mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209977 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre, JU |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 octobre 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Melun, le président du tribunal administratif de Paris a, en vertu des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le
7 octobre 2022, M. B demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 en tant que le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office
3°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois ;
4°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission ;
5°) d'enjoindre au préfet de police de lui fixer un rendez-vous dans le délai de trente jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour à compter de la date du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à verser à son conseil, lorsqu'il aura été désigné, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
M. B doit être regardé comme soutenant que :
- le préfet de police n'a pas suffisamment motivé, en droit et en fait, les décisions attaquées ;
- il n'a pas procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;
- lors de son interpellation par les services de police, il n'a pas été mis en mesure de produire les justificatifs de sa situation personnelle et familiale ;
- le préfet de police a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- il a méconnu l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les décisions attaquées ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 18 janvier 2023, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été déclarée caduque.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Réchard, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard ;
- et les observations de Me Stoyanova, représentant M. B, absent, qui indique qu'elle n'a pas rencontré le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui précise en outre que M. B est marié, que son épouse travaille et que leurs deux enfants sont scolarisés en France ; elle fait également valoir que M. B a quitté le territoire français après le premier rejet de sa demande d'asile et que l'ensemble de sa vie privée et familiale est établi en France.
Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 13h54.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né le 1er mai 1987 à Senaki (Géorgie), a présenté une première demande d'asile qui a été rejetée en 2018, à la suite de laquelle il a fait l'objet d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français prononcée le 16 mai 2018 par le préfet de la Loire. Par un jugement du 17 octobre 2018, le tribunal administratif de Lyon a rejeté le recours introduit par M. B tendant à l'annulation de cette décision. L'intéressé a présenté en 2021 une nouvelle demande d'asile qui a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 29 novembre 2021, rejet confirmé par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 5 mai 2022. A l'occasion de l'interpellation de M. B le 4 octobre 2022 par les services de police à Paris pour des faits d'infractions à la législation sur les stupéfiants, le préfet de police a pris à son encontre deux arrêtés le 5 octobre 2022 par lesquels il l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et d'autre part, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation du premier de ces arrêtés en tant que le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi et l'annulation du second arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 18 janvier 2023, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a prononcé la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
4. La décision du 5 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. Par ailleurs, elle relate les circonstances dans lesquelles la demande d'asile du requérant a été rejetée et fait état de sa situation administrative, personnelle et familiale. Par suite, la décision par laquelle le préfet de police a obligé le requérant à quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée.
6. La décision par laquelle le préfet de police a fixé le pays de destination vise la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3, précise la nationalité de M. B, en l'espèce géorgienne, et mentionne que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision fixant le pays de renvoi comporte les considérations suffisantes de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
7. Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles () L. 612-8 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
8. Contrairement à ce que soutient M. B, les termes de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, laquelle vise les textes internationaux et ceux du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde, attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale de la situation de l'intéressé et mentionne que celui-ci représente une menace à l'ordre public au regard des motifs de son interpellation, qu'il ne justifie pas de sa situation personnelle et familiale, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée le 16 mai 2018 par le préfet de la Loire. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour en France est insuffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions en litige qui sont suffisamment motivées, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de M. B. Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, M. B soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de produire les justificatifs de sa situation personnelle et familiale. Le droit d'être entendu avant le prononcé d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est pas susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
11. En se bornant à soutenir qu'il a été empêché de produire les justificatifs de sa situation personnelle et familiale, sans préciser les éléments qu'il aurait été susceptible de présenter à l'autorité administrative et qui auraient pu influer sur le sens de la décision, et sans d'ailleurs produire le moindre justificatif au soutien de sa requête, l'intéressé, qui a fait l'objet de plusieurs auditions par les services de police lors de sa garde à vue du 4 au 5 octobre 2022, n'établit pas que le préfet a entaché ses décisions d'un vice de procédure tenant à son droit à produire les pièces relatives à sa situation. Le moyen sera donc écarté.
12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Le requérant qui soutient que le préfet de police a porté " une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale et/ou méconnaît l'intérêt supérieur [de ses] deux enfants mineurs " doit être regardé comme soutenant que le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. Toutefois, si le requérant se prévaut de son mariage avec une compatriote et des deux enfants mineurs du couple, il ne produit aucune pièce au soutien de son moyen et n'établit ainsi pas la réalité de sa situation familiale. Il ne se prévaut par ailleurs pas d'une insertion sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France du requérant, qui ne démontre ni n'allègue par ailleurs être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine au sein duquel il a vécu la majeure partie de sa vie, et dans la mesure où il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en Géorgie, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions attaquées ont été prises ni qu'il aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans les arrêtés du 5 octobre 2022, par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La magistrate désignée,
J. RECHARD
La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026