuler ce qu'elle considère être une décision de refus de délivrance d'un tel récépissé de demande de titre de séjour, dont elle sollicite également, par sa requête enregistrée le même jour, la suspension de son exécution.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 20 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur l'urgence

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. En l'espèce, Madame D, épouse de réfugiée politique, a déposé une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas contesté que le dossier déposé le 21 juin 2022 en sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses était complet, sous réserve de la rectification d'une erreur dans le certificat de mariage demandée dès le 1er juillet 2022 à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Eu égard aux diligences faites par l'intéressée pour voir rectifier les documents d'état civil produits à l'appui de sa demande et au fait qu'elle n'a pas en tout état de cause à souffrir des délais d'instruction de l'administration, la requérante doit être considérée comme faisant valoir des circonstances particulières permettant de considérer comme satisfaite la condition d'urgence.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige

7. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : 1° Son conjoint, son partenaire avec lequel il est lié par une union civile ou son concubin, s'il a été autorisé à séjourner en France au titre de la réunification familiale dans les conditions prévues aux articles L. 561-2 à L. 561-5 ; () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

8. Ainsi qu'il l'a été dit au point 6, Madame D a été admise à déposer son dossier de demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié le 21 juin 2022 en sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses. L'administration ne soutenant pas que ce dossier aurait été incomplet au sens des dispositions rappelées au point précédent mais faisant valoir uniquement, à l'appui de ses conclusions aux fins de non-lieu, qu'il avait été demandé à la requérante de produire un acte de mariage comportant les noms rectifiés, demande qui a été faite dès le 1er juillet 2022 aux autorités compétentes en la matière, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 7 par la préfète du Val-de-Marne, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à Madame D un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de membre de famille de réfugié, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

12. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.

13. La présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à Madame D un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille de réfugié, implique seulement qu'il lui soit délivré une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, en attendant qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

14. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à l'intéressée, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, valable jusqu'au jugement de la requête en annulation présentée par Madame B D le 12 octobre 2022, sans qu'il soit besoin à ce stade de fixer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.000 euros qui sera versée à Me Jean de Sèze, conseil de Madame D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à Madame D un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille de réfugié est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Madame D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de membre de famille de réfugié avec autorisation de travail, valable jusqu'au jugement de la requête en annulation présentée le 12 octobre 2022.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1.000 euros à Me Jean de Sèze, conseil de Madame B D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, à Me Jean de Sèze et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°220990

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