lundi 21 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2210070 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BOUCHOUCHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mars 2022, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de renouveler son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il risque de subir des persécutions en cas de retour en Turquie ;
- la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de Seine-et Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Salenne-Bellet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Salenne-Bellet ;
- et les observations de Me Bouchoucha, représentant M. A assisté de Mme C, interprète assermentée en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, produite pour M. A, a été enregistrée le 14 août 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc, né le 20 février 1998 à Eleshirt (Turquie), déclare être entré en France en 2008. Il a obtenu le statut de réfugié le 3 décembre 2009, qui a pris fin par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (" OFPRA ") du 15 juin 2021. Il a demandé le renouvellement de sa carte de résident en qualité de réfugié. Par un arrêté du 10 février 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application des 4° et 5 ° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre le refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, dans le cas particulier prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français peut être décidée à l'encontre d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, sans que le préfet ait nécessairement à refuser explicitement, dans le même arrêté, l'attribution à l'intéressé de la carte de résident prévue pour les réfugiés à l'article L. 424-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de la carte de séjour pluriannuelle prévue pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire à l'article L. 424-9 du même code.
4. Lorsque le préfet fait néanmoins précéder dans son arrêté, la décision obligeant un étranger demandeur d'asile à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une décision par laquelle, selon les cas, il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, il appartient au juge administratif de statuer également, s'il en est saisi simultanément, sur les conclusions dirigées contre une telle décision.
5. En l'espèce, si le dispositif de l'arrêté attaqué ne mentionne pas le refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A, il ressort de ses motifs que le préfet a examiné son droit à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lequel la commission du titre de séjour a été convoquée, et a refusé de le lui délivrer.
6. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur le fondement desquelles elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. A doit être écarté.
7. En second lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les termes de l'ancien articles L. 313-14 du même code, dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
8. M. A soutient qu'il réside en France de manière continue depuis juillet 2008 et qu'il justifie d'une stabilité professionnelle, dès lors qu'il est président d'une société par action simplifiée à associé unique immatriculée au RCS depuis le 23 juillet 2019. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir l'existence de considérations humanitaires ou de circonstances humanitaires, justifiant la régularisation de sa situation. Par ailleurs, il ne conteste pas être célibataire sans charge de famille et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 20 ans. Le requérant peut, s'il s'y croit fondé, demander au préfet la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé, notamment, sur la circonstance que la présence en France de M. A constituait une menace à l'ordre public en raison de sa condamnation, par un jugement du tribunal de grande instance d'Evry en date du 5 mars 2019, à 400 euros d'amende pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, ainsi que de sa condamnation le 8 avril 2019, par le tribunal correctionnel de Paris, à 4 ans d'emprisonnement dont 1 an avec sursis pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste, détention et transport de substance ou produit incendiaire ou explosif ou d'éléments destinés à composer un engin incendiaire ou explosif pour préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes, fabrication non autorisée d'engin explosif ou incendiaire ou de produit explosif et destruction, dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille sur le territoire, ses liens personnels et familiaux, en France, ne sont pas anciens, intenses et stables, compte tenu du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 20 ans. Par les pièces qu'il produit dans la présente instance, M. A, s'il se prévaut de la présence d'une sœur et de sa qualité de président d'une société par action simplifiée à associé unique, ne produit pas davantage d'éléments démontrant une quelconque insertion socio-professionnelle en France. Par suite, eu égard à la durée et à ses conditions de séjour en France et compte tenu de son comportement, qui caractérise une menace pour l'ordre public, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ce refus de séjour sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. Enfin, M. A soutient qu'il risque de subir de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, ce qui est attesté par la décision de l'OFPRA mettant fin à sa protection en tant que réfugié, qui mentionne que " L'Office estime qu'au regard de la situation prévalant en Turquie pour les membres ou les sympathisants du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), du profil de l'intéressé et de son engagement, établi par la justice française, au sein d'une organisation considérée comme terroriste, ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine apparaissent fondées et toujours d'actualité. ". Dès lors, la décision fixant le pays de renvoi, en tant qu'elle prévoit que le requérant sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, c'est-à-dire la Turquie, doit être annulée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation que de la décision, contenue dans l'arrêté du 10 février 2022, par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé la Turquie comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'annulation mentionnée au point précédent n'impliquant pas qu'il soit enjoint au préfet de renouveler le titre de séjour de M. A ou de réexaminer sa situation, les conclusions à fin d'injonction seront rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Eu égard aux circonstances de l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision, contenue dans l'arrêté du 10 février 2022, par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé la Turquie comme pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.
La magistrate désignée,
Signé : J. SALENNE-BELLET
La greffière,
Signé : S. AIT MOUSSA
La République demande et ordonne au préfet de Sein-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AÏT MOUSSA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026