Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 14 octobre 2022, 26 novembre 2022, 30 octobre 2025 et 20 février 2026, la société de transports ambulanciers Ourson bleu, représentée par Me Giorno, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne à lui verser la somme de 26 239,58 euros correspondant aux factures impayées relatives à ses frais d’attente, augmentée des intérêts moratoires à compter de la mise en demeure du 17 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge des Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en refusant de s’acquitter des sommes facturées au titre de ses frais d’attente, dont la facturation était prévue à l’annexe 2 b à l’acte d’engagement, à hauteur de 35 euros par tranche de 15 minutes au-delà des premières trente minutes d’attente, les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne ont manqué à leurs obligations contractuelles ;
- à titre subsidiaire, elle demeure fondée à solliciter le versement de la somme réclamée sur le fondement de la responsabilité quasi-contractuelle pour enrichissement sans cause ;
- le retard de paiement imputable aux Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne implique le paiement d’intérêts de retard et de frais de recouvrement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2026, les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne, représentés par Me Pouillaude, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société de transports ambulanciers Ourson bleu une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’une décision explicite de rejet du 7 octobre 2022 s’est substituée à la décision implicite attaquée rejetant la demande de la société de transports ambulanciers Ourson bleu et qu’en tout état de cause, cette dernière n’a pas respecté la procédure de règlement des différends prévue par le cahier des clauses administratives générales applicable au marché en litige ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Un mémoire, produit par les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne le 11 mars 2026, n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- l’arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Delamotte ;
- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique ;
- les observations de Me Giorno, représentant la société de transports ambulanciers Ourson bleu ;
- les observations de Me Bourgoin-Verdier, représentant les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne.
Considérant ce qui suit :
Par acte d’engagement du 20 décembre 2019, la société de transports ambulanciers Ourson bleu s’est vue attribuer par le Groupement Hospitalier de Territoire 94 Nord (le GHT 94 Nord), devenu les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne, composé des Hôpitaux de Saint-Maurice et du centre hospitalier Les Murets, ainsi que par l’Hôpital d’instruction des armées Bégin, membre associé du groupement, le lot n° 7a du marché public relatif aux transports sanitaires terrestres des patients du GHT 94 Nord. Ce marché a été conclu sous la forme d’un accord-cadre à bons de commande, pour une première période de 24 mois. S’agissant des Hôpitaux de Saint-Maurice, la notification du marché indiquait que l’exécution des prestations commencerait le 18 avril 2020. Par courrier des 29 février 2021 et 1er avril 2021, les hôpitaux de Saint-Maurice ont refusé de s’acquitter des sommes facturées par la société de transports ambulanciers Ourson bleu correspondant aux temps d’attente non réglés. Par courrier du 20 août 2021, les hôpitaux de Saint-Maurice ont indiqué à la société que le marché ne serait pas reconduit à échéance, le 30 novembre 2021. Par courrier du 16 juin 2022, la société de transports ambulanciers Ourson bleu a mis en demeure les Hôpitaux de Saint-Maurice de lui régler les sommes facturées correspondant aux temps d’attente pour un montant de 26 239,58 euros, augmentées des intérêts moratoires et des frais de recouvrement. Par courrier du 7 octobre 2022, les hôpitaux de Saint-Maurice ont refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, la société de transports ambulanciers Ourson bleu doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne à lui verser la somme de 26 239,58 euros correspondant aux factures impayées relatives à ses frais d’attente, augmentée des intérêts moratoires à compter de la mise en demeure du 17 juin 2022.
Sur les conclusions indemnitaires :
En premier lieu, aux termes de l’article 7.1. du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en litige : « Le marché est traité à prix unitaire et forfaitaire sur la base des prix figurant dans les bordereaux de prix, majorés des éventuelles droits de péage et des temps d’attente, qui seront payés au Titulaire sur présentation d’un justificatif. Les prix sont fermes pendant toute la période initiale du marché. La tarification du candidat devra obligatoirement répondre aux stipulations du bordereau des prix (cf. annexes). Toute offre relative à une tarification « au temps » sera systématiquement rejetée (…). / Le prix du transport (assis ou allongé) couvre les charges suivantes : La mise à disposition du véhicule, de l’équipement et de l’équipage adéquat (…) ». Aux termes de l’article 24.5. du CCAP : « Les transports réalisés en ambulance para-médicalisée doivent s’effectuer avec un chauffeur, une infirmière diplômée d’Etat ou une puéricultrice diplômée d’Etat (…) ».
Aux termes de ses écritures produites dans le cadre de la présente instance ainsi qu’aux termes de son courrier de mise en demeure du 16 juin 2022, la société de transports ambulanciers Ourson bleu a sollicité le paiement de temps d’attente correspondant à « l’attente effectuée par l’équipage lors de la consultation ou de l’examen pratiqué sur le patient lors d’un transport aller-retour ». Toutefois, il résulte d’un courrier adressé par la société de transports ambulanciers Ourson bleu aux Hôpitaux de Saint-Maurice le 8 février 2021 que, sous le libellé « temps d’attente », la société a entendu facturer « la prestation médicale de l’infirmière durant le transport du patient et ce au-delà de trente minutes ». Dès lors qu’il n’est pas possible de déterminer avec précision la prestation à laquelle correspond la ligne « ATTENTE » figurant sur les factures produites par la société de transports ambulanciers Ourson bleu, cette dernière n’est pas fondée à engager la responsabilité contractuelle des Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne. En tout état de cause, à supposer que la société requérante ait entendu facturer, sous cette appellation, les prestations réalisées par l’infirmière présente dans le véhicule au-delà de trente minutes de transport, cette prestation est déjà incluse dans le tarif kilométrique mentionné dans le bordereau des prix unitaires annexé au contrat et ne pouvait donner lieu à une facturation supplémentaire. Au surplus, il résulte de l’instruction que ledit bordereau, figurant en annexe 2b à l’acte d’engagement du 20 décembre 2019, prévoit la facturation du temps d’attente supérieur à trente minutes pour un montant de 35 euros par tranche de quinze minutes. Si la société de transports ambulanciers Ourson bleu indique que l’acheteur a cessé de s’acquitter des frais d’attente au mois d’octobre 2020, il résulte également de l’instruction que, par courriels des 7 et 19 octobre 2020 puis par courriers des 19 janvier 2021 et 1er avril 2021, le GHT 94 Nord a sollicité, d’une part, des justificatifs de ces temps d’attente et, d’autre part, des précisions sur la nature des prestations incluses sous l’intitulé « temps d’attente ». Or, la société de transports ambulanciers Ourson bleu, qui a indiqué, par courriel du 20 octobre 2020, prendre attache avec son informaticien afin de déterminer s’il était possible de fournir des états de géolocalisation de ses ambulances, ne démontre pas avoir communiqué de tels justificatifs aux Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne. La société requérante a produit, dans le cadre de la présente instance, des factures mentionnant des temps d’attente et les bons de commande correspondants. Ces factures comportent des indications distinctes selon qu’elles concernent un aller simple ou un aller-retour. S’agissant des factures afférentes à un aller simple, la seule mention de l’heure de départ et de l’heure d’arrivée à destination ne permet pas de justifier le temps d’attente facturé. S’agissant des factures afférentes à un aller-retour, la mention de l’heure de prise en charge du patient à l’aller et de l’heure de fin de prise du patient au retour sont également insuffisantes, à défaut de précision sur l’heure de prise en charge du patient par les équipes médicales de l’établissement de destination, pour démontrer l’exactitude du temps d’attente facturé. Par suite, en l’absence de justificatifs suffisants, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par les Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne, la société de transports ambulanciers Ourson bleu n’est pas fondée à solliciter le paiement des temps d’attente qu’elle a facturés aux Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne, ainsi que des intérêts de retard et des frais de recouvrement, augmentée des intérêts de retard.
En second lieu, la société de transports ambulanciers Ourson bleu, qui était liée au groupement hospitalier par un accord-cadre, ne peut exercer, afin d’obtenir le paiement des factures litigieuses, d’autre action que celle procédant de l’engagement de la responsabilité contractuelle des Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne. Dans ces conditions et à défaut pour les parties d’invoquer la nullité du contrat, la société de transports ambulanciers Ourson bleu n’est pas fondée à solliciter l’engagement de la responsabilité quasi-contractuelle de la commune.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société de transports ambulanciers Ourson bleu au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la société de transports ambulanciers Ourson bleu la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société de transports ambulanciers Ourson bleu est rejetée.
Article 2 : La société de transports ambulanciers Ourson bleu versera la somme de 1 500 euros aux Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société de transports ambulanciers Ourson bleu et à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée aux Hôpitaux Paris Est Val-de-Marne.
Délibéré après l’audience du 13 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Janicot, présidente,
M. Delamotte, conseiller,
M. Teste, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
Le rapporteur,
Signé : C. DELAMOTTE
La présidente,
Signé M. JANICOT
La greffière,
Signé S. DOUCHET
La République mande et ordonne au ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,