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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210152

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210152

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantKORNMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 octobre 2022 et 21 mars 2023, M. B A, représenté par Me Kornman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son permis de conduire et sa carte d'identité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'obtention du bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence, en l'absence de justification de la délégation de signature dont bénéficiait son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence du respect de son droit à être entendu et du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son comportement ne traduisant pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence, en l'absence de justification de la délégation de signature dont bénéficiait son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

- elle est entachée d'incompétence, en l'absence de justification de la délégation de signature dont bénéficiait son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son comportement ne représentant pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Delon.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant roumain né le 9 novembre 1989, est entré, selon ses déclarations, en France le 15 septembre 2022. Par un arrêté du 17 octobre 2022, notifié le même jour, et dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé également une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 décembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

4. Il résulte des termes de la décision attaquée que, pour prononcer la mesure d'éloignement, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que M. A, qui a été placé en garde à vue le 16 octobre 2022 pour des faits de vol de carburant, a été interpellé à trois reprises depuis 2013 pour des faits de même nature, sans condamnation, ni poursuite, pour estimer que son comportement constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. M. A conteste la réalité de ces interpellations en 2013. Si, sont produits au débat les procès-verbaux dressés après son interpellation le 16 octobre 2022, qui font état, lors la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales par les services de police, de signalements correspondant à M. A, n'est pas fourni l'extrait du fichier correspondant, ni davantage la justification de son comportement personnel constituant, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par conséquent, les seules pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir l'exactitude matérielle des faits d'interpellation du requérant à trois reprises depuis 2013, sur lesquels s'est fondé le préfet des Hauts-de-Seine pour prendre la décision attaquée. Dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.

5. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, celle-ci doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français, ainsi privées de base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine n'implique pas nécessairement de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant tendant à la restitution de son permis de conduire et sa carte nationale d'identité. Par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction et, par voie de conséquence, d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kornman, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kornman de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 17 octobre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 3 : L'Etat (préfet des Hauts-de-Seine) versera à Me Kornman une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Kornman renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Kornman.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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