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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210212

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210212

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWANTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 octobre 2022, enregistrée le 20 octobre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal le dossier de la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée le 15 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. B, représenté par Me Wantou, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-sa requête est recevable ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-cette décision est illégale en raison de la contrariété des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile issues de l'article 41 de la loi du 20 novembre 2007 avec les stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il fait état de " circonstances exceptionnelles " lui permettant de répondre aux exigences posées par l'" article susvisé " ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

-cette décision n'est pas motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il fait état de " circonstances exceptionnelles " lui permettant de répondre " aux exigences posées par l'article susvisé " ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-cette requête serait tardive et, par suite, irrecevable s'il n'était pas établi qu'elle a été enregistrée avant 17h20, le 15 octobre 2022, au greffe du tribunal administratif de Paris ;

-si le tribunal estimait, au vu du passeport produit devant lui par le requérant, que celui-ci ne se trouve pas dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 3° du même article pourraient être substituées à celles de ce 1° comme base légale de l'obligation de quitter le territoire français en litige ;

-les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2007-1631 du 20 novembre 2007 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer selon la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur les recours en annulation dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code et les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative notifiées simultanément, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention ou assigné à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Zanella ;

-et les observations de Me Wantou, avocat désigné d'office représentant M. B, absent, qui a conclu aux mêmes fins que la requête en soutenant que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en s'en rapportant, pour le reste, aux écritures du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 26 décembre 2000, a fait l'objet, le 13 octobre 2022, d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation ainsi que d'un arrêté par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Sa requête tend à l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " S'il est vrai que, dans leur rédaction issue de l'article 41 de la loi du 20 novembre 2007 relative à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile, les dispositions du I de l'ancien article L. 511-1 du même code prévoyaient, au contraire, qu'une obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation, ces dispositions, n'étaient plus applicables, et ce, depuis 2011, à la date des arrêtés attaqués. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir qu'elles sont contraires aux stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

3. En deuxième lieu, le premier des deux arrêtés attaqués vise les dispositions dont son auteur a entendu faire application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique par ailleurs les raisons pour lesquelles son auteur a estimé, d'une part, que M. B se trouvait dans le cas prévu à ce 1°, d'autre part, qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il contient. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de cette décision manque par suite en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui vient d'être dit du caractère suffisant de la motivation de l'obligation de quitter le territoire français en litige, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de M. B avant de prendre cette décision.

5. En quatrième lieu, indépendamment des cas limitativement prévus aux 1° à 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un étranger ne peut légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français lorsque la loi ou une convention internationale prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Le requérant doit être regardé comme invoquant ce principe lorsqu'il soutient répondre, par les " circonstances exceptionnelles " dont il prétend faire état, " aux exigences posées par l'article susvisé ". Il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'identifier les dispositions ou stipulations dont il entendrait ainsi se prévaloir et de vérifier que ces dispositions ou stipulations prescrivent l'attribution de plein d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen d'erreur de droit qu'il soulève à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas assorti, notamment en droit, de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit, dès lors, être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B soutient qu'il est entré régulièrement en France en 2015, alors qu'il était encore mineur, qu'il y a poursuivi sa scolarité jusqu'à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en réparation des carrosseries en 2018 et que plusieurs membres de sa famille y résident régulièrement, dont deux sœurs titulaires d'un certificat de résidence de dix ans. Toutefois, il ne conteste pas être, ainsi que le préfet de police l'a relevé, célibataire, sans enfant à charge et il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir noué des liens personnels en France. Il ne peut par ailleurs être regardé comme justifiant, par la seule production d'un contrat d'apprentissage conclu en septembre 2018 pour une durée d'un an dans le cadre d'une formation conduisant à la délivrance du diplôme mentionné ci-dessus, dont il était alors déjà titulaire, et d'une promesse d'embauche en qualité de serveur sous contrat à durée indéterminée consentie une semaine seulement avant l'intervention des arrêtés attaqués, d'une insertion sociale ou professionnelle particulière dans la société française. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où réside une autre de ses sœurs et où ses parents, en situation irrégulière en France, ont vocation à retourner. Dans ces conditions, en édictant l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet de police n'a pas, malgré la relative ancienneté de la présence en France de l'intéressé, porté au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'a pas davantage entaché ladite décision d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. En premier lieu, le second des deux arrêtés attaqués, qui vise les dispositions dont son auteur a entendu faire application, notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte des mentions attestant de la prise en compte par son auteur des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du même code, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il contient. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque en fait.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui vient d'être dit du caractère suffisant de la motivation de l'interdiction de quitter le territoire français en litige, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de M. B avant de prendre cette décision.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 5, le moyen d'erreur de droit soulevé par le requérant à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige n'est, en tout état de cause, assorti d'aucune précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé.

12. En quatrième lieu, eu égard, d'une part, à ce qui a été dit ci-dessus au point 7, d'autre part, à la circonstance que M. B avait précédemment fait l'objet, le 24 février 2021, d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il n'existait aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige et en fixant la durée de celle-ci à un an.

13. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées ci-dessus au point 7.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police, que la requête M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : P. ZANELLA

La greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

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