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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209916

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209916

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET GAIA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a examiné la requête de la SARL Marinha contestant l'arrêté du 16 mai 2022 ordonnant la fermeture administrative de son établissement "Le Marinha" pour des manquements à la sécurité incendie, ainsi que l'arrêté du 16 septembre 2022 refusant l'autorisation de travaux de mise en conformité. La société invoquait notamment un défaut de motivation, une erreur de droit et une erreur d'appréciation, et demandait réparation de ses préjudices. Le tribunal a relevé d'office l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires fondées sur une carence fautive de la commune, ce fait générateur n'ayant pas été soulevé dans la réclamation préalable. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait, mais le jugement s'appuie sur le code des relations entre le public et l'administration, le code de la construction et de l'habitation, et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 octobre 2022, 25 mai 2023 et 3 août 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Marinha, représentée par Me Portelli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la maire de Gentilly a ordonné la fermeture administrative de l'établissement recevant du public " Le Marinha " qu'elle exploite au 38, rue d'Arcueil à Gentilly jusqu'à la remédiation des désordres constatés par la commission communale de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public de Gentilly ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel la maire de la commune de Gentilly a refusé d'autoriser la réalisation de travaux de modification de l'établissement recevant du public " Le Marinha " ;

3°) de condamner la commune de Gentilly à lui verser la somme de 219 777, 63 euros au titre du préjudice financier qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité des arrêtés des 16 mai 2022 et 16 septembre 2022 et de la carence fautive de la commune de Gentilly à autoriser la reprise de son exploitation dans un délai raisonnable, ainsi que la somme de 6 000 euros au titre de son préjudice d'image ;

4°) de prononcer une astreinte de 500 euros par jour de retard en cas d'inexécution du présent jugement ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Gentilly une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 16 mai 2022 est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le non-respect des normes d'accessibilités aux personnes handicapées des hôtels et restaurant ne pouvant pas légalement lui être opposé pour trente-sept chambres ;

- il est entaché d'une erreur de droit, la durée de fermeture de l'établissement excédant la durée maximale de fermeture prévue par l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ;

- il est entaché d'inexactitudes matérielles et d'une erreur d'appréciation dès lors que les désordres relevés ne sont pas établis et ne justifiaient en tout état de cause pas la fermeture de l'établissement ;

- l'arrêté du 16 septembre 2022 révèle la volonté de la commune de Gentilly d'empêcher le fonctionnement de l'établissement " Le Marinha " ;

- elle a subi un préjudice financier qui doit être évalué à 219 777, 63 euros et un préjudice d'image qui doit être évalué à 6 000 euros du fait de l'illégalité des arrêtés des 16 mai 2022 et 16 septembre 2022 et de la carence de l'autorité administrative à autoriser la reprise de son exploitation dans un délai raisonnable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, la commune de Gentilly, représentée par Me Peru, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros lui soit versée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Le Marinha ne sont pas fondés.

Par un courrier du 17 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires fondées sur la carence fautive à autoriser la réouverture de l'établissement " Le Marinha " dans un délai raisonnable, ce fait générateur n'ayant pas été invoqué dans la réclamation préalable indemnitaire de la société Le Marinha, de sorte que le contentieux n'a pas été lié à cet égard.

Un mémoire présenté par la société Le Marinha a été enregistré le 23 septembre 2024 en réponse au moyen relevé d'office et a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- les observations de Me Portelli, représentant la SARL Le Marinha,

- et les observations de Me Astre, substituant Me Peru, représentant la commune de Gentilly.

Considérant ce qui suit :

1. La société Marinha exploite l'hôtel-restaurant " Le Marinha ", établissement recevant du public de 5ème catégorie d'une capacité inférieure à 300 personnes et de type O (hôtel et autres établissements d'hébergement). Par un arrêté du 16 mai 2022, la commune de Gentilly a prononcé la fermeture administrative de l'établissement, jusqu'à la remédiation des désordres constatés les 13 avril et 23 novembre 2021 par la commission communale de Gentilly pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public. Par un courrier réceptionné par la commune de Gentilly le 15 juin 2022, la SARL Le Marinha a formé un recours gracieux contre cet arrêté et a demandé l'indemnisation des préjudices financier et d'image qu'elle estime avoir subis du fait de son illégalité. Parallèlement, la société Le Marinha a déposé le 24 mai 2022 une demande d'autorisation de réaliser des travaux de mise en conformité au sein de l'établissement " Le Marinha ". La maire de la commune de Gentilly s'est opposée à cette demande d'autorisation de travaux le 16 septembre 2022, suivant l'avis défavorable rendu le 29 juin précédent par la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité. La société requérante demande l'annulation des arrêtés du 16 mai 2022 et du 16 septembre 2022 ainsi que la condamnation de la commune de Gentilly à lui verser la somme totale de 225 777, 63 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces arrêtés et de la carence fautive de l'autorité de police à autoriser la reprise de son exploitation dans un délai raisonnable.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 16 mai 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté du 16 mai 2022 cite les dispositions du code de la construction et de l'habitation sur lesquelles il se fonde, vise l'avis de la commission communale de sécurité du 23 novembre 2021, précise que l'établissement poursuit son exploitation commerciale sous avis défavorable depuis 1998 sans qu'aucune mise en conformité n'ait été effectuée, ni d'autorisation de travaux demandée, et mentionne que la poursuite de l'exploitation de cet établissement fait encourir des risques au public qui le fréquente. En outre, son article 3 liste les désordres constatés qui doivent faire l'objet d'une mise en conformité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la SARL Le Marinha soutient que l'arrêté en litige ne pouvait être édicté alors que l'établissement respecte les différentes obligations prévues par l'arrêté du 8 décembre 2014 relatif à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public. Elle précise que l'hôtel a un accès direct depuis la rue d'Arcueil par une porte en deux vantaux de 1, 50 mètres, que le restaurant a effectué tous les travaux nécessaires pour accueillir des personnes handicapées, que l'hôtel ne reçoit pas de personnes à mobilité réduite, que les sanitaires du restaurant sont équipés de voyants lumineux destinés aux personnes malentendantes, que rien n'imposait à l'hôtel de se doter d'un ascenseur, qu'un système de déclenchement des alarmes a été mis en place, ainsi que des blocs de secours, et enfin que les locaux sont protégés contre les risques d'incendie. Toutefois, aucun de ces éléments n'a été relevé par la commune de Gentilly au titre des non-conformités justifiant la fermeture de l'établissement " Le Marinha ". Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux et dans le cadre de leurs compétences respectives, le maire ou le représentant de l'Etat dans le département peuvent par arrêté, pris après avis de la commission de sécurité compétente, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité. / () ".

6. Si la SARL Le Marinha soutient que la commune de Gentilly ne pouvait légalement attendre le 8 mars 2023 pour autoriser la réouverture de l'établissement, dès lors que l'article L. 3332-15 du code de la santé publique fixe à six mois la durée maximale d'une fermeture administrative, la commune de Gentilly ne s'est pas fondée sur cet article mais sur les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation pour édicter l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. En quatrième et dernier lieu, la société Le Marinha fait valoir que l'arrêté est entaché d'inexactitudes matérielles et d'une erreur d'appréciation. Tout d'abord, si elle soutient que " la société Expert Gaz et Eau a vérifié, lors d'une intervention le 3 mars 2022, les installations de gaz et le conduit de ramonage ", elle ne l'établit par aucune pièce. En outre, elle fait valoir qu'un diagnostic de solidité du mur porteur du restaurant a été réalisé en 2021 et a permis de constater que " l'examen du plancher du rez-de-chaussée à proximité des appuis de portique ne montre aucun fléchissement ou dégradation de la dalle pouvant suggérer un affaiblissement de la structure ". Toutefois, l'arrêté attaqué ne relève pas l'existence d'un tel affaiblissement de la structure mais constate qu'une structure métallique destinée au renforcement du plancher haut de la cuisine a été installée sans autorisation, ce que la société requérante ne conteste pas. Enfin, en se bornant à faire valoir que " le restaurant ne peut contenir autant de désordres, sinon il aurait été dans l'impossibilité de rouvrir ", alors qu'il est constant que des travaux de mise en conformité ont été autorisés le 11 janvier 2023 avant que la reprise de l'exploitation ne soit autorisée le 8 mars 2023, postérieurement à la décision contestée, elle ne conteste pas sérieusement la matérialité des désordres constatés et fondant l'arrêté du 16 mai 2022. La société requérante n'est dans ces conditions pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur de fait et d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 16 mai 2022 serait entaché d'illégalité. Les conclusions présentées par la SARL Le Marinha à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 16 septembre 2022 :

9. Pour contester la légalité de l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le maire de Gentilly a refusé d'autoriser les travaux de modification de l'établissement " Le Marinha ", la société requérante se borne à soutenir que l'édiction de cet arrêté révèle la volonté de la municipalité d'empêcher le fonctionnement de l'établissement. Toutefois, la SARL Le Marinha n'apporte aucun élément de nature à établir que l'arrêté du 16 septembre 2022 aurait été pris dans un tel but, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il fait suite à l'avis défavorable rendu le 29 juin 2022 par la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité au motif que le dossier de demande d'autorisation de travaux ne permettait pas de vérifier le respect par l'établissement de la réglementation en matière d'accessibilité. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas non plus fondée à soutenir que l'arrêté du 16 septembre 2022 serait entaché d'illégalité. Par conséquent, les conclusions présentées par la SARL Le Marinha à fin d'annulation de cette décision doivent également être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. D'une part, il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la maire de la commune de Gentilly a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Le Marinha " jusqu'à la remédiation des désordres constatés par la commission communale de Gentilly pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ainsi que l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le maire, agissant au nom de l'Etat, a refusé d'autoriser la réalisation de travaux de modification d'un établissement recevant du public ne sont entachés d'aucune illégalité. Par suite, sans qu'il soit besoin de déterminer la personne publique responsable, les conclusions tendant à obtenir la réparation des préjudices que la société requérante estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces arrêtés doivent être rejetées.

12. D'autre part, si la SARL Marinha demande l'engagement de la responsabilité de la commune de Gentilly du fait de la faute qu'elle aurait commise en autorisant la réouverture de l'établissement " Le Marinha " dans un délai anormalement long, il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire préalable adressée par la société requérante le 15 juin 2022 se fondait exclusivement sur l'illégalité fautive de l'arrêté du 16 mai 2022. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait effectivement adressé à la personne publique responsable, antérieurement ou postérieurement à l'introduction de sa requête, une autre demande indemnitaire relative aux préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la carence fautive alléguée, ses conclusions indemnitaires, qui reposent sur un fait générateur distinct, constituent des demandes nouvelles irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés attaqués ainsi que les conclusions indemnitaires, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées, qui au demeurant ne sont pas présentées au soutient d'une demande d'injonction, ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société Le Marinha au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Gentilly qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

15. En revanche, pour l'application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la société Le Marinha la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Gentilly et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Le Marinha est rejetée.

Article 2 : La SARL Le Marinha versera à la commune de Gentilly une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Le Marinha et à la commune de Gentilly.

Copie en sera adressée à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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